Le Festival du Livre de Paris 2026 s’ouvre ce jeudi 16 avril sous la verrière du Grand Palais, avec pour ambition affichée de célébrer la lecture sous toutes ses formes. Selon Franceinfo - Culture, cette édition, qui se tiendra jusqu’au dimanche 19 avril, mettra à l’honneur le voyage, tant littéraire que géographique ou intime, tout en consacrant deux expositions majeures à la bande dessinée. Pourtant, l’événement s’annonce sous le signe des tensions, avec la crise qui secoue la maison d’édition Grasset, contrôlée par le groupe Hachette lui-même détenu par Vincent Bolloré.

Ce qu'il faut retenir

  • 115 auteurs de Grasset ont annoncé leur départ en réaction au licenciement de son PDG Olivier Nora, après 26 ans à la tête de la maison, invoquant une « atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale ».
  • Parmi les signataires figurent des figures majeures comme Virginie Despentes, Bernard-Henri Lévy ou Frédéric Beigbeder.
  • Grasset, absent du salon, sera pourtant au cœur des discussions, alors que son groupe mère Hachette organise un salon parallèle en mars pour ses 200 ans.
  • La polémique autour d’Amazon, initialement sponsor du festival, a conduit le géant à se retirer, sous la pression du Syndicat de la librairie française.
  • Le festival mise sur l’innovation avec le « livre augmenté », mêlant littérature, cinéma et arts vivants, et espère attirer 114 000 visiteurs comme en 2025.
  • Le thème du voyage et les expositions sur la bande dessinée, dont une dédiée à la « romantasy » et à la « dark romance », structurent cette édition.

Un festival sous le signe des polémiques éditoriales

Le départ massif d’auteurs chez Grasset, annoncé mercredi 15 avril, constitue un séisme dans le paysage littéraire français. Franceinfo - Culture révèle que 115 plumes, parmi lesquelles des noms aussi emblématiques que Virginie Despentes, Sorj Chalandon ou Frédéric Beigbeder, ont choisi de quitter la maison pour protester contre le limogeage d’Olivier Nora, en poste depuis 1999. Dans une lettre commune, ils dénoncent une « atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale », un argument qui résonne particulièrement dans un secteur où l’autonomie des éditeurs est régulièrement questionnée.

Cette crise survient alors que Grasset, filiale de Hachette contrôlé par le milliardaire Vincent Bolloré, se retrouve au cœur des débats. Absente du salon malgré son statut de maison historique, elle ne disposera d’aucun stand au Grand Palais. Une absence symbolique, d’autant que Hachette avait organisé en mars un salon dédié à ses 200 ans, où seules quatre de ses marques, comme Calmann-Lévy ou Le Livre de Poche, seront présentes à Paris. Autant dire que l’ombre de Grasset planera sur les allées du festival, où les discussions risquent d’être animées.

Amazon et la librairie française : une polémique évitée de justesse

Autre ombre au tableau : la présence initialement prévue d’Amazon comme sponsor. En mars, le géant du commerce en ligne avait annoncé son retrait du festival, cédant sous la pression du Syndicat de la librairie française (SLF). Celui-ci avait menacé de boycotter l’événement si Amazon maintenait sa participation, invoquant une concurrence déloyale envers les librairies indépendantes. Une victoire symbolique pour les défenseurs du livre physique, alors que le secteur tente de résister à la domination des géants du numérique.

Le directeur général du festival, Pierre-Yves Bérenguer, a confirmé à l’AFP l’ambition de l’événement : « célébrer la lecture sous toutes ses formes, de la littérature aux albums jeunesse, en passant par la new romance, et attirer tous les lecteurs ». Une mission qui passe aussi par l’innovation, avec la promotion du « livre augmenté », une formule mêlant littérature, cinéma, spectacle vivant et arts de la table. Preuve de cette diversification, une « Nocturne culinaire » est prévue vendredi 17 avril, où auteurs et chefs étoilés échangeront autour de la gastronomie.

Voyage, bande dessinée et littérature : les temps forts de l’édition 2026

Le thème central du festival, le voyage, se décline en trois dimensions : littéraire, intérieur et géographique. Deux expositions majeures lui sont consacrées, dont Crush, dédiée à la romance sous toutes ses formes. Cette dernière mettra en lumière des courants comme la « romantasy » (mélange de romance et de fantasy) ou la « dark romance », un genre en plein essor chez les jeunes lecteurs. Une manière de moderniser l’image du festival, souvent perçu comme traditionnel.

Parmi les auteurs attendus, Boualem Sansal, récemment passé de Gallimard à Grasset, côtoiera des figures comme Hugo Clément, Sophie Fontanel ou Erri De Luca. Les illustrateurs d’albums jeunesse seront également à l’honneur, reflétant la volonté d’élargir le public. Le festival mise aussi sur la découverte, avec des rencontres organisées autour de livres souvent absents des grands médias. Reste à savoir si cette diversité suffira à attirer les jeunes, dont les habitudes de lecture sont en net recul.

L’édition 2026 face au défi de la désaffection des jeunes pour la lecture

Le déclin de la lecture chez les jeunes est un enjeu majeur pour le secteur. Selon une étude publiée mardi par le Centre national du livre, les 15-24 ans ne consacrent en moyenne que 18 minutes par jour à la lecture, contre 3h01 aux écrans. Une tendance qui inquiète les professionnels, à commencer par Vincent Montagne, président du Syndicat national de l’édition : « Trouver des voies pour inverser ce déclin est l’un des défis de cette édition ». Le festival mise sur l’interactivité et le numérique pour capter cette audience, mais la tâche s’annonce ardue.

En 2025, l’événement avait attiré 114 000 visiteurs et généré la vente de 250 000 ouvrages. Un bilan positif, mais qui ne masque pas les difficultés structurelles du secteur : concentration des maisons d’édition, concurrence des plateformes en ligne et baisse du temps consacré à la lecture. Autant de défis que le Festival du Livre de Paris tente de relever, entre tradition et modernité.

Et maintenant ?

Les prochains jours s’annoncent intenses pour les organisateurs, qui devront gérer les débats autour de la crise Grasset tout en maintenant l’attractivité du salon. Pour les auteurs ayant quitté la maison, la question de leur avenir éditorial reste entière : où publieront-ils désormais ? De son côté, Vincent Bolloré, via Hachette, pourrait être tenté de rebattre les cartes en nommant un nouveau PDG à Grasset, une décision susceptible de relancer la polémique. Enfin, l’impact de cette édition sur les habitudes de lecture des jeunes sera scruté de près, alors que le festival mise sur des formats innovants pour les séduire.

Quelle que soit l’issue de ces débats, une chose est sûre : le Festival du Livre de Paris 2026 entrera dans l’histoire comme une édition marquée par les tensions, mais aussi par la volonté de se réinventer. Entre hommage à la lecture et affrontements éditoriaux, le salon du Grand Palais a encore une fois l’ambition de prouver que le livre, sous toutes ses formes, reste un média incontournable.

Parmi les 115 auteurs ayant quitté Grasset figurent des figures majeures comme Virginie Despentes, Sorj Chalandon, Bernard-Henri Lévy, Frédéric Beigbeder, mais aussi Boualem Sansal, qui a rejoint Grasset avant de le quitter. La liste complète a été publiée dans une lettre commune obtenue par l’AFP.