La réalisatrice chypriote Alexandra Matheou présentera en première mondiale son troisième court-métrage, « Free Eliza (Notes on an Anatomical Imperfection) », les 21 et 22 mai 2026 à Cannes dans le cadre de la 58e Quinzaine des Cinéastes. Selon Euronews FR, ce film, coproduit entre Chypre, la Grèce et la France, s’inscrit parmi les 9 courts-métrages sélectionnés pour cette édition.

Ce qu’il faut retenir

  • Présentation en première mondiale de « Free Eliza (Notes on an Anatomical Imperfection) » les 21 et 22 mai 2026 à la Quinzaine des Cinéastes à Cannes.
  • Le film, coproduit entre Chypre, la Grèce et la France, fait partie des 9 courts-métrages sélectionnés pour cette édition.
  • L’héroïne, Eliza, travaille dans un hôtel de luxe mais ne peut pas sourire en raison d’une anomalie anatomique, explorant les thèmes de la positivité toxique et de la pression sociale.
  • Le tournage, réalisé en quatre jours dans l’hôtel qui a inspiré le film, met en lumière la pression sociale subie par les travailleurs du secteur hôtelier.
  • Alexandra Matheou prépare également son premier long-métrage, « Shibboleth », et voit cette sélection comme une opportunité pour son projet futur.

Un court-métrage ancré dans l’observation sociale

« Free Eliza (Notes on an Anatomical Imperfection) » raconte l’histoire d’Eliza, employée dans un hôtel de luxe, qui ne peut pas sourire en raison d’une anomalie anatomique. Ce handicap invisible devient le cœur d’un récit qui interroge la positivité toxique et les normes sociales imposées aux individus. Selon Euronews FR, le film s’inscrit dans une réflexion plus large sur la manière dont la société perçoit et juge la différence. Le tournage, réalisé en seulement quatre jours, a eu lieu dans l’hôtel qui a inspiré la réalisatrice, offrant une immersion réaliste dans l’univers du film.

Le choix d’Eliza comme héroïne repose sur une observation concrète de Matheou. « C’était un drôle de début », explique-t-elle. « Je me trouvais dans le même hôtel qu’un jury du festival du court-métrage de Chypre. Un jour, j’ai vu au petit-déjeuner une fille qui travaillait là et qui avait le regard le plus triste que j’aie jamais vu. Elle contrastait totalement avec les palmiers, les piscines et les touristes heureux. » Cette rencontre a marqué le point de départ du film, qui aborde la question de la positivité imposée dans un environnement où les employés doivent constamment afficher un visage heureux.

Une héroïne qui défie les attentes

Pour Alexandra Matheou, Eliza n’est pas une personne en détresse, mais une femme dont la richesse intérieure échappe aux jugements extérieurs. « Pour moi, Eliza est une héroïne qui trompe un peu les propres idées préconçues du public », déclare-t-elle. « Lorsqu’on voit son handicap, il est très facile de penser qu’elle n’est pas heureuse ou qu’elle vit dans la dépression. Pourtant, le film montre que son monde intérieur est si riche qu’il la rend finalement très puissante. » Le personnage, interprété par Gregoria Methenitis, incarne une critique subtile des normes sociales, notamment à travers le regard de ceux qui l’entourent.

Le film interroge également la notion de bonheur et de normalité. « Eliza n’est pas très différente des autres travailleurs dans des environnements qui les oppriment », souligne Matheou. « Mais ce qui la rend unique, c’est la pression sociale qui pèse sur elle pour qu’elle se conforme à une image de joie imposée. Ironiquement, elle est peut-être plus heureuse que ceux qui, autour d’elle, affichent un sourire artificiel pour paraître normaux. » Une réflexion qui résonne particulièrement dans le milieu hôtelier, où les employés doivent souvent masquer leurs émotions.

La positivité toxique au cœur du récit

La question de la positivité toxique est au centre de « Free Eliza ». Pour Matheou, le sourire est souvent perçu comme une arme sociale, permettant de paraître moins menaçant et d’obtenir plus facilement ce que l’on souhaite. « En grandissant, j’ai compris que sourire était une compétence sociale », confie-t-elle. « Mais ce film est une invitation à s’engager avec bienveillance envers ceux qui ne peuvent pas ou ne veulent pas sourire. Je ne considère pas cela comme un handicap, mais comme une différence. » Une position qui rejoint les débats contemporains sur l’acceptation de soi et des autres.

Le film explore aussi les rêves et les aspirations d’Eliza, qui aspire à devenir une star du spectacle. « Ce serait clairement Lady Gaga ou une star du spectacle », explique la réalisatrice en riant. « C’est une fille qui a envie d’être sous les feux de la rampe, de tourner les projecteurs sur elle. » Une ambition qui contraste avec sa réalité actuelle, mais qui reflète la quête de liberté et d’expression de soi au cœur du récit.

Une réalisatrice engagée pour les héroïnes complexes

Alexandra Matheou se distingue par son attention portée aux personnages féminins nuancés, loin des stéréotypes traditionnels. « Je trouve les héroïnes féminines du cinéma et de la littérature infiniment plus intéressantes », déclare-t-elle. « Je m’intéresse particulièrement à l’expérience féminine et aux zones inexplorées de la psychologie des femmes. » Son approche rejette les archétypes simplistes comme la femme fatale ou l’objet de désir, pour privilégier des personnages plus réalistes et paradoxaux.

Cette vision s’inscrit dans une réflexion générationnelle sur la place des femmes dans la société. « Le traitement réservé aux femmes, ce que l’on attend d’elles et ce qu’elles apportent à la société, est bien plus complexe que celui des hommes », explique Matheou. « Je veux m’attarder sur des femmes plus réelles, avec leurs contradictions et leurs rêves. » Un engagement qui se retrouve dans son précédent court-métrage, « A Summer Place », primé dans plusieurs festivals européens.

Un tremplin pour le premier long-métrage

La sélection de « Free Eliza » à la Quinzaine des Cinéastes représente une opportunité majeure pour Alexandra Matheou, qui prépare actuellement son premier long-métrage, « Shibboleth ». « Je suis très heureuse que le film soit présenté à Cannes », confie-t-elle. « Pour nous, cinéastes, c’est un festival qui nous tient à cœur. On en rêve, même si on ne pense pas toujours pouvoir y participer. »

Cette reconnaissance arrive à un moment clé pour la réalisatrice, qui voit dans cette sélection un moyen de mieux faire connaître son travail. « Cela nous aide à nous faire remarquer un peu plus facilement, même si les choses restent difficiles », précise-t-elle. « Je ne pouvais pas imaginer un segment plus approprié que la Quinzaine des Cinéastes pour Eliza. » Une affirmation qui souligne l’importance de cette section du Festival de Cannes pour les cinéastes indépendants.

Et maintenant ?

La projection de « Free Eliza » les 21 et 22 mai 2026 à Cannes pourrait attirer l’attention des professionnels du secteur, ouvrant des portes pour une meilleure distribution du film. Pour Alexandra Matheou, cette reconnaissance pourrait également faciliter la recherche de financements pour « Shibboleth », son premier long-métrage. Reste à voir si cette sélection se traduira par des opportunités concrètes dans les mois à venir.

Côté coulisses, le film est une coproduction entre plusieurs entités : This Is The Girl Films, le ministère de la Culture de la République de Chypre, Onassis Culture, Homemade Films, Everybodies et La Cellule Productions. Une collaboration internationale qui illustre la diversité des talents mobilisés pour ce projet.

Alors que le Festival de Cannes 2026 approche, « Free Eliza » s’annonce comme l’un des moments forts de la Quinzaine des Cinéastes, offrant une réflexion subtile et engagée sur les normes sociales et la quête de liberté.

Le film interroge la pression sociale exercée sur les individus pour qu’ils affichent un bonheur constant, notamment dans des environnements comme l’hôtellerie. Il met en lumière le paradoxe entre l’obligation de positivité et la réalité des émotions, en montrant qu’Eliza, malgré son handicap invisible, est peut-être plus épanouie que ceux qui l’entourent.