Une note interne des services de citoyenneté et d’immigration des États-Unis (USCIS) révèle que la procédure d’obtention de la carte verte, titre de résidence permanente, va devenir bien plus contraignante pour des centaines de milliers de migrants déjà présents sur le sol américain. Selon Courrier International, les demandes devront désormais être déposées depuis l’étranger, via un consulat américain. Cette mesure, qui s’inscrit dans la lignée des politiques restrictives du gouvernement Trump, va particulièrement toucher les travailleurs, étudiants ou conjoints de citoyens américains déjà installés aux États-Unis.
Ce qu'il faut retenir
- Les demandes de carte verte devront désormais être déposées depuis un consulat américain à l’étranger, et non plus aux États-Unis.
- Cette réforme concerne plus d’un million de demandes annuelles, dont plus de 50 % proviennent de migrants déjà présents sur le territoire.
- Certaines exceptions existent pour les profils jugés « avantageux économiquement » ou « dans l’intérêt national », mais leur application reste floue.
- Les ressortissants de pays comme l’Iran ou l’Afghanistan, privés de représentation diplomatique américaine, se retrouvent dans une situation sans issue.
- Des recours juridiques sont déjà envisagés par des spécialistes pour contester cette réforme.
Une procédure d’obtention déjà complexe, encore alourdie
La carte verte, souvent perçue comme un sésame pour vivre et travailler aux États-Unis, va donc nécessiter un voyage à l’étranger pour son obtention. Jusqu’ici, les migrants pouvaient déposer leur dossier depuis le territoire américain, une souplesse qui facilitait grandement les démarches. Avec ce changement, « on ferme la porte derrière ceux qui sont déjà entrés », résume un observateur cité par Courrier International. Selon les données fédérales, plus d’un million de cartes vertes sont délivrées chaque année aux États-Unis, dont une majorité à des personnes résidant déjà sur place. Autant dire que le nombre de personnes affectées par cette réforme se compte en centaines de milliers.
Le gouvernement justifie cette mesure par la volonté de « mieux contrôler les flux migratoires ». Pourtant, les critères d’exception prévus pour contourner cette obligation restent flous. Seuls les profils apportant « un avantage économique » ou jugés « dans l’intérêt national » pourraient encore déposer leur demande depuis les États-Unis, précise Zach Kahler, porte-parole de l’USCIS. Mais comme le souligne Courrier International, cette catégorie est « au demeurant assez floue », laissant planer une grande incertitude sur son application.
Des cas d’exclusion pure et simple
Le piège se referme particulièrement sur les migrants en provenance de pays où les États-Unis n’ont plus de représentation diplomatique. C’est le cas pour des ressortissants iraniens ou afghans, qui devront quitter le territoire américain pour déposer leur demande… mais ne pourront le faire faute de consulat à leur disposition. « Ils sont pris au piège : s’ils quittent les États-Unis, ils ne peuvent plus revenir pour y vivre ou y travailler », explique un avocat spécialisé en droit de l’immigration interrogé par le média. Cette situation illustre comment une réforme présentée comme technique peut, en réalité, créer des situations d’exclusion systémique.
D’autres catégories de migrants pourraient aussi être pénalisées. Les étudiants internationaux, par exemple, qui souhaitent rester aux États-Unis après leurs études, devront désormais organiser un voyage dans leur pays d’origine pour finaliser leur dossier. Pour beaucoup, cela implique des coûts supplémentaires et des démarches administratives complexes, alors que leur statut actuel dépend souvent d’un visa temporaire difficile à obtenir.
Un tollé prévisible et des recours en vue
Dès l’annonce de cette réforme, des voix se sont élevées pour dénoncer son caractère discriminatoire et arbitraire. Plusieurs spécialistes du droit de l’immigration ont d’ores et déjà indiqué qu’ils envisageaient de contester cette mesure devant les tribunaux. « Cette réforme va à l’encontre des principes mêmes de la résidence permanente », a affirmé Sarah Pierce, analyste au Migration Policy Institute, un think tank basé à Washington. Pour elle, cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large de réduction de l’immigration légale, déjà visible depuis le début du mandat de Donald Trump en 2025.
Les associations de défense des droits des migrants préparent également des recours collectifs. Elles soulignent que cette réforme va toucher des familles déjà établies, parfois depuis des années, et dont la stabilité dépend de ce titre de séjour. « On parle de personnes qui contribuent à l’économie américaine, qui paient des impôts et élèvent leurs enfants ici », rappelle Tara Raghuveer, directrice de l’organisation « Families Belong Together ». Selon elle, cette mesure risque de créer une nouvelle catégorie de sans-papiers, mais cette fois parmi ceux qui avaient pourtant le droit de rester légalement.
Un impact économique et social difficile à évaluer
Les répercussions de cette réforme ne se limiteront pas aux individus concernés. Les entreprises américaines, notamment dans les secteurs dépendant de main-d’œuvre étrangère qualifiée, pourraient aussi subir des conséquences. Les secteurs de la tech, de la santé ou de l’agriculture, qui emploient massivement des travailleurs étrangers, pourraient voir leur capacité à recruter diminuer. « Si les talents ne peuvent plus obtenir de carte verte, ils iront ailleurs », avertit Glenn Spencer, vice-président de la Chambre de commerce américaine. Une fuite des cerveaux qui, à long terme, pourrait affaiblir la compétitivité des États-Unis.
Côté finances publiques, le coût administratif de cette réforme reste à préciser. Les consulats américains, déjà saturés de demandes de visas, devront absorber un surcroît de travail pour traiter les nouvelles demandes de cartes vertes. Sans compter les coûts indirects liés aux recours juridiques et aux contestations, qui pourraient s’étaler sur plusieurs années.
Cette mesure s’inscrit dans une tendance plus large de restriction de l’immigration légale aux États-Unis, amorcée dès les premières années du mandat de Donald Trump. Si elle est confirmée, elle pourrait servir de modèle pour d’autres pays cherchant à réduire leurs flux migratoires tout en maintenant une façade de légalité. Une question reste en suspens : dans un pays où l’immigration a toujours été un moteur de croissance, jusqu’où peut-on aller dans la restriction sans en payer le prix économique et social ?
Les exceptions concernent uniquement les demandeurs considérés comme apportant « un avantage économique significatif » ou dont la présence aux États-Unis est jugée « dans l’intérêt national ». Selon l’USCIS, ces critères restent volontairement larges et leur interprétation sera laissée à l’appréciation des agents en charge des dossiers. Aucune liste officielle n’a été publiée à ce jour.
Cette réforme ne concerne que les demandes de résidence permanente, c’est-à-dire la carte verte (Green Card). Les autres types de visas, comme les visas de travail temporaires (H-1B) ou les visas étudiants (F-1), ne sont pas directement impactés par cette mesure, bien que leur renouvellement puisse devenir plus complexe pour ceux qui souhaitent ensuite demander une carte verte.