Alors que l’Eurovision s’apprête à être diffusé ce samedi 15 mai depuis Vienne en Autriche, le traditionnel concours de chant se transforme cette année en une scène géopolitique à part entière. Cinq pays — l’Espagne, l’Irlande, la Slovénie, les Pays-Bas et l’Islande — ont annoncé leur boycott ou leur refus de diffuser l’événement, une première dans l’histoire du concours. Leur motif ? La participation d’Israël, accusé par ces nations de dévaster la bande de Gaza depuis 2023. « La politique est partout », a souligné Stéphane Bern, commentateur de l’Eurovision pour France Télévisions, dans un entretien accordé à Franceinfo - Politique.

Ce qu'il faut retenir

  • Cinq pays boycottent ou ne diffusent pas l’Eurovision 2026 pour protester contre la participation d’Israël
  • L’Espagne, l’Irlande, la Slovénie, les Pays-Bas et l’Islande ont pris cette décision en raison du conflit à Gaza
  • Israël investit massivement pour promouvoir ses candidats, selon le New York Times
  • Depuis sa création en 1956, l’Eurovision a souvent été un outil de communication politique
  • Des manifestations ont eu lieu à Vienne, où des cercueils symboliques d’enfants palestiniens ont été déployés
  • L’UER a durci les règles de vote pour limiter l’influence des campagnes gouvernementales

Un boycott historique et ses motivations

Pour la première fois, cinq pays participent au boycott de l’Eurovision. L’Espagne, l’Irlande, la Slovénie, les Pays-Bas et l’Islande ont décidé de ne pas se rendre à Vienne, ni de diffuser le concours en direct. Leur protestation vise directement la participation d’Israël, dont le gouvernement est critiqué pour sa gestion du conflit à Gaza. À Vienne, des manifestations ont déjà eu lieu en amont de la compétition, avec notamment le déploiement de cercueils symboliques représentant des enfants palestiniens dans les rues du centre-ville. Ces actions illustrent la tension palpable autour de l’événement.

De son côté, Israël fait de l’Eurovision un enjeu d’image majeur. Selon le New York Times, le pays mène depuis deux ans une campagne intensive pour soutenir ses candidats. Le Premier ministre Benjamin Netanyahou a même appelé la diaspora israélienne à voter massivement pour la candidate de l’an passé. « D’autres pays ont fait campagne comme Israël. Malte l’an dernier, l’Azerbaïdjan l’a fait. Je pense que chaque pays devrait y penser », a déclaré Yaniv Dornbush, journaliste israélien pour le site Walla et spécialiste de l’Eurovision.

L’Eurovision, une tribune politique depuis ses origines

Créé en 1956, l’Eurovision n’a jamais été un simple concours de chant. Dès ses débuts, il a servi de caisse de résonance à des tensions géopolitiques. En 1969, l’Autriche refuse de se rendre à l’Eurovision organisée à Madrid, en signe de protestation contre la dictature de Franco. Six ans plus tard, la Grèce annule sa participation en Suède pour marquer son opposition à la Turquie, dont les troupes viennent d’envahir Chypre. Sur scène, les artistes n’hésitent pas non plus à faire passer des messages politiques. En 2009, un groupe géorgien présente une chanson intitulée « We don’t want to put in », un jeu de mots en anglais signifiant « Nous ne voulons pas de Poutine ». La chanson est finalement retirée du concours, jugée trop politique.

Plus récemment, en 2022, la Russie est exclue du concours après l’invasion de l’Ukraine. Ces exemples montrent que l’Eurovision, bien au-delà d’un divertissement, reste un miroir des relations internationales. « Chaque pays devrait y réfléchir à deux fois avant de participer à ce concours », a rappelé Stéphane Bern. « La politique est partout. »

Les stratégies de vote et les nouvelles règles de l’UER

Au-delà des tensions géopolitiques, l’Eurovision est aussi marqué par des stratégies de vote entre pays partageant des affinités culturelles ou linguistiques. Chypre et la Grèce, par exemple, se placent mutuellement dans le top 5 depuis trois ans. « C’est une chose qui m’a toujours beaucoup amusé, a déclaré Stéphane Bern. Je prévois toujours que la Grèce va voter pour Chypre, et Chypre va voter pour la Grèce. Les pays scandinaves ont aussi une vocation à voter entre eux. » Ces alliances, souvent critiquées, influencent les résultats bien au-delà des seules performances artistiques.

Face à ces dérives, l’Union européenne de radio-télévision (UER) a décidé de durcir les règles. Depuis cette édition, les téléspectateurs ne peuvent plus voter que dix fois, contre vingt auparavant. Par ailleurs, les gouvernements et diffuseurs ne sont plus autorisés à mener des campagnes de promotion intensive pour influencer les votes. Ces mesures visent à recentrer l’Eurovision sur la qualité musicale et à limiter l’impact des stratégies politiques.

« La politique est partout. Et c’est une chose qui m’a toujours beaucoup amusé, évidemment. Parce que je prévois toujours : vous allez voir, la Grèce va voter pour Chypre, et puis Chypre va voter pour la Grèce. »
— Stéphane Bern, commentateur Eurovision pour France Télévisions

Les réactions en Autriche et les enjeux pour Israël

À Vienne, la capitale autrichienne où se tient l’événement, les organisateurs tentent de maintenir le concours dans un cadre apolitique. Pourtant, les manifestations et les tensions persistent. Des groupes pro-palestiniens ont déployé des cercueils symboliques d’enfants dans les rues du centre-ville, tandis que des militants pro-israéliens ont organisé des contre-manifestations. La police autrichienne, en alerte maximale, a renforcé les dispositifs de sécurité autour du Wiener Stadthalle, où se déroule la compétition.

Pour Israël, l’enjeu est double. Il s’agit non seulement de défendre son image internationale, mais aussi de faire valoir sa présence culturelle sur la scène européenne. Depuis 2023, le pays a investi des centaines de milliers de dollars dans la promotion de ses candidats, une stratégie qui semble porter ses fruits. « Le Premier ministre a appelé la diaspora à voter pour nos artistes », a rappelé Yaniv Dornbush. « C’est une question de fierté nationale. »

Et maintenant ?

Les prochaines heures seront décisives. Si les résultats de l’Eurovision 2026 confirment une tendance pro-israélienne, certains pays pourraient aller jusqu’à quitter définitivement l’UER. À l’inverse, une victoire d’un artiste israélien pourrait être perçue comme une victoire symbolique pour le gouvernement de Benjamin Netanyahou. Pour l’heure, l’UER reste prudente et a rappelé que le concours devait rester un événement « inclusif et apolitique ». Reste à voir si ces nouvelles règles suffiront à apaiser les tensions.

Quoi qu’il en soit, cette édition 2026 restera dans les mémoires comme l’une des plus politisées de l’histoire de l’Eurovision. Entre boycott, manifestations et stratégies de vote, le concours de chant a une fois de plus montré qu’il était bien plus qu’un simple divertissement.

Cinq pays — l’Espagne, l’Irlande, la Slovénie, les Pays-Bas et l’Islande — boycottent ou refusent de diffuser l’Eurovision 2026 pour protester contre la participation d’Israël. Leur décision est motivée par le conflit à Gaza, qui dure depuis 2023.

L’Union européenne de radio-télévision (UER) a réduit le nombre de votes par téléspectateur, passant de vingt à dix. Elle a également interdit les campagnes de promotion intensive menées par les gouvernements et diffuseurs pour influencer les votes.