Créé en 2013 pour offrir une meilleure protection aux travailleurs intérimaires, le CDI intérimaire (CDII) reste un contrat marginal, réservé à une infime partie de cette population. Selon BFM Business, une étude récente du ministère du Travail révèle que seulement 7 % des intérimaires en bénéficient, malgré ses promesses de stabilité et de rémunération minimale garantie. Les conclusions de la Dares, rendues publiques ce mercredi 6 mai 2026, soulignent que ce dispositif, issu d’un accord signé en juillet 2013 entre partenaires sociaux (hors CGT et FO), profite avant tout aux intérimaires déjà les mieux intégrés sur le marché du travail.

Ce qu'il faut retenir

  • 7 % des intérimaires bénéficiaient d’un CDII fin 2024, soit environ 52 000 personnes sur un total de 743 000 intérimaires.
  • Le CDII garantit un salaire minimal pendant les périodes sans mission et octroie des droits identiques à ceux d’un salarié en CDI (congés payés, etc.).
  • Les bénéficiaires sont majoritairement des travailleurs expérimentés, souvent issus de métiers industriels, ayant enchaîné des missions plus longues que la moyenne.
  • Trois ans après l’obtention d’un CDII, la probabilité d’obtenir un CDI n’est supérieure que de 6 % à celle d’un groupe de contrôle aux profils comparables.
  • L’étude de la Dares juge les effets du CDII sur l’insertion professionnelle « assez faibles », limités aux travailleurs déjà favorisés.
  • Son impact sur la rémunération future des salariés reste « incertain » : il ne semble pas leur permettre d’accéder à des emplois mieux payés.

Un contrat conçu pour sécuriser, mais réservé à une élite

Le CDI intérimaire (CDII) a été imaginé comme un filet de sécurité pour les travailleurs en contrat temporaire, souvent exposés aux aléas des missions. Selon BFM Business, d’après les données de la Dares, fin 2024, seulement 52 000 intérimaires en étaient titulaires, un chiffre qui illustre son caractère marginal. Pour rappel, ce contrat a été instauré par un accord interprofessionnel signé en juillet 2013, sans la CGT ni FO, et entré en vigueur peu après. Son principe ? Un intérimaire signe un CDI avec une agence, tout en réalisant des missions auprès d’entreprises clientes. En théorie, il bénéficie ainsi d’une rémunération minimale garantie — même entre deux affectations — ainsi que de congés payés, de droits à la formation ou encore à la prévoyance.

Les agences privilégient les profils déjà stables

L’étude de la Dares met en lumière une réalité contrastée : les agences de travail temporaire n’offrent un CDII qu’à une frange très spécifique de la population intérimaire. Comme l’explique le service statistique du ministère du Travail, « face à l’obligation de rémunérer les salariés en CDII durant les périodes d’intermission, les agences de travail temporaire n’offrent ce type de contrat qu’aux personnes qui sont le plus proche du marché du travail ». Autrement dit, les profils les plus vulnérables, souvent en début de carrière ou enchaînant les missions courtes, en sont exclus. Les titulaires de CDII se distinguent ainsi clairement du reste des intérimaires : avant d’obtenir ce contrat, ils exerçaient plus fréquemment des métiers industriels et avaient accumulé une expérience plus longue en intérim, via des missions de plus de 30 jours en moyenne.

Un effet limité sur l’accès à un emploi stable

L’analyse comparative menée par la Dares révèle que le CDII n’améliore que marginalement les chances de transition vers un CDI. En comparant les salariés en CDII à un groupe d’intérimaires aux caractéristiques similaires — c’est-à-dire débutant une mission d’au moins 30 jours —, les chercheurs ont constaté que la probabilité d’être en CDI trois ans après la signature du contrat n’était supérieure que de 6 %. Les auteurs de l’étude jugent donc les effets du dispositif « assez faibles », voire « positifs mais concentrés sur des intérimaires ayant déjà de meilleures perspectives d’emploi que la moyenne ». « Bien que positifs », soulignent-ils, ces résultats « restent limités » et ne concernent qu’une minorité de travailleurs.

« Les effets du contrat sur l’évolution vers un emploi stable sont assez faibles et se concentrent sur des intérimaires ayant déjà de meilleures perspectives d’emploi que la moyenne des intérimaires. »

— Étude de la Dares, citée par BFM Business

Un impact incertain sur la rémunération future

Autre déception : le CDII ne semble pas, pour l’instant, ouvrir la voie à des emplois mieux rémunérés. Selon les conclusions de la Dares, « il semble que ce dispositif ne permet pas aux salariés de trouver des emplois mieux rémunérés ». Autrement dit, si le contrat offre une sécurité financière pendant les périodes creuses, il ne garantit pas une progression salariale significative à moyen terme. Pour les intérimaires les moins qualifiés ou les moins expérimentés, l’accès à ce type de contrat reste donc hors de portée, tout comme les bénéfices qu’il est censé apporter. « Ce dispositif ne répond pas à l’enjeu de sécurisation des parcours des travailleurs les plus précaires », résume un observateur du secteur.

Pourquoi un tel déséquilibre ?

Plusieurs facteurs expliquent la sous-utilisation du CDII. D’abord, son coût pour les agences : en garantissant un salaire minimal même sans mission, le contrat alourdit la charge financière des entreprises de travail temporaire. Celles-ci privilégient donc logiquement les profils les plus « employables », c’est-à-dire ceux dont les compétences sont les plus recherchées et qui présentent le moins de risques de rester sans affectation prolongée. Ensuite, le CDII s’inscrit dans un marché de l’intérim déjà très concurrentiel, où la flexibilité prime souvent sur la stabilité. Enfin, malgré ses avantages théoriques, le dispositif n’a pas bénéficié d’un accompagnement suffisant pour inciter les agences à le généraliser. Résultat : il reste cantonné à une niche, sans pour autant transformer durablement les parcours professionnels des intérimaires.

Et maintenant ?

Face à ces constats, la question de l’avenir du CDII se pose. Plusieurs pistes pourraient être explorées pour élargir son accès, comme un allègement des charges pour les agences proposant ce type de contrat aux travailleurs les plus précaires, ou une campagne de sensibilisation auprès des entreprises utilisatrices. Reste à savoir si les partenaires sociaux et le gouvernement jugeront opportun de réformer ce dispositif, alors que les négociations sur l’avenir de l’intérim se poursuivent. Une chose est sûre : sans modification de son cadre, le CDII continuera à bénéficier à une minorité d’intérimaires, sans résoudre les problèmes structurels de ce secteur.

En attendant, les syndicats et les associations de défense des travailleurs précaires pourraient relancer le débat sur la nécessité d’instaurer des mesures plus contraignantes pour les agences, ou de créer de nouveaux dispositifs mieux adaptés aux réalités du marché. Pour l’heure, le CDII reste un outil sous-utilisé, dont les promesses peinent à se concrétiser.

Le principal avantage du CDII réside dans la garantie d’une rémunération minimale pendant les périodes sans mission, ainsi que dans l’accès à des droits similaires à ceux d’un salarié en CDI (congés payés, formation, prévoyance). Cela offre une sécurité financière que les intérimaires en contrat classique ne possèdent pas.

Les agences hésitent en raison du coût engendré par ce contrat, notamment pendant les périodes d’intermission où le salarié doit être rémunéré sans mission. Elles privilégient donc les profils les plus stables et les plus « employables », limitant ainsi l’accès au CDII aux travailleurs déjà bien intégrés sur le marché.