En France, le Plan d’épargne en actions (PEA) reste l’enveloppe fiscale la plus attractive pour les investisseurs en Bourse. Selon Capital, après cinq ans de détention, les plus-values réalisées bénéficient d’une exonération totale d’impôt sur le revenu, seuls les prélèvements sociaux de 18,6 % s’appliquent depuis leur récente augmentation. Cependant, cette fiscalité avantageuse s’accompagne d’une contrainte géographique : les titres éligibles doivent provenir de l’Union européenne ou de l’Espace économique européen (EEE). Une règle qui, en théorie, limite l’investissement aux seules entreprises européennes. Pourtant, en pratique, il est possible d’investir dans des fonds répliquant des indices mondiaux ou américains, comme le S&P 500 ou le MSCI World, tout en restant éligible au PEA.

Ce qu'il faut retenir

  • Le PEA permet une exonération d’impôt sur le revenu après cinq ans de détention, mais impose que 75 % des actifs soient investis dans des entreprises de l’UE ou de l’EEE (selon Capital).
  • Plus de 200 ETF éligibles au PEA utilisent un mécanisme de « swap » pour répliquer des indices mondiaux tout en respectant cette contrainte.
  • Ces ETF synthétiques détiennent des actions européennes mais échangent leur performance contre celle d’un indice étranger, comme le S&P 500 ou le MSCI World.
  • Parmi les indices accessibles figurent le MSCI World, le Nasdaq-100, le S&P 500 ou encore les marchés émergents, avec des frais allant jusqu’à 0,05 % par an pour certains fonds.
  • Un risque de contrepartie subsiste en cas de défaut de la banque signataire du swap, mais il est encadré par la réglementation UCITS à 10 % maximum de la valeur liquidative.

Comment est-ce possible ? Tout repose sur le mécanisme du « swap », une technique de réplication synthétique autorisée par la réglementation. D’après Capital, ces ETF éligibles au PEA détiennent effectivement des actions européennes, mais signent un contrat avec une banque — souvent située aux États-Unis — pour échanger leur performance contre celle d’un indice mondial. Par exemple, un ETF répliquant le S&P 500 détiendra des actions européennes tout en reproduisant les mouvements de l’indice américain grâce à ce swap. « Le PEA impose que les fonds soient investis à au moins 75 % en actions et titres de sociétés ayant leur siège dans l’UE ou un État de l’EEE, explique Andrea Tueni, expert marché chez Saxo. Tant que ce quota est respecté, le fonds peut offrir à l’investisseur la performance d’un indice mondial ou américain ».

Ce système présente cependant un risque de contrepartie. Si la banque partenaire fait défaut, l’ETF peut subir des pertes. Pour limiter ce risque, la réglementation UCITS plafonne l’exposition à 10 % de la valeur liquidative du fonds. Les émetteurs exigent également des garanties supplémentaires pour sécuriser ces échanges. « Les ETF World ou Nasdaq éligibles au PEA détiennent concrètement des actions européennes, mais échangent leur performance contre celle de l’indice cible auprès d’une banque, précise Andrea Tueni. Par exemple, avec une banque à New York qui, elle, est intéressée par la performance européenne ».

Comment identifier les ETF éligibles au PEA ?

Contrairement à une idée reçue, il n’existe pas de liste officielle centralisée des ETF éligibles au PEA. Capital souligne qu’il est donc essentiel de vérifier l’éligibilité auprès de son courtier, de l’émetteur du fonds ou via la documentation réglementaire. Pour faciliter cette démarche, deux outils en ligne sont particulièrement prisés des investisseurs. Le site JustETF propose un filtre « PEA » qui permet de trier parmi plusieurs milliers d’ETF référencés ceux qui sont éligibles. Autre solution, la plateforme Trackinsight, spécialisée dans l’analyse des trackers, offre un onglet « Optimisation fiscale » avec un filtre dédié au PEA français, accessible après une inscription gratuite.

Grâce à ces outils, les investisseurs ont accès à une large gamme d’ETF synthétiques couvrant la plupart des grands indices mondiaux. Selon Capital, voici les principales familles d’ETF éligibles au PEA et leurs caractéristiques :

  • Indices mondiaux : Le MSCI World est l’un des plus populaires, avec plus de 1 500 entreprises couvertes. Parmi les fonds proposés, on trouve l’iShares Core MSCI World PEA (IE0002XZSHO1) ou l’Amundi PEA Monde MSCI World (FR001400U5Q4), ce dernier se distinguant par des frais très bas.
  • Marché américain : Pour s’exposer au Nasdaq, l’Amundi PEA Nasdaq-100 UCITS ETF (FR0011871110) est une référence, avec une version à effet de levier (x2) disponible via le Nasdaq-100 Daily (2x) Leveraged UCITS ETF. Pour le S&P 500, les options incluent l’Amundi PEA S&P 500 (FR0011871128) ou le BNP Paribas Easy S&P 500 (FR0011550185).
  • Marchés émergents : Les investisseurs peuvent se tourner vers le HSBC MSCI Emerging Markets (IE00B5SSQT16) ou l’Amundi PEA Asie Émergente (FR0013412012), qui cible notamment la Chine, l’Inde, Taïwan et la Corée du Sud.
  • Indices européens : Pour les marchés européens, pas besoin de recourir au swap. Parmi les fonds éligibles figurent l’Amundi PEA MSCI Europe (FR0013412038), le BNP Paribas Easy Stoxx Europe 600 UCITS ETF (FR0011550193) ou encore l’Amundi Prime Eurozone (LU2089238112), qui affiche des frais annuels de seulement 0,05 %.
  • ETF monétaires : Plus surprenant, il existe également un ETF monétaire éligible au PEA : l’Amundi PEA Euro Court Terme (FR0013346681), qui répliquent l’indice €STR Overnight.

Quels sont les risques et limites de ces ETF synthétiques ?

Si le mécanisme du swap permet d’élargir considérablement l’accès aux marchés internationaux tout en restant éligible au PEA, il n’est pas dénué de risques. Le principal danger réside dans le risque de contrepartie. Comme l’explique Capital, si la banque partenaire — généralement basée à l’étranger — venait à faire défaut, l’ETF pourrait subir des pertes. Pour limiter ce risque, la réglementation UCITS impose un plafond strict : l’exposition au risque de contrepartie ne peut excéder 10 % de la valeur liquidative du fonds. En pratique, les émetteurs vont souvent au-delà de cette exigence en exigeant des garanties supplémentaires, comme des collatéraux, pour sécuriser les échanges.

Autre point de vigilance : la transparence. Ces ETF synthétiques reposent sur des contrats privés entre l’émetteur et la banque partenaire, ce qui peut rendre leur fonctionnement moins lisible pour l’investisseur. Capital recommande donc de bien étudier la documentation réglementaire de chaque fonds, notamment le document d’information clé pour l’investisseur (DICI), pour comprendre la structure exacte du swap et les risques associés. « Il n’existe pas de liste officielle centralisée des ETF PEA, rappelle Andrea Tueni. Il est donc crucial de vérifier systématiquement l’éligibilité auprès de son courtier, de l’émetteur et via la documentation réglementaire ».

Et maintenant ?

Avec l’essor des ETF synthétiques éligibles au PEA, les investisseurs français disposent aujourd’hui d’outils pour diversifier leur portefeuille à l’échelle mondiale tout en bénéficiant d’une fiscalité avantageuse. Si cette solution reste marginale au regard du total des encours, elle pourrait gagner en popularité dans les années à venir, notamment dans un contexte de tensions géopolitiques ou de volatilité sur les marchés européens. Les prochaines évolutions réglementaires, ainsi que les décisions de la Commission européenne concernant les enveloppes d’épargne, pourraient également influencer l’offre disponible. À suivre, notamment lors de la prochaine mise à jour des listes d’ETF éligibles prévue d’ici la fin de l’année 2026.

Pour les épargnants souhaitant se lancer, Capital conseille de privilégier les fonds à faible frais et de diversifier leurs investissements entre plusieurs indices, afin de limiter les risques liés aux fluctuations d’un marché unique. Les plateformes comme JustETF ou Trackinsight devraient continuer à jouer un rôle clé dans l’identification de ces produits, tandis que les courtiers en ligne devraient renforcer leurs outils de filtrage pour répondre à la demande croissante.

Un ETF physique détient directement les actifs sous-jacents de l’indice qu’il réplique, comme les actions d’un indice boursier. En revanche, un ETF synthétique utilise un mécanisme de « swap » pour échanger la performance de son portefeuille (composé d’actions européennes) contre celle de l’indice cible, comme le S&P 500 ou le MSCI World. Ce système permet de contourner la contrainte géographique du PEA, mais introduit un risque de contrepartie lié à la banque partenaire.