« Nous avons reçu un courriel officiel du PDG ». La phrase, envoyée à des milliers de salariés, marque un tournant pour des milliers de salariés en France. Depuis la décision prise par EDF fin 2025, plusieurs grands groupes interdisent progressivement la consommation d’alcool dans le cadre professionnel, transformant les codes des dîners d’affaires, séminaires et pots de départ. Une évolution saluée par certains, contestée par d’autres, mais qui s’impose comme une norme dans un nombre croissant d’entreprises.

Ce qu'il faut retenir

  • Plusieurs grands groupes, dont EDF, ont instauré une politique « zéro alcool » lors des événements professionnels, interdisant notamment le financement de boissons alcoolisées sur notes de frais.
  • Cette mesure s’inscrit dans une logique de prévention des risques liés à l’alcool, mais aussi de transformation des sociabilités professionnelles.
  • Les salariés et restaurateurs observent un recul progressif du vin et des spiritueux lors des repas d’équipe, remplacés par de l’eau, des jus ou des alternatives sans alcool.
  • Les avis divergent en interne : certains y voient une infantilisation, d’autres une évolution nécessaire face aux risques d’abus.

Des repas d’équipe désormais « à l’eau plate »

La sommelière Clotilde Mengin, basée à Nancy, constate un changement progressif dans les attentes des entreprises. « Avant, il était courant pour les sociétés de commander du vin lors des repas d’équipe. Aujourd’hui, c’est de plus en plus rare, voire inexistant », explique-t-elle. Les dîners d’affaires, séminaires ou encore les pots de départ voient désormais s’imposer la carafe d’eau comme boisson principale. « La convivialité entre collègues, autrefois associée au verre de vin partagé, semble s’effriter », observe-t-elle. Cette transformation touche aussi les traditions internes, comme la galette des rois où le cidre, autrefois systématique, disparaît des notes de frais.

Chez EDF, le mouvement a été initié fin 2025. La direction a officiellement communiqué via un courriel envoyé à l’ensemble des salariés, précisant que « commander de l’alcool lors des événements organisés par l’entreprise – en interne comme à l’extérieur – n’est plus autorisé ». Une mesure qui s’étend désormais à d’autres grands groupes, notamment dans l’industrie et les services.

Des salariés partagés entre liberté et prévention

Pour Arthur, cadre dans une entreprise industrielle, le changement est encore récent. « Il y a quelques mois, l’alcool était toléré aux pots de départ. Depuis l’arrivée du nouveau directeur, tout a basculé », confie-t-il. Désormais, ceux qui souhaitent partager un verre entre collègues doivent s’organiser en dehors du cadre professionnel. Une contrainte qui divise en interne. « Ils craignent sûrement les abus, mais est-ce vraiment la solution ? C’est un peu de l’infantilisation », estime un salarié sous couvert d’anonymat. Un autre relativise : « Certains ont l’impression qu’on leur enlève des libertés, mais dans le passé, il y avait aussi le droit de boire du vin à la cantine. Je pense qu’il est normal que les choses évoluent. »

Les motivations derrière cette interdiction restent floues pour certains. Si la santé publique est évoquée, d’autres y voient une volonté de contrôle accru ou une adaptation aux nouvelles normes sociétales. EDF, contacté par Le Figaro, n’a pas détaillé les raisons exactes de sa décision, se contentant d’indiquer que cette mesure s’inscrivait « dans une démarche globale de prévention des risques ».

Des restaurateurs contraints de s’adapter

Pour les professionnels de la restauration, cette tendance représente un défi. Les commandes de vin ou de champagne lors de repas d’entreprise, autrefois fréquentes, se font plus rares. « Les entreprises représentent une part importante de notre chiffre d’affaires, mais nous devons désormais proposer des alternatives sans alcool de qualité », explique un restaurateur parisien sous anonymat. Certains établissements misent sur des accords mets et jus de fruits, ou des cocktails sans alcool sophistiqués pour séduire cette clientèle. « Autant dire que la marge n’est plus la même, mais c’est une évolution que nous devons accompagner », ajoute-t-il.

Dans les grandes villes, où les séminaires et dîners d’affaires sont légion, certains hôtels et restaurants commencent à adapter leurs menus. Les formules « tout compris » incluant des boissons sans alcool gagnent du terrain, tandis que les services traiteurs intègrent systématiquement des options sobres dans leurs devis.

Une mesure qui interroge l’équilibre entre santé et convivialité

Si la prévention des risques liés à l’alcool justifie en partie cette interdiction, certains s’interrogent sur ses conséquences à long terme. « Boire un verre entre collègues fait partie des petits plaisirs du quotidien professionnel. En le supprimant, ne risque-t-on pas de vider les moments de détente de leur substance ? », s’interroge une salariée dans le secteur de la tech. Pour d’autres, au contraire, cette évolution est bienvenue. « L’alcool peut générer des comportements inappropriés ou des tensions. Le supprimer permet de recréer un cadre professionnel plus serein », estime un responsable RH dans l’industrie pharmaceutique.

« La convivialité ne se mesure pas à la quantité d’alcool consommée. L’essentiel est de partager un moment, quel que soit le contenu des verres. »
— Clotilde Mengin, sommelière à Nancy

Et maintenant ?

Cette tendance pourrait s’amplifier dans les mois à venir, à mesure que d’autres grands groupes emboîteront le pas à EDF. D’ici fin 2026, plusieurs entreprises du CAC 40 devraient officialiser des chartes internes similaires, selon des sources proches du dossier. Reste à voir si cette interdiction s’étendra aux déplacements professionnels ou aux événements organisés par des tiers, comme les salons. Une chose est sûre : la vie professionnelle, et ses rituels, est en train de changer de visage.

En attendant, les salariés concernés devront composer avec cette nouvelle donne. Certains y verront une opportunité de rompre avec des habitudes jugées dépassées, tandis que d’autres regretteront peut-être ces moments où le verre de vin marquait la fin d’une longue journée de travail.

Selon les entreprises, cette interdiction s’applique aux dîners d’affaires, séminaires, pots de départ, galettes des rois, et plus généralement à tout événement organisé ou financé par l’entreprise, en interne comme en externe.

Non. Plusieurs grands groupes, dont EDF, ont officiellement indiqué que les notes de frais incluant des boissons alcoolisées ne seraient plus acceptées. Cette mesure s’applique aussi bien pour les repas que pour les déplacements.