Selon Ouest France, la filière française des éoliennes en mer, qui représente un tiers de la capacité de production européenne, attend avec impatience le lancement de l'appel d'offres géant AO10. Pourtant, malgré ce poids stratégique, le secteur a enregistré pour la première fois un recul de ses effectifs l'an dernier, en raison des à-coups persistants dans son développement.
Ce qu'il faut retenir
- La France détient 33 % de la capacité de production d'éoliennes en mer en Europe, un positionnement clé sur le continent.
- Le secteur a connu un recul de l'emploi en 2025, une première depuis le début de son essor.
- L'appel d'offres AO10, initialement attendu comme un levier majeur, n'a toujours pas été lancé à ce jour.
- Les professionnels du secteur misent sur cet appel d'offres pour relancer la dynamique industrielle et créer des emplois durables.
Un secteur stratégique sous pression
Avec un tiers de la capacité de production d'éoliennes marines en Europe, la France occupe une place centrale dans ce marché en pleine expansion. Pourtant, cette position de leader ne suffit pas à masquer les difficultés persistantes du secteur. Selon les dernières données disponibles, l'emploi dans la filière a reculé pour la première fois en 2025, une situation inédite qui interroge sur la santé réelle de cette industrie.
« Les à-coups dans le développement des projets ont directement impacté les effectifs », a expliqué un porte-parole du Syndicat des énergies renouvelables. « Sans visibilité sur les appels d'offres, les industriels hésitent à investir dans de nouveaux recrutements ou à pérenniser leurs contrats. »
L'appel d'offres AO10, une bouffée d'oxygène attendue
C'est dans ce contexte que l'appel d'offres AO10, surnommé le « géant » par les professionnels, suscite autant d'espoirs que de frustrations. Prévu pour relancer la filière après une série de reports, il n'a toujours pas été officiellement lancé malgré les multiples annonces des pouvoirs publics. Pour les acteurs du secteur, cet appel d'offres représente bien plus qu'un simple processus administratif : il est perçu comme un levier indispensable pour sécuriser des projets à long terme et redonner confiance aux investisseurs.
« L'AO10 doit permettre de lancer plusieurs parcs éoliens en même temps, ce qui aurait un effet multiplicateur sur l'emploi et l'industrie », a précisé un responsable d'un grand groupe français du secteur. « Sans ce coup d'accélérateur, le risque est de voir la France perdre son avance face à l'Allemagne ou au Royaume-Uni. »
Un retard qui s'accumule et des conséquences concrètes
Le retard pris dans le lancement de l'AO10 commence à avoir des répercussions tangibles. Plusieurs entreprises spécialisées dans la fabrication de pales ou de fondations ont déjà annoncé des plans sociaux ou des reports de recrutement. « Quand un appel d'offres est repoussé sine die, les sous-traitants n'ont plus de visibilité pour planifier leurs activités », a souligné un expert du secteur. « Cela se traduit par des pertes d'emplois dans des régions comme la Normandie ou les Hauts-de-France, où l'éolien marin est un pilier économique. »
Par ailleurs, cette situation risque de fragiliser la chaîne d'approvisionnement, composée de PME souvent dépendantes des grands donneurs d'ordre. Selon une étude interne citée par Ouest France, plus de 2 000 emplois directs et indirects pourraient être menacés si le blocage persiste d'ici la fin de l'année.
Quelles perspectives pour l'avenir ?
Si l'AO10 finit par être lancé dans les prochains mois, la filière pourrait connaître un rebond significatif. Les professionnels estiment que ce seul appel d'offres pourrait générer plus de 3 000 emplois directs à horizon 2028, ainsi que des retombées économiques importantes pour les ports et les industries locales.
Cependant, le calendrier reste serré. Les premières mises en service des parcs éoliens issus de l'AO10 ne sont pas attendues avant 2029-2030, ce qui laisse peu de marge de manœuvre en cas de nouveaux retards. « Bref, autant dire que le compte à rebours est lancé », a conclu un observateur du secteur. « Chaque mois supplémentaire de retard se paie en emplois et en compétitivité. »
Les retards s'expliquent principalement par des désaccords entre l'État, les collectivités locales et les industriels sur les modalités techniques et financières des projets. Les procédures administratives, souvent pointées du doigt, jouent également un rôle clé dans ces blocages.
Selon les estimations sectorielles, un retard supplémentaire de six mois pourrait entraîner la perte de 1 000 à 1 500 emplois, principalement dans les régions industrielles comme les Hauts-de-France ou la Normandie. Les sous-traitants et PME sont les premiers touchés.