C’est une surprise politique qui redessine le paysage institutionnel slovène. Selon Courrier International, c’est Zoran Stevanovic, chef du petit parti antisystème Resni.ca (« Vérité »), qui a été élu à la présidence du Parlement slovène le 10 avril 2026. Avec cette nomination, il devient l’arbitre incontournable d’une Assemblée sans majorité claire, où ni le centre gauche du Premier ministre sortant Robert Golob ni la droite ne disposent des 46 sièges nécessaires pour former un gouvernement.

Cette élection a de quoi surprendre au vu du profil de Stevanovic. Âgé de 44 ans, ancien policier reconverti dans les assurances et la sécurité privée, il a vu ses deux entreprises faire faillite. Son parcours, marqué par un licenciement pour abus d’alcool et insubordination – annulé par le Tribunal du travail – contraste avec son image de populiste antivaccin et antisystème. En 2020, il s’était fait connaître en menant des manifestations contre les restrictions sanitaires, avant de promettre, en 2026, des référendums sur la sortie de l’Otan, de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et, initialement, de l’Union européenne (UE). Il a depuis renoncé à ce dernier référendum, estimant que les Slovènes bénéficiaient trop des avantages européens pour s’en priver.

Ce qu’il faut retenir

  • Zoran Stevanovic, chef du parti Resni.ca (« Vérité »), a été élu président du Parlement slovène le 10 avril 2026 avec 44 ans, face à une Assemblée sans majorité claire.
  • Ni le centre gauche du Premier ministre sortant Robert Golob ni la droite ne disposent des 46 sièges nécessaires pour former un gouvernement.
  • Stevanovic, ancien policier reconverti dans les assurances et la sécurité privée, a vu ses deux entreprises faire faillite et a été licencié pour abus d’alcool et insubordination (licenciement annulé par la justice).
  • Il est connu pour ses positions populistes, antivaccin et antisystème, ayant initialement proposé des référendums sur la sortie de l’Otan, de l’OMS et de l’UE – avant de renoncer à ce dernier.

Un parcours atypique pour un homme clé de l’échiquier politique slovène

Zoran Stevanovic incarne une figure politique pour le moins atypique en Slovénie. Après onze années passées dans la police, il a été congédié pour des raisons disciplinaires liées à son alcoolisme et à des actes d’insubordination. Ce licenciement, contesté, a finalement été annulé par le Tribunal du travail, lui ouvrant la possibilité de rebondir professionnellement. Il s’est ensuite tourné vers les assurances, puis vers la sécurité privée, sans succès : ses deux entreprises ont fait faillite.

C’est en 2020 qu’il gagne en visibilité en organisant des rassemblements contre les mesures sanitaires imposées pendant la pandémie de Covid-19. Son discours populiste et ses prises de position radicales, notamment contre les vaccins, lui valent une audience croissante auprès d’une frange de l’électorat slovène en quête d’alternatives aux partis traditionnels. En 2026, il capitalise sur ce capital protestataire pour s’imposer comme une force politique, malgré son manque d’expérience institutionnelle.

Un positionnement politique radical aux conséquences imprévisibles

Les promesses de campagne de Stevanovic s’inscrivent dans une logique de rupture avec les institutions internationales. Dès son accession à la présidence du Parlement, il a réitéré son intention d’organiser des référendums consultatifs sur des sujets sensibles : la sortie de l’Otan, la participation à l’OMS, et, dans un premier temps, la sortie de l’UE. Ce dernier volet a depuis été revu à la baisse, l’intéressé reconnaissant que les avantages économiques tirés de l’appartenance européenne rendaient une telle option peu réaliste à court terme.

Son élection intervient dans un contexte politique particulièrement fragmenté. Les élections législatives du 22 mars 2026 ont laissé le pays sans majorité absolue, obligeant les partis à négocier des alliances improbables. Stevanovic, dont le parti Resni.ca (« Vérité ») détient quelques sièges sans poids décisif, devient ainsi un pivot incontournable. Son influence pourrait s’étendre bien au-delà de la présidence du Parlement, alors que les tractations pour former un gouvernement s’annoncent longues et complexes.

« Seul un miracle pourrait empêcher la formation d’un quatrième gouvernement de Janez Jansa », avait titré le quotidien Dnevnik, de Ljubljana, après l’annonce des résultats électoraux. Cette formule résume l’incertitude politique qui règne aujourd’hui en Slovénie, où l’ancien Premier ministre populiste pourrait profiter de la crise pour revenir au pouvoir.

Janez Jansa, un retour en grâce possible grâce à l’instabilité politique ?

L’ombre de Janez Jansa plane sur cette crise institutionnelle. L’ancien Premier ministre, figure controversée de la droite slovène, a déjà dirigé le pays à trois reprises entre 2004 et 2022. Connu pour ses positions eurosceptiques et son alignement sur des régimes autoritaires, il a été écarté du pouvoir après les élections de 2022 au profit de Robert Golob, chef du Mouvement pour la liberté (GS).

Aujourd’hui, alors que la Slovénie s’enfonce dans une impasse politique, certains observateurs n’excluent pas un retour de Jansa. Son parti, le Parti démocratique slovène (SDS), reste une force majeure dans le paysage politique local. La capacité de Stevanovic à former des alliances ou à négocier des compromis pourrait donc déterminer si Jansa parvient à tirer profit de cette situation pour reprendre les rênes du pays.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines s’annoncent décisives. Stevanovic dispose désormais d’un pouvoir de blocage ou de facilitation des négociations gouvernementales. Si aucun compromis n’est trouvé d’ici les prochaines semaines, des élections anticipées pourraient être convoquées, une hypothèse qui aggraverait encore l’instabilité politique du pays.

De son côté, Janez Jansa pourrait tenter de capitaliser sur cette crise pour relancer sa carrière politique, tandis que Robert Golob, affaibli, pourrait voir son gouvernement fragilisé par l’absence de majorité claire. La Slovénie, membre de l’UE et de l’Otan, reste sous surveillance : toute dérive institutionnelle pourrait avoir des répercussions régionales.

Dans ce jeu politique complexe, une certitude s’impose : Zoran Stevanovic, par son élection surprise, a transformé le paysage politique slovène en quelques semaines. Son rôle d’arbitre, entre populisme et instabilité, pourrait redéfinir l’avenir du pays pour les années à venir.

Zoran Stevanovic est le chef du parti Resni.ca (« Vérité »), un mouvement populiste et antisystème qui s’est fait connaître par ses positions radicales contre les institutions internationales.

Janez Jansa a déjà évoqué par le passé des référendums sur la sortie de l’Otan, de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et, initialement, de l’Union européenne (UE). Cependant, ce dernier volet a été abandonné, Stevanovic estimant que les Slovènes bénéficiaient trop des avantages européens.