La question se pose aujourd’hui avec une acuité particulière : les États-Unis, sous la direction de Donald Trump, et la Russie, dirigée par Vladimir Poutine, seraient-ils en train de perdre les conflits qu’ils mènent respectivement en Iran et en Ukraine ? Cette interrogation, déjà complexe, gagne en pertinence à l’heure où les dynamiques géopolitiques évoluent rapidement. Comme le rapporte Ouest France à la une, cette hypothèse mérite d’être examinée à l’aune des dernières évolutions sur le terrain et des analyses d’experts en relations internationales.
Ce qu'il faut retenir
- Les États-Unis, sous Trump, semblent confrontés à un enlisement stratégique en Iran, où les objectifs initiaux de déstabilisation du régime ne sont pas atteints.
- En Ukraine, la Russie de Poutine accumule les échecs militaires malgré des ressources considérables engagées depuis février 2022.
- Le géopolitologue Dominique Moïsi, conseiller spécial à l’Institut Montaigne, interroge la notion même de victoire pour les deux camps en présence.
- Les deux dirigeants misent sur des stratégies de puissance brute, mais peinent à obtenir des résultats tangibles.
Une guerre d’influence en Iran pour Washington
Depuis le début de son second mandat, Donald Trump a fait de l’Iran une priorité de sa politique étrangère. Les sanctions économiques renforcées, les pressions diplomatiques et les opérations clandestines se sont multipliées, visant à affaiblir le régime de Téhéran. Pourtant, les résultats restent maigres. Selon des sources diplomatiques citées par Ouest France, le programme nucléaire iranien continue de progresser, tandis que les factions pro-iraniennes en Irak et en Syrie gagnent en influence. Autant dire que la stratégie américaine, axée sur la coercition, peine à produire les effets escomptés.
Les observateurs soulignent que Téhéran a su contourner les sanctions en développant des réseaux d’échange parallèles, notamment via des pays tiers comme la Chine ou la Russie. Les frappes récentes contre des sites stratégiques iraniens n’ont pas non plus suffi à modifier la donne. « Les États-Unis misent sur une logique de rapport de force, mais l’Iran résiste, tant bien que mal », analyse un diplomate sous couvert d’anonymat.
L’Ukraine, un bourbier pour Moscou
Côté russe, la guerre en Ukraine, entrée dans sa quatrième année, s’apparente de plus en plus à un piège stratégique. Malgré une mobilisation massive des ressources humaines et matérielles, Moscou peine à réaliser des avancées significatives. Les pertes humaines, estimées à plus de 300 000 soldats tués ou blessés selon des estimations occidentales, pèsent lourdement sur l’économie et la cohésion sociale. Les contre-offensives ukrainiennes, soutenues par l’Occident, ont permis de reprendre des territoires clés, comme Kharkiv ou Kherson.
Le Kremlin, de son côté, mise sur une guerre d’usure, espérant que l’épuisement du camp ukrainien et le soutien occidental – déjà en partie érodé – finissent par jouer en sa faveur. Pourtant, les dernières semaines ont montré que l’Ukraine, malgré des difficultés logistiques et démographiques, reste déterminée. « Vladimir Poutine a sous-estimé la résistance ukrainienne et la capacité de l’Occident à maintenir son soutien », souligne un expert en stratégie militaire.
La victoire, une notion relative en géopolitique
Face à ces constats, le géopolitologue Dominique Moïsi, conseiller spécial à l’Institut Montaigne, propose une réflexion sur la notion même de victoire. Dans une tribune reprise par Ouest France, il s’interroge : « Ne pas gagner pour le plus fort, n’est-ce pas perdre ? Ne pas perdre pour le plus faible, n’est-ce pas gagner ? » Cette question, loin d’être rhétorique, met en lumière les ambiguïtés des conflits contemporains. Dans un monde où les guerres ne se terminent plus par des traités clairs, mais par des accords fragiles ou des cessez-le-feu précaires, la définition de la victoire devient elle-même un enjeu.
Pour les États-Unis comme pour la Russie, l’échec n’est pas nécessairement militaire. Il est aussi stratégique : Washington peine à imposer son leadership régional en Iran, tandis que Moscou voit son influence en Europe de l’Est s’effriter. « La guerre n’est plus seulement une question de territoires ou de ressources, mais de crédibilité », rappelle Moïsi.
Quoi qu’il en soit, une certitude s’impose : les guerres d’aujourd’hui ne se gagnent plus uniquement sur le champ de bataille. Elles se gagnent – ou se perdent – dans l’arène diplomatique, économique et médiatique. Pour l’heure, les deux dirigeants semblent en train de découvrir, à leurs dépens, les limites de leur pouvoir.
Les sanctions ont affaibli l’économie iranienne, mais elles ont aussi poussé Téhéran à développer des réseaux d’échange parallèles, notamment avec la Chine et la Russie. De plus, le régime a su maintenir sa cohésion interne en instrumentalisant le discours anti-américain, limitant ainsi l’impact des pressions extérieures.