À Almería, en Andalousie, cœur de la « mer de plastique » qui alimente l’Europe en fruits et légumes, une file d’attente s’est formée avant l’aube devant un entrepôt du port. Marocains, Sénégalais, Guinéens et quelques Latinos patientent, passeport en main, pour obtenir un document clé : un « certificat de vulnérabilité ». Ce sésame, distribué gratuitement depuis le lancement de la campagne de régularisation massive annoncée fin janvier par le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez, atteste de l’absence de ressources stables et permet d’engager une procédure de régularisation. Une initiative qui, selon Le Figaro, suscite autant d’espoir que de tensions dans un pays profondément divisé.

Ce qu'il faut retenir

  • Un « certificat de vulnérabilité » est délivré gratuitement aux sans-papiers en Andalousie pour lancer une procédure de régularisation.
  • La campagne, annoncée fin janvier 2026 par le gouvernement de Pedro Sánchez, vise à régulariser jusqu’à 500 000 étrangers en situation irrégulière.
  • Le projet est critiqué par la droite espagnole, qui y voit une « catastrophe pour l’Europe » et une « trahison ».
  • À Almería, une affichette en arabe et en espagnol rappelle aux migrants de signaler toute tentative d’extorsion.
  • Juan Miralles, directeur d’Almería Acoge, supervise l’organisation pour éviter le chaos des premiers jours.

Une file d’attente symbolique dans la « mer de plastique »

Dès les premières lueurs du jour, des dizaines d’hommes se pressent devant les barrières métalliques d’un entrepôt d’Almería. Leur objectif est simple : obtenir un document qui pourrait changer leur vie. « Ce certificat de vulnérabilité, c’est ce que nous avons de plus précieux, notre nationalité », a lancé un migrant marocain à l’un des bénévoles présents sur place, selon Le Figaro. La scène, répétée chaque matin depuis le 1er février, illustre l’ampleur du pari politique lancé par Madrid. Dans cette région où s’étendent à perte de vue les serres horticoles, ces travailleurs sans-papiers représentent une main-d’œuvre indispensable pour l’économie locale.

À l’entrée, une affichette bilingue avertit les candidats à la régularisation : « Si quelqu’un vous demande de l’argent, vous devez le signaler à la police. » Une précaution nécessaire, comme le confirment les responsables associatifs. Les premiers jours de la campagne ont en effet été marqués par des tensions, avec des cas d’extorsion signalés par des migrants en situation de grande précarité.

Un dispositif encadré, mais sous haute tension

Pour éviter que la situation ne dégénère, Juan Miralles, directeur de l’association Almería Acoge, supervise personnellement les opérations. Son rôle ? Filtrer les passages et s’assurer que chaque migrant reçoit bien son certificat sans frais. « On ne peut pas laisser des gens se faire arnaquer alors qu’ils tentent de régulariser leur situation », a-t-il expliqué à Le Figaro. Les autorités locales, conscientes des enjeux, ont mis en place des mesures de contrôle renforcées pour garantir la transparence du processus.

Pourtant, malgré ces précautions, le climat reste électrique. À Madrid, l’opposition de droite, emmenée par le Parti populaire (PP), dénonce une « trahison » envers les Espagnols. « Ce plan est une catastrophe pour toute l’Europe », a lancé un porte-parole du PP, évoquant un afflux incontrôlé de migrants qui, selon lui, menacerait la cohésion sociale et économique du continent.

Un débat qui dépasse les frontières espagnoles

L’annonce de Pedro Sánchez a en effet réveillé les craintes chez certains de ses voisins européens. La France, l’Italie et l’Allemagne ont toutes exprimé leur inquiétude face à une mesure perçue comme un appel d’air pour les migrations irrégulières. À Bruxelles, la Commission européenne a tenté de calmer le jeu en rappelant que toute régularisation devait s’inscrire dans un cadre légal strict et coordonné avec les États membres. Pourtant, les critiques persistent, notamment sur le manque de réciprocité avec les pays d’origine, pour la plupart réticents à reprendre leurs ressortissants expulsés.

Côté espagnol, le gouvernement insiste sur la nécessité de régulariser une partie de la population sans-papiers pour lutter contre l’économie souterraine et améliorer les conditions de travail dans des secteurs comme l’agriculture ou la construction. « Ce n’est pas une question d’idéologie, mais de réalisme », a affirmé un conseiller du ministère de l’Intérieur à Le Figaro. « On ne peut pas continuer à fermer les yeux sur des millions de personnes qui contribuent à notre économie sans avoir aucun droit. »

Entre espoirs et désillusions

Pour les migrants en attente devant l’entrepôt d’Almería, le certificat de vulnérabilité représente une lueur d’espoir. « Je travaille ici depuis dix ans, mais sans papiers, je vis dans la peur permanente », confie un Sénégalais de 35 ans, qui espère obtenir sa régularisation d’ici la fin de l’année. Pourtant, le chemin est semé d’embûches. Les critères de sélection, encore flous pour beaucoup, laissent craindre que des milliers de dossiers soient rejetés pour des motifs administratifs. Les associations craignent également que les délais d’instruction, déjà longs, ne découragent les candidats les plus vulnérables.

Autre source d’inquiétude : la montée des discours xénophobes dans certaines régions. En Catalogne, où le gouvernement local a adopté une position plus restrictive, des manifestations ont eu lieu pour protester contre la politique migratoire de Madrid. « On nous demande de faire avec des moyens dérisoires, alors que l’État central nous impose des décisions impopulaires », a dénoncé un élu local auprès de Le Figaro.

Et maintenant ?

La campagne de régularisation doit s’étaler sur plusieurs mois, avec un objectif affiché de 500 000 dossiers traités d’ici la fin 2026. Une échéance qui coïncide avec les prochaines élections générales en Espagne, prévues en décembre. D’ici là, le gouvernement de Pedro Sánchez devra faire face à une opposition déterminée, mais aussi à la pression des associations et des migrants eux-mêmes, dont certains menacent de faire entendre leur voix dans la rue si leurs attentes ne sont pas satisfaites. Reste à voir si ce pari politique portera ses fruits, ou s’il aggravera les divisions au sein d’un pays déjà profondément fracturé.

En attendant, à Almería, la file d’attente continue de s’allonger chaque matin. Pour ces hommes, le certificat de vulnérabilité est bien plus qu’un simple papier : c’est une promesse, un risque, et peut-être, une nouvelle vie.

Selon les informations de Le Figaro, le certificat est délivré aux migrants en situation irrégulière démontrant une absence de ressources stables. Aucune condition de durée de présence en Espagne n’est officiellement exigée, mais les associations sur place soulignent que les dossiers les plus complets sont privilégiés. Le document doit ensuite être utilisé pour compléter une demande de régularisation auprès des autorités espagnoles.

La Commission européenne a adopté une position prudente. Tout en reconnaissant la souveraineté de l’Espagne dans la gestion de ses flux migratoires, elle a rappelé que toute régularisation devait s’inscrire dans un cadre légal européen et s’accompagner de garanties contre les abus. Bruxelles a également insisté sur la nécessité de renforcer les accords de réadmission avec les pays d’origine pour éviter un effet d’appel.