Le projet du Système de combat aérien du futur (SCAF), porté par Dassault Aviation et Airbus Defence and Space, a définitivement échoué, selon Capital. Cette décision marque un tournant pour le groupe français, qui pourrait désormais privilégier une stratégie d’autonomie plutôt qu’un partenariat industriel européen jugé déséquilibré.

James D. Touati, consultant et président-fondateur de The Nest, évoque dans les colonnes de Capital un symbole des dysfonctionnements européens : lenteur des processus, rivalités nationales et absence de vision commune. « Le SCAF devait incarner une Europe de la défense unie et souveraine, mais il est devenu l’illustration parfaite de tout ce qui ne fonctionne pas sur le continent », déclare-t-il. Face à cette impasse, Dassault Aviation envisage un retour à un modèle éprouvé : celui de l’indépendance industrielle.

Ce qu'il faut retenir

  • Le projet SCAF, porté par Dassault Aviation et Airbus Defence and Space, n’a pas abouti, selon Capital.
  • Le groupe français pourrait désormais se recentrer sur un modèle d’autonomie industrielle pour ses programmes d’avions de combat.
  • Dassault Aviation maîtrise l’intégralité de la chaîne de conception du Rafale, un programme rentable et exportable.
  • Le SCAF accumulait les frictions entre Dassault, défendant une maîtrise totale du design, et Airbus, favorable à un partage industriel plus large.
  • Un programme 100 % français offrirait trois avantages : rapidité, souveraineté et valorisation locale de la chaîne de valeur.
  • Le carnet de commandes du Rafale est déjà au plus haut, et le standard F5 est attendu pour 2035.

Un partenariat européen en échec

Le SCAF, imaginé comme le fleuron d’une défense européenne unie, s’est heurté à des divergences structurelles entre les acteurs. Dassault Aviation, pilier de ce projet, défendait une logique de maîtrise totale du design et de la production, tandis qu’Airbus Defence and Space, côté allemand, poussait pour un partage industriel plus équilibré. « Personne ne voulait céder le contrôle », souligne James D. Touati dans Capital. « Dans ce contexte, continuer le SCAF à tout prix relevait presque de l’illusion politique ».

Ces tensions ont prolongé les délais et complexifié la gouvernance, au point de rendre le projet ingérable. Pour le consultant, cette situation illustre les limites d’une approche européenne où les intérêts nationaux priment souvent sur la cohésion industrielle. « Le SCAF est devenu le symbole d’une Europe qui peine à s’unir sur des sujets stratégiques », ajoute-t-il.

Dassault Aviation mise sur l’autonomie et la souveraineté

Face à cet échec, Dassault Aviation pourrait opter pour un retour à une stratégie d’indépendance, comme celle qui a fait le succès du Rafale. Le groupe français est l’un des rares industriels au monde capable de concevoir un avion de combat de A à Z, sans dépendre d’un écosystème éclaté. « Dassault Aviation n’est pas un acteur comme les autres. C’est l’un des rares industriels au monde capable de concevoir un avion de chasse de bout en bout, sans dépendre d’un écosystème éclaté. Le Rafale en est la démonstration : un programme maîtrisé, cohérent, exportable – et surtout rentable à long terme », explique James D. Touati.

Trois arguments majeurs plaident en faveur d’un programme 100 % français. D’abord, la rapidité d’exécution : moins d’acteurs signifie moins de compromis et une capacité à innover plus rapidement. Ensuite, la souveraineté totale, sans blocage à l’export ni dépendance stratégique. Enfin, la valorisation locale de la chaîne de valeur, avec des marges, des emplois et une propriété intellectuelle bénéficiant directement à l’écosystème français.

Un coût élevé, mais une question avant tout stratégique

Le coût d’un programme national est indéniablement plus élevé que celui d’un partenariat européen. Pourtant, pour Dassault Aviation, la question n’est pas budgétaire, mais stratégique. « Vaut-il mieux partager un projet mal aligné, ou assumer seul un programme cohérent ? Dans un monde de plus en plus fragmenté, la souveraineté redevient une prime. Et sur ce terrain, Dassault Aviation semble déjà avoir fait son choix », résume le consultant.

Le groupe français affiche déjà un carnet de commandes record sur le Rafale, avec des ventes significatives en Inde, en Égypte et au Qatar. Par ailleurs, ses efforts se concentrent sur le développement du standard F5, dont la livraison est prévue d’ici 2035. Selon l’analyste Jefferies, cité par Capital, cette stratégie justifie une recommandation d’achat pour les actions Dassault Aviation, dans une optique de placement à moyen terme.

Et maintenant ?

Dassault Aviation devra prochainement officialiser sa stratégie post-SCAF. Une annonce pourrait intervenir d’ici la fin de l’été 2026, alors que le groupe prépare également la montée en puissance du standard F5. Les observateurs s’attendent à ce que le groupe confirme son recentrage sur le Rafale et les Falcon, tout en maintenant des collaborations ponctuelles avec des partenaires européens sur des niches technologiques. La capacité du groupe à préserver son avance technologique face à la concurrence internationale, notamment américaine et chinoise, sera un enjeu clé pour les années à venir.

Les analystes financiers voient un potentiel boursier

Les actions Dassault Aviation bénéficient déjà d’un regain d’intérêt de la part des investisseurs. Selon les analyses techniques et financières relayées par Capital, le titre présente un potentiel de croissance, notamment grâce à la solidité de son carnet de commandes et à la visibilité offerte par le standard F5. La lettre d’investissement Momentum, publiée par le média, recommande depuis 2021 l’achat des actions Dassault Aviation à des moments opportuns, avec des performances ayant largement dépassé celles du CAC 40 sur cinq ans.

Pour les investisseurs, la question n’est donc plus de savoir si Dassault Aviation peut se passer du SCAF, mais plutôt si cette stratégie d’autonomie lui permettra de consolider sa position de leader sur le marché des avions de combat et d’affaires. « Dans un contexte géopolitique tendu, la souveraineté industrielle devient un atout majeur. Dassault Aviation l’a bien compris », conclut James D. Touati.

Le Système de combat aérien du futur (SCAF) visait à développer une nouvelle génération d’avion de combat européen, destiné à remplacer les Rafale et Eurofighter à l’horizon 2030-2040. Le projet était porté par Dassault Aviation (France), Airbus Defence and Space (Allemagne, Espagne) et Leonardo (Italie), avec une enveloppe initiale estimée à plusieurs dizaines de milliards d’euros.

Le projet a été bloqué par des divergences industrielles et stratégiques entre les partenaires. Dassault Aviation défendait une maîtrise totale du design et de la production, tandis qu’Airbus souhaitait un partage plus équilibré. Ces tensions ont entraîné des retards et une complexité croissante, rendant le projet ingérable sur le plan politique et industriel.