La première de « Uma luz cordial », nouvelle création de l’autrice et metteuse en scène brésilienne Carolina Bianchi, a eu lieu samedi 4 juillet 2026 sur la scène de l’Opéra du Grand Avignon. Selon Franceinfo - Culture, cette pièce marque la clôture de la « Trilogia Cadela força » (Trilogie des chiennes), entamée en 2023, et propose une réflexion sur les violences inhérentes à l’acte de création littéraire.

Ce qu'il faut retenir

  • Une pièce radicale et intimiste : « Uma luz cordial » s’achève dans une atmosphère plus apaisée que les deux précédents volets, mais conserve une théâtralité exigeante, mêlant nudité, simulations d’actes sexuels et récits percutants.
  • Une trilogie en trois volets : initiée en 2023, la « Trilogia Cadela força » explore les violences sociales et artistiques, avec « A noiva e o boa noite Cinderela » (2023) sur les séquelles des violences sexuelles sous emprise, et « The Brotherhood » (2024) analysant la violence dans l’histoire de l’art.
  • Un spectacle non adapté à tous : des scènes de nudité, des récits explicites et des représentations de violences rendent la pièce déconseillée aux publics sensibles, comme l’indique clairement l’avertissement en ouverture de représentation.
  • Une immersion dans l’écriture : Carolina Bianchi y explore les liens entre création littéraire et sexualité, décrivant l’écriture comme un « acte masochiste ». La pièce s’appuie sur des dialogues avec des figures comme Hilda Hilst ou Emily Dickinson.
  • Une distribution étoffée : la création rassemble dix comédiens, dont Carolina Bianchi elle-même, pour une durée de 2h30, avec des représentations jusqu’au 7 juillet 2026 à l’Opéra Grand Avignon.

Une œuvre qui interroge les fondements de la création

Sur le plateau de l’Opéra Grand Avignon, seul une table, une chaise et un écran affichant une citation de Dante composent le décor minimaliste de « Uma luz cordial ». Quatre comédiens, entièrement nus et statiques, incarnent une partie de la performance, tandis que la metteuse en scène brésilienne explore, à travers une langue riche et fragmentée, les tensions entre écriture, sexualité et vulnérabilité. « Cette pièce est une immersion fictionnelle, spirituelle et sexuelle dans un processus d’écriture », explique Carolina Bianchi dans le carnet de présentation, soulignant que l’œuvre plonge le spectateur « dans ce qui nous rend misérables, vulnérables, colériques : l’écriture, le moment de créer, de donner une forme artistique à un cauchemar ».

La pièce, qui achève une trilogie déjà saluée pour son audace, s’attache à disséquer les mécanismes de la violence sous toutes ses formes. Après avoir abordé le viol sous emprise dans « A noiva e o boa noite Cinderela » et analysé la violence inhérente à l’histoire de l’art avec « The Brotherhood », Carolina Bianchi consacre ce troisième volet à la violence intrinsèque à l’acte d’écrire. « L’écriture est un acte masochiste », affirme-t-elle sur scène, résumant en une phrase l’essence de son propos.

Une théâtralité radicale et des influences multiples

Carolina Bianchi déploie dans « Uma luz cordial » une langue à la fois lyrique et crue, tissant des dialogues entre elle-même et ses alter ego littéraires, comme l’écrivaine brésilienne Hilda Hilst ou la poétesse américaine Emily Dickinson. Cette multiplicité des voix crée une narration fragmentée, volontairement déséquilibrée, où se mêlent confusion et chaos. La metteuse en scène y voit une manière de refléter les tensions inhérentes à la création, entre maîtrise et perte de contrôle, entre ordre et désordre.

La mise en scène, signée par Carolina Bianchi elle-même, s’appuie sur une scénographie épurée mais efficace, avec une direction technique et sonore assurée par Miguel Caldas. Les costumes, conçus par Luisa Callegari et Carolina Bianchi, ainsi que les projections vidéo de Montserrat Fonseca Llach, complètent une œuvre où chaque élément participe à une expérience sensorielle et intellectuelle exigeante. Le texte intègre par ailleurs un extrait du livre « O caderno rosa de Lori Lamby » de Hilda Hilst, confirmant les influences littéraires fortes qui traversent la création.

Une trilogie aux enjeux sociétaux et artistiques

Initiée en 2023, la « Trilogia Cadela força » s’est imposée comme un cycle marquant du Festival d’Avignon, salué pour son approche sans concession des violences traversant la société et la création artistique. Carolina Bianchi y aborde des sujets tabous avec une radicalité assumée, mêlant engagement politique, exploration psychologique et recherche formelle. « The Brotherhood », second volet, avait notamment suscité des débats en disséquant la violence historique et symbolique de l’art, tandis que « A noiva e o boa noite Cinderela » avait abordé, avec une grande crudité, les séquelles des violences sexuelles.

Avec « Uma luz cordial », l’autrice brésilienne élargit son champ d’investigation à l’acte d’écrire, faisant de l’écriture un terrain de lutte où se jouent à la fois la liberté créatrice et la vulnérabilité de l’artiste. « C’est une immersion dans ce qui nous rend misérables, vulnérables, colériques : l’écriture, le moment de créer », résume-t-elle, soulignant que cette pièce, bien que plus intimiste que ses prédécesseures, n’en reste pas moins radicale dans sa forme et son propos.

Et maintenant ?

La pièce « Uma luz cordial » est à l’affiche jusqu’au 7 juillet 2026 à l’Opéra Grand Avignon, avant que la trilogie complète, d’une durée totale de dix heures, ne soit rejouée les 12 et 13 juillet 2026 lors du même festival. Ces dates pourraient permettre au public de mesurer l’ampleur de cette exploration artistique, tandis que les retours critiques pourraient influencer la programmation des prochaines éditions du festival.

Une distribution et une équipe technique étoffées

La création de « Uma luz cordial » repose sur une équipe pluridisciplinaire, avec une mise en scène, un texte et une scénographie signés Carolina Bianchi. La révision du texte a été assurée par Larissa Ballarotti, tandis que la dramaturgie et la recherche ont été menées par Carolina Mendonça. Côté technique, la direction sonore et la musique sont de Miguel Caldas, et les lumières de Jo Rios. La traduction pour le surtitrage, en français et en anglais, a été réalisée respectivement par Thomas Resendes et Marina Matheus.

La distribution compte dix comédiens, parmi lesquels Rodrigo Andreolli, Larissa Ballarotti, Lucas Delfino, Joana Ferraz, Flow Kountouriotis, Fernanda Libman, Amanda Lyra, Danielli Mendes et Carolina Mendonça, aux côtés de Carolina Bianchi elle-même. Une collaboration qui illustre la dimension collective de cette création, où chaque artiste contribue à la construction d’un spectacle à la fois exigeant et immersif.

La pièce « Uma luz cordial » contient des scènes de nudité intégrale, des simulations d’actes sexuels et des récits explicites, susceptibles de heurter la sensibilité du public. Un avertissement clair est d’ailleurs affiché en début de représentation, comme le rapporte Franceinfo - Culture.