Chez France Travail, l’intelligence artificielle s’invite progressivement dans les outils destinés aux conseillers et aux demandeurs d’emploi. Selon BFM Business, trois solutions, « ChatFT », « CoachFT » et « MatchFT », ont été développées pour automatiser certaines tâches chronophages et libérer du temps pour l’accompagnement humain. Présentés lors du salon VivaTech à Paris, ces outils visent à améliorer l’efficacité des agents tout en répondant aux enjeux de retour à l’emploi.

Ce qu'il faut retenir

  • Trois outils IA déployés : « ChatFT », « CoachFT » et « MatchFT » ont été conçus pour assister les conseillers et les demandeurs d’emploi, avec un objectif de gain de temps estimé à trois heures par semaine pour chaque conseiller.
  • Un investissement massif : France Travail a consacré 15 millions d’euros à l’IA en 2025, après 93 millions entre 2017 et 2024, et prévoit un déploiement généralisé de ces outils d’ici 2027.
  • Des craintes syndicales : Les syndicats, notamment la CGT et la FSU, redoutent une automatisation excessive pouvant entraîner des suppressions de postes ou une intensification du travail pour les conseillers.
  • Un objectif de redéploiement : La direction table sur le redéploiement de 800 équivalents temps plein (ETP) dans l’accompagnement humain d’ici 2027 grâce aux gains de productivité générés par l’IA.
  • Une transformation en cours : France Travail forme ses agents et les demandeurs d’emploi à l’utilisation de l’IA, dans un contexte où le gouvernement français vise la formation de 15 millions de professionnels à l’IA d’ici 2030.

Des outils conçus pour simplifier le travail des conseillers

Parmi les trois solutions présentées, « ChatFT » est le plus avancé. Cet agent conversationnel, développé avec le groupe français Mistral, permet aux conseillers de résumer rapidement les entretiens avec les demandeurs d’emploi. « Un conseiller peut gagner trois heures par semaine avec cet outil et réinvestir ce temps dans l’accompagnement », explique Béatrice Grenade, directrice IA de France Travail. La version « ChatFT Écoute » va plus loin en synthétisant automatiquement les échanges téléphoniques ou en présentiel, avec pour ambition de supprimer l’écran entre conseillers et demandeurs d’emploi.

« CoachFT », quant à lui, cible spécifiquement les jeunes en contrats d’engagement jeunes. L’outil retranscrit en temps réel les démarches déclarées par les bénéficiaires, tandis que « MatchFT » accélère la mise en relation entre candidats et recruteurs en vérifiant par SMS la disponibilité ou la mobilité des premiers. « On est une des rares organisations qui est à l’intersection d’une transformation pour nous-mêmes, (...) pour améliorer notre performance, et de l’accompagnement de la société dans une transformation qui lui sera imposée par ces innovations technologiques », souligne Samir Amellal, directeur général adjoint technologies de France Travail.

Une automatisation qui divise les acteurs

Si la direction vante les bénéfices de ces outils, les syndicats expriment des réserves quant à leur déploiement. Guillaume Bourdic, représentant de la CGT, déplore ne pas disposer d’une « cartographie des cas d’usage » de l’IA chez France Travail. « On a très peur que le développement de l’intelligence artificielle, pensé uniquement en termes de gains d’efficience et de gains de temps, participe à la fois à des suppressions de postes, à une intensification du travail et à la déqualification des conseillers », déclare-t-il. Christophe Moreau, de la FSU, craint également « une standardisation des conclusions d’entretiens » et que les gains de productivité ne se traduisent par des réductions d’effectifs.

Pour Marie Bertin, conseillère à La Roche-sur-Yon, l’IA représente une opportunité. « L’IA me permet d’absorber toutes les tâches chronophages sans valeur ajoutée et d’avoir plus de temps pour recevoir des demandeurs d’emploi, par exemple pour faire des simulations d’entretien avec quelqu’un qui n’arrive pas à bien se mettre en avant », témoigne-t-elle. Claire Belarbi, référente IA près de Caen, souligne aussi les avantages pour les demandeurs d’emploi : « Les quelque 400 demandeurs d’emploi que je suis n’ont plus besoin de répéter inlassablement leurs parcours. » Elle insiste cependant sur la nécessité de relire les synthèses générées par l’IA pour en vérifier le ton, qu’elle demande « bienveillant ».

Un enjeu de formation et de recrutement pour France Travail

L’opérateur public mise également sur la formation de ses agents à l’IA. D’ici 2030, le gouvernement français souhaite former 15 millions de professionnels à ces technologies, et France Travail entend y contribuer. En interne, l’enjeu est double : former les conseillers pour qu’ils maîtrisent ces nouveaux outils, mais aussi attirer des talents dans des domaines comme la cybersécurité ou la gestion des données, où les besoins en recrutement restent importants. Une plateforme dédiée est ainsi en préparation pour faciliter la rencontre entre employeurs et profils spécialisés.

Sur le plan financier, France Travail doit faire face à des contraintes budgétaires. L’organisme prévoit la suppression de 515 équivalents temps plein (ETP) en 2026, sur un effectif total de 54 000 agents. Pourtant, la direction affiche un objectif ambitieux : redéployer 800 ETP dans l’accompagnement humain d’ici 2027 grâce aux gains de productivité générés par l’IA. Une promesse qui ne convainc pas totalement les syndicats, qui demandent davantage de transparence sur les mécanismes d’automatisation en cours de négociation.

Et maintenant ?

Une négociation sur l’usage de l’IA en entreprise est prévue pour septembre 2026, avec l’objectif de sécuriser les emplois et d’encadrer le déploiement des outils automatisés. D’ici là, France Travail continue d’étendre ses expérimentations régionales, avec un déploiement national prévu pour 2027. La question de l’équilibre entre efficacité et préservation des emplois humains reste au cœur des débats, dans un contexte où l’intelligence artificielle s’impose comme un levier stratégique pour l’organisme.

L’introduction de l’IA chez France Travail s’inscrit dans une dynamique plus large, où l’automatisation des tâches administratives pourrait redéfinir le rôle des conseillers. Si les gains de temps sont réels, leur impact sur l’emploi et la qualité de l’accompagnement dépendra largement des garde-fous mis en place.

France Travail a développé trois outils : « ChatFT », un agent conversationnel pour résumer les entretiens ; « CoachFT », destiné aux jeunes en contrats d’engagement jeunes ; et « MatchFT », qui accélère la mise en relation entre candidats et recruteurs. « ChatFT Écoute » est une version avancée de « ChatFT » capable de synthétiser automatiquement les échanges.

L’organisme a investi 93 millions d’euros entre 2017 et 2024, puis 15 millions d’euros supplémentaires en 2025. Le déploiement généralisé de ces outils est prévu pour 2027.