Selon BFM Business, les filières techniques aux États-Unis enregistrent un regain d’attrait massif auprès des jeunes adultes, au point de redorer le blason des métiers manuels. Entre la menace croissante de l’intelligence artificielle sur les emplois de bureau et l’envolée des frais de scolarité universitaires, ces formations professionnelles s’imposent comme une alternative attractive, alliant sécurité de l’emploi et salaires en hausse.

Ce qu’il faut retenir

  • Les métiers manuels, longtemps délaissés, connaissent un essor sans précédent aux États-Unis, notamment chez les jeunes de 27 à 39 ans.
  • Le secteur de l’électricité, porté par la demande des centres de données, prévoit une hausse de 9 % des postes d’électriciens d’ici 2034, selon le ministère américain du Travail.
  • Les salaires des électriciens ont progressé de 55 % entre 2015 et 2025, tandis qu’une formation à l’Apex Technical School coûte 18 000 dollars pour sept mois, contre plus de 38 000 dollars par an en université.
  • La pandémie de Covid-19 a joué un rôle clé dans ce virage, avec une génération en quête de contact humain et de mobilité professionnelle.
  • Les centres de données, en pleine expansion, génèrent une demande accrue pour les compétences techniques, rendant ces métiers indispensables.

Un choix dicté par l’IA et le coût exorbitant des études supérieures

Alors que l’intelligence artificielle menace de plus en plus d’emplois tertiaires, les jeunes Américains se tournent massivement vers les métiers manuels. « Avant le Covid, on ne parlait pas des écoles professionnelles », explique Nizier Lawrence, un New-Yorkais de 20 ans. « On nous répétait : ‘Va à l’université.’ » Après trois ans passés en faculté, il a finalement opté pour l’Apex Technical School à Manhattan, où il suit une formation d’électricien. « J’ai appris plus en trois semaines qu’en trois ans à l’université », confie-t-il. Selon le cabinet ADP, seuls 22 % des salariés américains utilisant quotidiennement l’IA estiment que leur emploi est à l’abri d’une suppression, ce qui alimente cette quête de sécurité.

Le coût des études universitaires, estimé à plus de 38 000 dollars par an selon Education Data Initiative, représente un frein majeur. À l’inverse, une formation professionnelle coûte en moyenne 18 000 dollars pour une durée de sept mois, un argument de poids pour des jeunes souvent endettés. « Tout tourne à l’électricité aujourd’hui », résume Anthony Byrd, camarade de classe de Nizier. « Sans nous, le monde s’écroule ».

L’essor des centres de données, un moteur pour les métiers techniques

Le paradoxe veut que la progression de l’IA ait engendré une frénésie de construction de centres de données, nécessitant des milliers de professionnels du bâtiment et, surtout, des électriciens. En 2024, le ministère américain du Travail prévoyait une augmentation de 9 % du nombre d’électriciens d’ici 2034, un rythme « beaucoup plus rapide que la moyenne ». Zelda Cuesta, coordinatrice à l’Apex Technical School, constate cette évolution au quotidien. « Avant, les académies professionnelles étaient regardées de haut », se souvient-elle. « On nous disait d’envoyer tout le monde à l’université. Aujourd’hui, quand je vais dans les lycées, je suis une rock star. »

Cette popularité nouvelle s’accompagne d’une revalorisation des salaires. Entre 2015 et 2025, le salaire moyen d’un électricien a bondi de 55 %, selon les données officielles. « Quand je fais des visites de l’école, j’insiste sur le fait que l’IA ne pourra pas prendre nos métiers », explique Zelda Cuesta. « Les immeubles auront toujours des canalisations, des installations électriques. Et je sens que les gens voient ça différemment, maintenant. »

La pandémie, un déclic pour une génération en quête de sens

Si l’IA et les coûts universitaires expliquent en partie ce phénomène, la pandémie de Covid-19 a joué un rôle déterminant. « Le Covid a été tellement déprimant », raconte Jaydon Negron, élève à Apex. « Quand j’ai dû choisir mon orientation, j’ai voulu utiliser mes mains et pas seulement être tout le temps dans un bureau. » Cette quête de mobilité professionnelle et de contact humain traverse l’ensemble de la promotion. Nizier Lawrence y voit même une opportunité de « connaître beaucoup de gens », tandis qu’Amy Quazza, conseillère en cuisine, souligne l’aspect relationnel de son métier : « C’est une vraie aventure humaine, et c’est ce qui attire les gens. »

Cette tendance reflète un retour aux traditions pour Amy Quazza. « Quand les choses ont l’air de se déliter, on a tendance à revenir aux traditions », observe-t-elle. « Aux métiers de la vieille économie. » L’école forme désormais des électriciens, mais aussi des plombiers, des techniciens frigoristes, des soudeurs ou des cuisiniers, répondant à une demande croissante dans ces secteurs.

Une transformation des mentalités en marche

Le changement est aussi culturel. Aux États-Unis, les métiers manuels étaient autrefois perçus comme des voies de secours pour ceux qui ne pouvaient accéder à l’université. Aujourd’hui, ils sont devenus un choix assumé, voire une stratégie de carrière. « Il y aura toujours du boulot », lance Anthony Byrd avec conviction, reflétant l’optimisme ambiant au sein de sa promotion. Cette confiance est renforcée par la rareté des chômeurs dans le pays : le taux de chômage américain s’établit à 4,3 %, un niveau historiquement bas.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Entre 2015 et 2025, le salaire des électriciens a progressé de 55 %, tandis que la durée moyenne de formation à l’Apex Technical School est de sept mois, contre au moins quatre ans pour un diplôme universitaire. « Les parents commencent à comprendre que ces métiers offrent une sécurité à long terme », note Zelda Cuesta. « Et ils voient aussi que leurs enfants reviennent avec un emploi stable et bien rémunéré. »

Et maintenant ?

Si la tendance actuelle se confirme, les écoles professionnelles américaines pourraient voir leurs effectifs continuer à gonfler dans les années à venir. D’ici 2034, près de 10 % de postes supplémentaires devraient être créés dans le secteur de l’électricité, selon les projections du ministère du Travail. Les centres de données, en expansion constante, devraient maintenir cette dynamique. Pour autant, les défis persistent : assurer la qualité des formations et répondre à la demande croissante en main-d’œuvre qualifiée resteront des enjeux majeurs pour les prochaines années.

« Les gens réalisent que ces métiers ne peuvent pas être remplacés par une machine », résume Zelda Cuesta. « Tant que les bâtiments existeront, il y aura besoin d’électriciens, de plombiers, de techniciens. Et c’est rassurant. »

Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène. D’abord, le coût exorbitant des études universitaires, estimé à plus de 38 000 dollars par an, rend ces formations inaccessibles pour de nombreux jeunes. Ensuite, la menace de l’intelligence artificielle sur les emplois de bureau pousse les étudiants à se tourner vers des secteurs moins exposés, comme l’électricité ou la plomberie. Enfin, la pandémie de Covid-19 a mis en lumière l’importance des métiers manuels et du contact humain, attirant une génération en quête de mobilité et de sens.

Selon les données du ministère américain du Travail et des écoles professionnelles comme l’Apex Technical School, les métiers les plus en demande sont ceux liés à l’électricité, à la plomberie, à la climatisation (techniciens frigoristes), à la soudure et à la cuisine. Le secteur de l’électricité, en particulier, bénéficie de l’essor des centres de données, qui nécessitent des infrastructures électriques complexes et fiables.