Au printemps 2011, Irene Hägglund a recensé pas moins de 55 élans en une seule journée, un record qui marquera le début d’une passion devenue un phénomène local dans le nord de la Suède. Ce phénomène, aujourd’hui connu sous le nom de « slow TV » – ou télévision lente – illustre comment une observation naturaliste peut captiver des milliers de spectateurs, rapporte Courrier International, qui reprend un article du Dagens Nyheter.

Ce qu'il faut retenir

  • En 2011, Irene Hägglund a observé 55 élans en une journée, un record qui a marqué le début d’une collecte de données naturalistes.
  • Originaire de la ferme de Kullberg, près d’Umeå, elle a transformé son intérêt pour les élans en un observatoire dédié.
  • Le « slow TV » suédois, popularisé dans les années 2010, repose sur la diffusion en direct d’activités naturelles, comme le passage des élans.
  • Le Dagens Nyheter, quotidien libéral fondé en 1864, a joué un rôle clé dans la diffusion de ce phénomène via ses plateformes numériques.

Tout a commencé dans les années 1990, lorsque Irene Hägglund et son mari, Kjell, vivaient dans une ferme isolée à Kullberg, à trois heures de route d’Umeå, en plein cœur de la région sauvage du nord-est suédois. Leur propriété, bordée par la rivière Ångermanälven, accueillait des touristes en quête de nature préservée. Leur voisinage se résumait à quelques familles, et Irene, ornithologue amateur, passait ses journées à observer la faune locale. C’est ainsi qu’elle a remarqué pour la première fois des élans s’aventurant dans les eaux de la rivière.

« La rivière était baignée de soleil à ce moment-là, c’était d’une beauté ! Les élans ont marqué une pause parce qu’ils avaient du mal à se frayer un chemin dans les rochers. Ce qui m’a permis de les observer à loisir. Je me suis contentée de profiter du spectacle. C’est plus tard que je me suis mise à les compter… »
— Irene Hägglund

Rapidement, Irene s’est aperçue que ces animaux suivaient des habitudes précises. Dès les premiers signes du printemps, elle a commencé à adapter son emploi du temps pour suivre leurs déplacements. En 2011, l’année charnière, elle a recensé 200 élans sur l’ensemble de la saison, avec un pic à 55 individus en une seule journée. Ces observations l’ont poussée à créer un observatoire dédié, équipé de baies vitrées donnant directement sur la rivière. Une structure à deux niveaux, conçue pour offrir une vue imprenable aux visiteurs et aux passionnés.

Ce phénomène naturel a attiré l’attention bien au-delà des frontières locales. Dans les années 2010, la Suède a vu émerger une tendance médiatique originale : le « slow TV ». Inspirée par des émissions comme l’ascension d’un train norvégien ou l’installation d’une cabane en Laponie, cette formule repose sur la diffusion en direct d’activités longues et apaisantes, souvent tournées vers la nature. Les élans d’Ångermanälven en sont devenus l’un des symboles, au même titre que les aurores boréales ou les migrations d’oiseaux.

Selon Courrier International, le Dagens Nyheter, quotidien libéral fondé en 1864 et propriété du groupe Bonnier, a joué un rôle central dans la médiatisation de ce phénomène. Le journal, dont la page 6 est réputée pour abriter des débats d’actualité majeurs, a connu une évolution significative de son modèle économique au cours des années 2010. Entre 2000 et 2015, ses ventes papier ont chuté de près de 120 000 exemplaires, ne laissant que 2 000 abonnés numériques en 2015. Une situation critique qui a poussé la rédaction à innover.

Plutôt que de se contenter d’adapter son contenu en ligne, le Dagens Nyheter a encouragé ses journalistes à puiser des idées et des histoires sur les réseaux sociaux, notamment Instagram et Facebook. Une stratégie qui a porté ses fruits : en 2019, le titre comptait 160 000 abonnés numériques et 170 000 abonnés combinant papier et web. Cette approche a permis au journal de rebondir et de se repositionner comme un média hybride, à la fois ancré dans le papier et dynamique sur le numérique.

Et maintenant ?

Alors que le phénomène des élans d’Ångermanälven continue d’attirer des visiteurs et des caméras, la Suède pourrait voir émerger de nouvelles initiatives inspirées du « slow TV ». Les organisateurs locaux réfléchissent à élargir l’offre en intégrant d’autres espèces emblématiques, comme les ours ou les renards arctiques, pour prolonger cette expérience immersive. Reste à voir si d’autres médias suivront l’exemple du Dagens Nyheter et miseront sur des formats hybrides pour séduire de nouveaux publics.

Côté naturalistes, Irene Hägglund a depuis transmis sa passion à une nouvelle génération. Son observatoire, devenu un lieu de pèlerinage pour les amoureux de la faune nordique, attire chaque année des centaines de visiteurs. Certains viennent pour quelques heures, d’autres s’installent pour plusieurs jours, armés de jumelles et de carnets de notes. « Aujourd’hui, on dirait que les élans font partie du paysage autant que les arbres ou les rochers », confie-t-elle. Une preuve que, parfois, la lenteur peut révéler des merveilles insoupçonnées.

Les autorités suédoises recommandent de rester à distance, d’utiliser des jumelles ou un téléobjectif, et de privilégier les observatoires dédiés comme celui d’Irene Hägglund. Les parcs nationaux, comme Söderåsen ou Padjelanta, proposent également des zones d’observation encadrées pour limiter l’impact humain.

Non. Des pays comme la Norvège ou l’Islande ont également adopté ce format pour des émissions mettant en valeur leurs paysages ou leur faune. En Finlande, des chaînes ont diffusé en direct le dégel printanier ou le passage des rennes. Le concept séduit aussi en Europe, avec des chaînes comme Arte ou France 5 qui proposent des documentaires lents sur la nature.