Selon Ouest France, l’endométriose, affection douloureuse touchant 10 % des femmes dans le monde, ne devrait plus être considérée uniquement comme un trouble gynécologique. De plus en plus d’études soulignent son caractère systémique, lié à un dysfonctionnement du système immunitaire. Cette approche pourrait expliquer la diversité des symptômes – fatigue chronique, douleurs articulaires, troubles cognitifs – souvent sous-estimés dans les prises en charge actuelles.
Ce qu'il faut retenir
- L’endométriose affecte 10 % des femmes dans le monde, selon les dernières données épidémiologiques.
- Traditionnellement classée comme une affection gynécologique, elle est désormais étudiée comme une maladie inflammatoire systémique.
- Les symptômes ne se limitent pas aux douleurs pelviennes : fatigue, brouillard cérébral et douleurs articulaires sont fréquents.
- Une étude de 2025 révèle que les femmes atteintes d’endométriose ont deux fois plus de risques de développer une maladie auto-immune dans les deux ans suivant le diagnostic.
- Les chercheurs de l’université de Swansea (Royaume-Uni) appellent à repenser les traitements, en ciblant notamment les voies immunitaires.
Une maladie bien plus complexe qu’un simple trouble gynécologique
Longtemps réduite à une pathologie localisée dans la région pelvienne, l’endométriose est aujourd’hui au cœur de débats scientifiques. Comme le rapporte Ouest France, les lésions semblables à la muqueuse utérine qui se développent ailleurs dans le corps ne sont qu’une partie du problème. La maladie s’accompagne souvent d’une inflammation chronique, qui perturbe le fonctionnement global de l’organisme. Cette inflammation systémique expliquerait pourquoi certaines patientes souffrent de fatigue intense, de douleurs diffuses ou encore de troubles de la concentration, des symptômes rarement pris au sérieux dans les protocoles de soins actuels.
Selon les spécialistes, cette vision réductrice de l’endométriose comme « règles douloureuses » a retardé la compréhension de ses mécanismes. Pourtant, plus de 30 % des femmes atteintes décrivent des symptômes invalidants au-delà des douleurs pelviennes, d’après des enquêtes patientes citées par la presse.
L’inflammation chronique, clé d’une maladie aux multiples visages
L’inflammation joue un rôle central dans l’endométriose, mais ses effets s’étendent bien au-delà de la zone utérine. Comme l’explique April Rees, maître de conférences en biochimie et immunologie à l’université de Swansea, et Laura Elizabeth Cowley, chargée de recherche en science des données de santé, les cellules immunitaires des patientes ont du mal à éliminer les lésions. En parallèle, leur organisme produit en excès des protéines pro-inflammatoires comme les interleukines IL-6 et IL-1β.
Ces messagers chimiques, appelés cytokines, circulent dans le sang et influencent le fonctionnement du cerveau, la régulation énergétique, voire le sommeil. Des taux élevés d’IL-6 ont notamment été associés à une baisse de la concentration et à une fatigue persistante dans d’autres maladies chroniques, comme la polyarthrite rhumatoïde. «
Ces processus pourraient être à l’œuvre dans l’endométriose, où les symptômes invisibles ne sont pas des effets secondaires de la douleur, mais des conséquences biologiques de l’inflammation chronique», précise April Rees.
Un lien troublant avec les maladies auto-immunes
En 2025, une étude à grande échelle menée sur 330 000 patientes atteintes d’endométriose a révélé un risque accru de développer une maladie auto-immune dans les deux ans suivant le diagnostic. Par rapport à un groupe témoin de 1,2 million de femmes, les patientes endométriosiques avaient deux fois plus de risques d’être diagnostiquées avec une pathologie comme le lupus, la sclérose en plaques ou la maladie de Hashimoto.
Cette corrélation ne prouve pas que l’endométriose soit une maladie auto-immune, mais elle suggère l’existence de mécanismes communs : inflammation chronique, activité anormale des cellules immunitaires et difficultés à distinguer les tissus sains des tissus malades. «
Ces similitudes renforcent l’idée que l’endométriose doit être envisagée comme un trouble immunitaire systémique», souligne Laura Elizabeth Cowley.
Vers une prise en charge globale ?
Repenser l’endométriose comme une maladie inflammatoire systémique pourrait transformer sa prise en charge. Aujourd’hui, les traitements se concentrent principalement sur le système reproducteur : contraceptifs hormonaux, chirurgie pour retirer les lésions. Pourtant, près de 70 % des patientes rapportent une persistance des symptômes malgré ces interventions, selon des données compilées par les chercheurs britanniques.
Une approche plus large, ciblant les voies immunitaires ou les mécanismes inflammatoires, pourrait offrir des solutions plus durables. Des pistes explorent les thérapies modulant la réponse immunitaire ou les stratégies anti-inflammatoires complémentaires, comme le yoga, la méditation ou les thérapies par contraste chaud-froid. «
Ces méthodes ne guérissent pas l’endométriose, mais elles aident certaines patientes à mieux gérer leurs poussées inflammatoires», indique April Rees.
Reste à voir si les recommandations officielles évolueront pour intégrer cette vision systémique. Pour l’instant, l’endométriose continue de défier la médecine par sa complexité, mais les avancées récentes ouvrent une lueur d’espoir pour des solutions plus adaptées.
Les patientes rapportent souvent une fatigue chronique invalidante, des douleurs articulaires, des troubles cognitifs (brouillard cérébral) et une sensibilité accrue aux infections. Ces symptômes, autrefois attribués à tort au stress ou à la dépression, sont désormais liés à l’inflammation systémique associée à la maladie.
Non, mais des mécanismes communs existent entre l’endométriose et certaines maladies auto-immunes, notamment une inflammation chronique et un dysfonctionnement du système immunitaire. Une étude de 2025 a montré que les femmes endométriosiques avaient deux fois plus de risques de développer une pathologie auto-immune dans les deux ans suivant leur diagnostic.