Pour la première fois depuis son indépendance, l’Équateur a recours à la fracturation hydraulique pour extraire du pétrole en Amazonie. Une décision annoncée le 29 avril 2026 par le gouvernement de Daniel Noboa, alors que les communautés autochtones dénoncent une exploitation imposée sans leur consentement. Selon Courrier International, cette initiative marque un tournant controversé pour ce petit pays andin, où le pétrole représente le deuxième produit d’exportation après les produits miniers.
Le puits concerné, situé dans la province de Sucumbíos, dans le nord-est du pays, a été foré en partenariat entre l’entreprise publique Petroecuador et la société chinoise CCDC, filiale de la Corporation nationale de pétrole de Chine (CNPC). Il produit actuellement 930 barils par jour, un volume modeste mais présenté comme « stratégique » par les autorités. « Au-delà de l’augmentation immédiate du volume de pétrole brut, cette découverte met en évidence le potentiel de zones qui offrent encore des occasions de développement », a souligné un porte-parole du gouvernement, cité par La Hora.
Ce qu’il faut retenir
- Le gouvernement équatorien a annoncé le 29 avril 2026 le recours à la fracturation hydraulique pour extraire du pétrole en Amazonie, une première pour le pays.
- Le puits concerné, situé dans la province de Sucumbíos, produit 930 barils par jour et a été foré en partenariat avec la société chinoise CCDC.
- Les dirigeants autochtones dénoncent un projet imposé sans leur consentement, avec 47 milliards de dollars d’investissements prévus dans 49 projets pétroliers, dont onze affectent directement leurs territoires.
- Des experts locaux remettent en cause l’utilisation réelle du fracking, évoquant des interventions conventionnelles plutôt qu’une véritable fracturation hydraulique.
- La production pétrolière de Petroecuador a chuté de 550 000 à 360 000 barils par jour depuis 2015, en raison d’un manque d’investissements.
Une technique controversée aux effets incertains
La fracturation hydraulique consiste à injecter des fluides à haute pression dans des roches de schiste pour en extraire du pétrole et du gaz. Cette méthode, largement décriée par les défenseurs de l’environnement, nécessite d’importantes quantités d’eau pour un rendement souvent jugé faible. Dans un pays où l’Amazonie concentre une biodiversité unique, le recours à cette technique suscite de vives critiques. Marcelo Mayancha, président de la nation Shiwiar, a dénoncé lors d’une conférence en Colombie le 27 avril 2026 les 47 milliards de dollars d’investissements prévus dans 49 projets pétroliers, dont onze menacent directement son territoire en forêt primaire. « Pendant que le monde parle de transition énergétique, le gouvernement équatorien encourage l’exploitation pétrolière en Amazonie », a-t-il affirmé.
Ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large du gouvernement de Daniel Noboa, qui cherche à relancer une industrie en déclin. Pourtant, en 2023, le président avait été contraint par référendum de stopper l’exploitation pétrolière dans le parc national du Yasuní, une décision qu’il peine à appliquer, invoquant un « lourd manque à gagner ». Les promoteurs du « non » au référendum font l’objet d’un procès entaché d’irrégularités, selon Mongabay.
Des doutes sur la réalité du fracking en Équateur
Les perspectives promises par le gouvernement pourraient être bien moins ambitieuses que prévu. Le 5 mai 2026, le quotidien Expreso a interrogé deux experts qui remettent en cause l’utilisation du fracking. Nelson Baldeón, consultant en géopolitique, affirme qu’il ne s’agit pas d’une « véritable fracturation hydraulique », mais d’interventions classiques sur des gisements existants. Fernando Santos, autre spécialiste cité par le journal, précise que « le gouvernement tente de tromper l’opinion publique en laissant entendre que nous sommes entrés dans l’ère de la fracturation hydraulique, une technique qui a connu un grand succès aux États-Unis et en Argentine ».
Cette annonce intervient dans un contexte de crise énergétique pour l’Équateur. La production de Petroecuador a chuté de près de 200 000 barils par jour depuis 2015, passant de 550 000 à 360 000 barils, en raison d’un manque chronique d’investissements. Résultat : le pays, autrefois autosuffisant en carburants, doit désormais importer de l’essence, alors que les tensions au Moyen-Orient font flamber les cours. « La baisse de production s’explique par des années de sous-investissement et une gestion défaillante », explique Baldeón, ancien responsable de Petroecuador.
Une opposition farouche des peuples autochtones
Les communautés indigènes, qui vivent sur ces territoires depuis des générations, rejettent catégoriquement l’exploitation pétrolière. Leur colère s’étend au-delà des frontières équatoriennes, comme en témoigne la mobilisation lors de la conférence pour la sortie des énergies fossiles à Santa Marta (Colombie), où Marcelo Mayancha a réitéré son opposition. « On nous impose un projet qui détruit nos terres et menace notre mode de vie, alors que le monde entier parle de transition écologique », a-t-il déclaré.
Les organisations écologistes, comme Amazon Watch, dénoncent également les risques de pollution des sols et des cours d’eau, ainsi que la dégradation des écosystèmes. « L’Amazonie équatorienne est déjà fortement impactée par l’exploitation pétrolière traditionnelle. Le fracking ne ferait qu’aggraver la situation », alerte un porte-parole de l’ONG.
Cette décision illustre les tensions entre développement économique et préservation de l’environnement, un dilemme auquel sont confrontés de nombreux pays producteurs de pétrole. Alors que l’Équateur mise sur ses ressources naturelles pour relancer son économie, la question de la durabilité de ces choix reste entière.
Oui, le gouvernement équatorien a légalisé cette technique en 2026 dans le cadre de sa stratégie énergétique. Cependant, son application en Amazonie reste contestée par les peuples indigènes et les organisations environnementales, qui dénoncent un manque de consultation préalable.