Près de la moitié des Français présenteraient un taux de cadmium trop élevé dans leur organisme, selon une enquête révélée par Franceinfo - Santé. Ce métal lourd, présent naturellement dans les sols et utilisé dans certains engrais, contamine de nombreux aliments du quotidien comme les pâtes, le riz, les céréales ou les pommes de terre. Face à ce constat, les députés ont adopté un texte visant à encadrer strictement les teneurs autorisées dans les engrais phosphatés.

Ce qu'il faut retenir

  • Un métal toxique : le cadmium est classé cancérogène, toxique pour la reproduction et les reins par les autorités sanitaires.
  • 40 % des Français concernés : près d’un Français sur deux présenterait un taux de cadmium supérieur aux seuils recommandés.
  • Origine principale : la contamination provient en grande partie des engrais phosphatés utilisés en agriculture.
  • Nouveaux seuils légaux : les députés ont voté une baisse progressive des teneurs maximales autorisées, passant de 40 mg/kg en 2027 à 20 mg/kg en 2030.
  • Dépistage remboursé : à partir du 16 juin 2026, la Sécurité sociale prendra en charge un test de dépistage pour les populations exposées.

Un métal lourd omniprésent dans notre alimentation

Le cadmium se retrouve dans des aliments de base comme les baguettes de pain, les céréales du petit-déjeuner, les pâtes ou encore les pommes de terre. Ce métal lourd, naturellement présent en faible quantité dans les sols, s’accumule dans les cultures lorsque des engrais phosphatés — souvent riches en cadmium — sont épandus. Olivier Coupery, agriculteur en Île-de-France, cultive 50 hectares de blé et utilise régulièrement ce type d’engrais. « Selon le pays d’origine, il y a plus ou moins de cadmium. Je ne sais pas s’il y en a et je ne sais pas quel dosage », confie-t-il, illustrant les difficultés rencontrées par les professionnels pour maîtriser leur exposition.

Un plan législatif pour encadrer les engrais

Pour réduire l’exposition de la population, les députés ont adopté une proposition de loi visant à abaisser les teneurs maximales de cadmium autorisées dans les engrais. Dès 2027, le seuil passera à 40 mg par kg, avant d’être réduit à 20 mg/kg en 2030. Cette mesure s’inscrit dans une volonté de limiter la contamination des sols et, in fine, des denrées alimentaires. « Il faut agir à la source, car une fois le cadmium répandu, il est très difficile de l’extraire des sols », souligne un expert en toxicologie cité par Franceinfo - Santé.

Les engrais phosphatés, importés en partie, varient en effet considérablement selon leur origine. Certains pays producteurs, comme la Chine ou le Maroc, utilisent des gisements naturellement plus riches en cadmium que d’autres. Cette disparité complique le contrôle des apports, d’où la nécessité d’un cadre légal strict.

Les risques sanitaires liés au cadmium

L’exposition prolongée au cadmium présente des risques majeurs pour la santé. Ce métal lourd est classé cancérogène par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), mais il peut également provoquer des atteintes rénales, des troubles de la reproduction et une fragilisation des os. « Les populations les plus exposées sont celles vivant à proximité de sites industriels ou de sols contaminés, où l’accumulation peut être plus importante », explique le docteur Damien Mascret, médecin et journaliste à France Télévisions.

À partir du 16 juin 2026, la Sécurité sociale prendra en charge le remboursement d’un test de dépistage pour les personnes concernées. « Si vous habitez dans un endroit où les sols ont été reconnus comme contaminés par le cadmium par les autorités, il est important de faire vérifier que vos reins, par exemple, ne sont pas touchés », précise le docteur Mascret. Ce dépistage permettra d’identifier les personnes nécessitant un suivi médical adapté.

Des solutions pour réduire son exposition

Pour limiter l’ingestion de cadmium, les autorités sanitaires recommandent une alimentation variée, riche en légumes et en légumineuses, naturellement moins contaminés. Les céréales complètes, les fruits et les légumes à feuilles vertes sont également à privilégier, car leur teneur en cadmium reste généralement modérée. À l’inverse, les abats et les coquillages, qui concentrent le métal, doivent être consommés avec modération.

Les experts rappellent par ailleurs l’importance de diversifier les sources de protéines et de privilégier les circuits courts, où les pratiques agricoles sont souvent mieux contrôlées. « Une alimentation équilibrée et une rotation des cultures permettent de réduire significativement l’exposition au cadmium », indique un agronome interrogé par Franceinfo - Santé.

Et maintenant ?

La mise en œuvre du plan législatif sur les engrais devrait s’accompagner d’un renforcement des contrôles sur les importations, afin de garantir le respect des nouveaux seuils. Les associations de consommateurs et les professionnels de santé appellent également à une meilleure information du public sur les risques liés au cadmium et les moyens de s’en protéger. Une évaluation de l’efficacité des mesures sera réalisée d’ici 2028, afin d’ajuster si nécessaire les objectifs fixés.

Pour les agriculteurs, la transition vers des engrais moins riches en cadmium pourrait représenter un surcoût, mais les pouvoirs publics étudient des aides financières pour accompagner ce changement. Les prochaines années seront déterminantes pour mesurer l’impact de ce plan sur la qualité des sols et, in fine, sur la santé des consommateurs.

Le test de dépistage remboursé par la Sécurité sociale à partir du 16 juin 2026 est accessible aux personnes vivant dans des zones reconnues comme contaminées par les autorités. Ce dépistage permet de mesurer l’exposition et d’identifier d’éventuels effets sur la santé, comme des atteintes rénales.