La Journée mondiale des réfugiés, qui commémore chaque année le sort des **12 millions d’Allemands** expulsés des territoires d’Europe centrale et orientale à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, se tiendra ce samedi 21 juin. Un événement historique que le gouvernement allemand dirigé par **Friedrich Merz**, issu des rangs des chrétiens-démocrates (CDU), a choisi de placer sous l’égide du ministère de l’Intérieur plutôt que du ministère de la Culture, comme le rapporte Le Monde.
Ce qu'il faut retenir
- 12 millions de déplacés : le nombre d’Allemands expulsés de Pologne, de Tchécoslovaquie, de Hongrie ou encore de Roumanie après 1945.
- La Journée mondiale des réfugiés, célébrée le 21 juin 2026, coïncide avec la commémoration de ces populations.
- Le gouvernement Merz (CDU) a transféré la gestion de cette mémoire au ministère de l’Intérieur, traditionnellement piloté par des responsables conservateurs.
- Cette décision intervient sous la pression de l’extrême droite allemande, notamment du parti AfD, qui a fait de cette question un cheval de bataille politique.
Une mémoire historique instrumentalisée par le pouvoir en place
Friedrich Merz, chancelier depuis décembre 2025, a pris la décision de confier au ministère de l’Intérieur la commémoration des expulsés de 1945, un choix politique qui n’est pas anodin. Traditionnellement, ces commémorations relevaient du ministère de la Culture, en charge de la mémoire nationale. Pourtant, depuis plusieurs mois, la question des « déplacés » – terme utilisé pour désigner les Allemands ayant fui ou été expulsés – est au cœur des débats politiques, notamment sous l’influence de l’AfD, qui en a fait un sujet central de son discours.
Ce transfert de responsabilité ministérielle intervient dans un contexte où l’extrême droite allemande, troisième force politique au Bundestag, multiplie les initiatives pour réécrire l’histoire des expulsions. Pour ses détracteurs, cette manœuvre vise à instrumentaliser une mémoire douloureuse à des fins partisanes, alors que les historiens rappellent régulièrement la complexité de ces événements, marqués par des violences commises des deux côtés.
Un dossier sensible qui divise la société allemande
La question des expulsés de 1945 reste un sujet délicat en Allemagne, où elle renvoie à la fois à la souffrance des populations civiles et à la responsabilité de l’État allemand dans les exactions de la Seconde Guerre mondiale. Si certains y voient une reconnaissance légitime de la douleur des victimes, d’autres, notamment parmi les historiens, mettent en garde contre une récupération politique qui pourrait minimiser les crimes du régime nazi.
Selon des sources proches du gouvernement, la décision de Merz s’inscrit dans une volonté de « rééquilibrer » la mémoire nationale, en donnant une place plus importante aux victimes allemandes. « Il s’agit de reconnaître la souffrance de millions de personnes, indépendamment de leur nationalité », a affirmé un conseiller du chancelier, qui a requis l’anonymat. Pourtant, cette approche est vivement critiquée par une partie de la classe politique, qui y voit une tentative de « relativisation » des crimes du passé.
« On ne peut pas instrumentaliser la souffrance des expulsés pour servir des intérêts politiques. La mémoire des victimes doit rester un sujet de consensus national, et non de division. »
— Klaus Lederer, député de Die Linke au Bundestag
L’ombre de l’extrême droite plane sur les commémorations
L’AfD, parti d’extrême droite, a fait des expulsés de 1945 un symbole de sa rhétorique anti-immigration et anti-UE. Lors d’un meeting à Dresde en avril 2026, son co-président Alice Weidel a déclaré : « L’Allemagne doit enfin reconnaître le drame des expulsés, et cesser de se focaliser uniquement sur les crimes de la guerre. » Une déclaration qui a provoqué un tollé chez les historiens et les associations de victimes, qui rappellent que les expulsions ont été massives et souvent violentes, mais qu’elles s’inscrivaient dans le cadre d’une guerre déclenchée par l’Allemagne nazie.
Pour autant, le gouvernement Merz semble déterminé à avancer sur ce dossier. Une commission indépendante, composée d’historiens et de représentants des communautés concernées, a été mise en place pour préparer les commémorations de 2027. Son objectif : établir un récit commun, mais la tâche s’annonce ardue, tant les positions restent divisées.
La question reste entière : l’Allemagne parviendra-t-elle à concilier la reconnaissance des souffrances des expulsés avec une mémoire nationale apaisée, ou bien cette instrumentalisation politique ne fera-t-elle qu’alimenter de nouvelles divisions ?
Cette commémoration, instaurée après la guerre, rend hommage aux **12 millions d’Allemands** expulsés de Pologne, de Tchécoslovaquie, de Hongrie et d’autres pays d’Europe centrale et orientale à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ces déplacements massifs, souvent violents, ont laissé des traces profondes dans la société allemande, où cette mémoire reste sensible.
L’AfD a fait des expulsés de 1945 un symbole de sa rhétorique, liant cette mémoire à son opposition à l’immigration et à l’Union européenne. Le parti utilise ce dossier pour promouvoir une vision nationale de l’histoire, ce qui a conduit le gouvernement Merz à s’emparer du sujet, sous peine de le laisser à l’extrême droite.