« Maman, si la vie c’est ça, je n’en veux pas. » Ces mots prononcés par Barney, 21 ans, ont résonné comme un dernier adieu. Selon Courrier International, sa mère, Deb Casserly, les a entendus dans leur salon quelques heures avant que le jeune homme ne mette fin à ses jours. À l’époque, Barney n’était pas dépendant à l’héroïne, à la cocaïne ou aux opiacés, mais à une drogue autrefois considérée comme inoffensive : la kétamine.

Cette substance, utilisée à l’origine comme tranquillisant pour chevaux, est désormais au cœur d’une épidémie silencieuse touchant la génération Z en Grande-Bretagne. Les chiffres sont sans appel : 53 décès liés à la kétamine ont été recensés en 2023, un bond de 650 % par rapport à 2015. Selon le quotidien britannique The Observer, cette drogue est devenue « la drogue de prédilection de la Gen Z ».

Ce qu'il faut retenir

  • La consommation de kétamine a été multipliée par plus de six chez les moins de 25 ans depuis 2016 en Grande-Bretagne.
  • 53 décès liés à cette substance ont été enregistrés en 2023, contre 7 en 2015.
  • Parmi les jeunes traités pour toxicomanie en Angleterre, ceux dépendants à la kétamine sont passés de moins de 1 % en 2015 à 8,4 % en 2024.
  • Un gramme de kétamine coûte environ 10 livres sterling (11,75 euros), ce qui la rend financièrement accessible.
  • Les consommateurs réguliers s’exposent à des risques graves, comme des lésions vésicales nécessitant parfois une ablation.

Une drogue aux effets paradoxaux

La kétamine, aussi appelée « K », « Special K », « ket », « KitKat » ou « vitamine K », est une substance de synthèse aux propriétés anesthésiantes. Sniffée à petite dose, elle provoque une ivresse intense, une euphorie et des hallucinations. Contrairement à la cocaïne ou à l’ecstasy, qui stimulent les interactions sociales, elle isole le consommateur dans un monde intérieur, où les pensées deviennent chaotiques et les angoisses omniprésentes.

« Certaines drogues se prêtent à un usage solitaire, et la kétamine en fait partie », explique Ian Hamilton, professeur associé en toxicomanie à l’université de York, cité par Courrier International. Selon lui, trois facteurs expliquent son succès auprès de la génération Z : son prix abordable, son effet apaisant sur l’anxiété et sa capacité à donner l’impression de « regarder sa vie se dérouler » plutôt que de la vivre.

Des habitudes qui interrogent

La consommation de kétamine aurait plus que doublé en Grande-Bretagne depuis 2016, triplant même chez les moins de 25 ans. The Observer met en garde : bien que la plupart des jeunes n’en fassent qu’un usage occasionnel, la substance peut rapidement devenir addictive. Certains, dès 21 ans, subissent déjà des interventions chirurgicales pour corriger des problèmes de vessie causés par une consommation fréquente.

Le profil des consommateurs évolue : autrefois associée aux milieux festifs, la kétamine touche désormais des jeunes en quête de solutions à leurs troubles psychiques. « Le fait que la génération Z ait moins de contacts sociaux s’accorde avec ce choix de drogue », souligne Ian Hamilton. Cette tendance reflète aussi un changement dans les habitudes de consommation, où l’automédication et l’isolement jouent un rôle clé.

Des conséquences physiques dévastatrices

Les effets néfastes de la kétamine ne se limitent pas à la dépendance. Une prise excessive peut provoquer une « K-hole », ou « trou noir », une catatonie temporaire. À long terme, les addictions entraînent des problèmes urinaires graves, parfois irréversibles. Dans les cas les plus extrêmes, l’ablation de la vessie devient nécessaire, comme pour Barney.

Sa mère, Deb Casserly, a décrit un calvaire : « Il passait des heures sous la douche, le ventre sous l’eau chaude pour apaiser la douleur. Il ne parvenait pas à dormir, car il devait se rendre aux toilettes jusqu’à 20 fois par nuit », a-t-elle confié au Times. Les antidouleurs classiques sont souvent inefficaces, et seule l’ablation permet de soulager les souffrances.

« C’est l’une des particularités très cruelles de la kétamine : ses effets sur la vessie peuvent être si graves que seuls des antidouleurs très forts peuvent la soulager. Et souvent, la solution, c’est l’ablation de la vessie. »
Cité par The Times

Un phénomène qui dépasse les frontières britanniques

Si la Grande-Bretagne concentre l’attention médiatique, ce phénomène n’est pas isolé. Aux États-Unis, des cas similaires ont été rapportés, notamment dans des lycées ou des milieux festifs. En France, bien que les données restent fragmentaires, les autorités sanitaires surveillent de près l’évolution de la consommation chez les jeunes. Les spécialistes s’inquiètent d’un effet de mode qui pourrait s’étendre, notamment grâce à la viralité des réseaux sociaux et à la désinformation sur les risques réels.

La kétamine est souvent présentée comme une drogue « douce » ou « récréative », mais ses conséquences médicales et psychologiques sont bien réelles. « La consommation excessive peut altérer durablement le fonctionnement cérébral et aggraver les troubles anxieux », rappelle Ian Hamilton.

Et maintenant ?

Face à cette escalade, les autorités sanitaires britanniques devraient renforcer leur surveillance et adapter les stratégies de prévention. Une campagne ciblant les jeunes adultes, mettant en avant les risques vésicaux et psychiques, pourrait être lancée d’ici la fin de l’année 2026. Par ailleurs, des discussions sont en cours pour classer la kétamine dans la catégorie des substances les plus dangereuses, ce qui pourrait faciliter les contrôles et les sanctions. Reste à voir si ces mesures suffiront à inverser la tendance.

La kétamine n’est pas une drogue anodine, et son usage chez les jeunes pose un défi majeur pour les systèmes de santé publique. Entre accessibilité financière, effets psychotropes recherchés et risques physiques, le cocktail est explosif. Les familles, comme celle de Barney, en paient déjà le prix fort. Pour les générations futures, la question n’est plus de savoir si l’épidémie va s’aggraver, mais à quelle vitesse.

Les signes incluent une consommation régulière malgré les risques, des problèmes de vessie (douleurs, besoin fréquent d’uriner), des hallucinations, une isolation sociale et une perte d’intérêt pour les activités quotidiennes. Une prise excessive peut aussi provoquer une « K-hole », une catatonie temporaire.

Non. La kétamine est classée comme stupéfiant en France depuis 1997, ce qui en interdit la production, la vente, le transport et l’usage. Sa détention ou sa consommation peut entraîner des poursuites pénales.