Le Parlement de l’État régional du Tigré, considéré comme illégitime par le gouvernement fédéral éthiopien, a élu le 5 mai 2026 son nouveau président. Le choix s’est porté sur le chef du Tigray People’s Liberation Front (TPLF), un parti politique historique de cette région du nord du pays. Selon RFI, cette désignation marque, pour le TPLF, la fin de l’administration intérimaire mise en place par Addis-Abeba depuis 2022, conformément à un accord de paix conclu après un conflit armé dévastateur.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Parlement du Tigré, jugé « illégitime » par Addis-Abeba, a élu le 5 mai 2026 le chef du TPLF à sa présidence.
  • Cette élection est interprétée par le TPLF comme la fin de l’administration intérimaire fédérale instaurée en 2022.
  • L’accord de paix de 2022 mettait fin à un conflit opposant les forces tigréennes aux troupes éthiopiennes, soutenues par des milices locales et l’armée érythréenne.
  • Le Tigré, région du nord de l’Éthiopie, reste un foyer de tensions politiques depuis des années.

Un scrutin aux enjeux politiques majeurs

Le 5 mai 2026, les députés du Parlement du Tigré ont désigné à leur tête un représentant du TPLF. Ce parti, longtemps dominant dans la région, avait été écarté du pouvoir central après le conflit de 2021-2022. Pour Addis-Abeba, cette élection représente une violation flagrante de l’ordre constitutionnel, la région étant placée sous administration intérimaire depuis 2022. Le TPLF, de son côté, justifie ce choix en invoquant la fin de cette période transitoire, conformément aux termes de l’accord de paix signé à Pretoria.

Le conflit qui a opposé les forces du Tigré aux armées éthiopienne et érythréenne a causé des dizaines de milliers de morts et plongé la région dans une crise humanitaire prolongée. L’accord de paix, bien que fragile, avait permis un cessez-le-feu et le début d’un processus de réconciliation. Pourtant, les tensions persistent, notamment sur la question de l’autonomie régionale et de la légitimité des institutions locales.

Un gouvernement intérimaire contesté depuis son instauration

Depuis 2022, le gouvernement fédéral éthiopien a imposé une administration intérimaire dans le Tigré, justifiant cette mesure par la nécessité de rétablir l’ordre et de désarmer les milices locales. Cependant, cette décision a été vivement critiquée par le TPLF, qui y voyait une tentative de marginalisation politique. L’élection du 5 mai s’inscrit donc dans une logique de résistance à cette tutelle fédérale.

Selon RFI, le TPLF considère que cette administration intérimaire a achevé son mandat avec la fin des hostilités et la mise en œuvre partielle des accords. Le parti mise désormais sur le renforcement de ses institutions régionales pour affirmer son autonomie, malgré l’opposition d’Addis-Abeba. Cette situation risque d’aggraver les fractures politiques déjà profondes dans le pays.

« Cette élection marque la fin d’une période transitoire imposée et illégitime. Le Tigré reprend le contrôle de ses institutions »
– Déclaration du bureau politique du TPLF, relayée par RFI

Et maintenant ?

La désignation du nouveau président du Parlement du Tigré pourrait déclencher une réaction immédiate du gouvernement fédéral. Une escalade des tensions est à craindre, d’autant que les milices locales et les forces régionales restent armées. Une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU est prévue pour la mi-mai 2026 afin d’évaluer l’évolution de la situation. Bref, les prochaines semaines seront déterminantes pour éviter un retour à la violence.

Un équilibre précaire dans une région stratégique

Le Tigré, région frontalière avec l’Érythrée, occupe une position géopolitique cruciale en Afrique de l’Est. Son instabilité chronique affecte non seulement l’Éthiopie, mais aussi ses voisins, notamment l’Érythrée et le Soudan. Les observateurs craignent que la crise actuelle ne serve de prétexte à une intervention extérieure, alors que la Corne de l’Afrique reste un foyer de conflits persistants.

Pour l’instant, aucune réaction officielle n’a été enregistrée de la part d’Addis-Abeba. Pourtant, le gouvernement éthiopien a déjà menacé de sanctions contre les responsables tigréens en cas de poursuite de cette « dérive séparatiste ». La communauté internationale, quant à elle, appelle au dialogue pour éviter une nouvelle escalade.

Le Tigray People’s Liberation Front (TPLF) est un parti politique historique du Tigré, issu d’un mouvement rebelle qui a combattu le régime de Mengistu Haile Mariam dans les années 1980. Après avoir dominé la vie politique éthiopienne pendant près de 30 ans, il a été écarté du pouvoir en 2018. Le gouvernement actuel d’Abiy Ahmed le considère comme une menace pour l’unité nationale, notamment en raison de son attachement à l’autonomie régionale.