Un système de freinage pour fauteuils roulants manuels, primé lors du Concours Lépine 2023, est désormais pris en charge intégralement par l'Assurance maladie depuis fin avril 2026. Selon Franceinfo - Santé, cette innovation, conçue par l'entreprise EPURR fondée par Lancelot Durand et Colin, permet aux utilisateurs d'éviter les douleurs et les risques de blessures liés au freinage traditionnel. Jusqu'à présent, les occupants de fauteuils roulants devaient freiner en appuyant directement sur les roues avec les mains, une méthode souvent douloureuse et épuisante, notamment pour les personnes souffrant de troubles musculo-squelettiques comme le syndrome du canal carpien.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 1 000 paires de roues équipées du système Dreeft ont été vendues depuis 2023, selon les données de l'entreprise EPURR.
  • Le freinage innovant utilise une barre fixe que l'utilisateur tire légèrement, évitant ainsi de se brûler la peau ou de solliciter excessivement les poignets.
  • Depuis le 25 avril 2026, le dispositif est 100 % remboursé par la Sécurité sociale, ce qui devrait faciliter son adoption par les patients.
  • Chaque paire de roues coûte 2 000 euros et peut être installée en quelques secondes grâce à un système d'axe de démontage rapide.
  • L'entreprise, basée près de Lille, collabore avec Decathlon pour la production de ses roues dans une usine locale.

Une solution née d'une décennie de recherche et d'un prix emblématique

L'idée du système Dreeft a germé il y a près de dix ans dans l'esprit de Lancelot Durand, aujourd'hui âgé de 30 ans. Avec son associé Colin, il a peaufiné son prototype jusqu'à ce qu'il attire l'attention du jury du Concours Lépine en 2023. Leur victoire leur a valu le Grand Prix du président de la République, un tremplin inespéré pour une petite entreprise comme EPURR. « C'est un gros coup de pouce sur le plan de la médiatisation. Pour une petite boîte comme la nôtre, se faire connaître, c'est le nerf de la guerre », a expliqué Lancelot Durand à Franceinfo - Santé. Les certifications du concours, désormais encadrées aux murs de leur bureau, servent de référence auprès des fournisseurs et partenaires.

Le système fonctionne sur un principe simple : une barre de freinage fixe, fixée à la roue, que l'utilisateur tire pour ralentir le fauteuil. Contrairement aux méthodes traditionnelles où la barre suit le mouvement de la roue, cette innovation permet un freinage contrôlé sans risque de se brûler ou d'abîmer les mains. « Littéralement, on utilise sa main comme une plaquette de frein », a précisé l'entrepreneur. « C'est comme si, sur un vélo, il n'y avait pas de frein sur le guidon, qu'il fallait attraper le pneu pour s'arrêter en se cramant la peau des mains. »

Un soulagement immédiat pour les utilisateurs

Christelle, une utilisatrice de fauteuil roulant, a testé le système Dreeft il y a trois ans à la demande de son revendeur. Avant, le freinage classique lui causait des douleurs insupportables. « J'ai été opérée du canal carpien à cause de cela. Tirer sur le frein abîme l'intérieur de la main et du poignet, c'est l'horreur », a-t-elle témoigné. Depuis qu'elle utilise les roues Dreeft, elle ne veut plus revenir à son ancien système. « Quand on utilise ça, on ne revient plus à rien d'autre », a-t-elle lancé. Son expérience illustre l'impact concret de cette innovation sur le quotidien des personnes à mobilité réduite.

Le dispositif a également séduit d'autres utilisateurs, comme en témoignent les plus de 1 000 paires vendues depuis 2023. Malgré ce succès commercial, l'entreprise EPURR n'est toujours pas rentable trois ans après sa victoire au Concours Lépine. Les coûts de production, notamment les 2 000 euros par paire, restent un frein à sa rentabilité. Pourtant, la reconnaissance officielle de la Sécurité sociale pourrait changer la donne.

Un remboursement intégral pour une accessibilité accrue

Depuis le 25 avril 2026, le système Dreeft est remboursé à 100 % par l'Assurance maladie. Cette mesure, qui facilite grandement l'accès au dispositif, intervient après une période de tests et de validation. « On pense que ça va prendre un peu de temps parce que le processus demande d'aller voir un médecin, un rééducateur ou un ergothérapeute en centre, de demander une prescription, puis de faire un essai du produit. Ce processus-là, ça ne se fait pas en dix minutes », a souligné Lancelot Durand. Les prescripteurs devront désormais intégrer cette option dans leurs recommandations, ce qui pourrait accélérer l'adoption du système.

Pour les patients, l'enjeu est double : éviter les douleurs chroniques liées au freinage traditionnel et retrouver une autonomie dans leurs déplacements. La prise en charge par la Sécurité sociale devrait aussi rassurer les mutuelles et les établissements médico-sociaux, qui pourront prescrire ce dispositif sans crainte de frais supplémentaires pour les patients.

Et maintenant ?

L'entreprise EPURR prépare déjà un deuxième prototype, baptisé Skeed, qui devrait élargir encore les possibilités offertes par ses roues. Ce nouveau modèle, encore en phase de test, pourrait intégrer des améliorations ergonomiques ou des options de personnalisation. Les dirigeants espèrent que le remboursement par la Sécurité sociale permettra une croissance plus rapide de leurs ventes, bien qu'ils restent conscients que le marché des fauteuils roulants est souvent lent à évoluer. Pour 2026, leur objectif est de franchir le seuil de rentabilité, une étape clé pour pérenniser leur activité.

Une reconnaissance qui dépasse le cadre du concours

Le Concours Lépine, créé en 1901, reste un accélérateur de visibilité pour les inventeurs. Pour EPURR, la médaille obtenue en 2023 a ouvert des portes insoupçonnées. « Ça nous apporte de la crédibilité auprès des fournisseurs, qui se disent : "Ah oui, c'est les gagnants du concours, je vais m'intéresser à leur solution" », a expliqué Lancelot Durand. Cette reconnaissance a notamment permis à l'entreprise de collaborer avec Decathlon, qui met à disposition son usine de Lille pour la fabrication des roues. En trois ans, EPURR est passée d'un projet passion à une PME en développement, avec des bureaux agrandis et une équipe élargie.

Le succès du système Dreeft montre aussi comment une innovation simple peut transformer le quotidien de milliers de personnes. En évitant les blessures liées au freinage traditionnel, le dispositif répond à un besoin médical et social encore trop souvent négligé. Pour les 1,5 million de Français utilisant un fauteuil roulant manuel, cette avancée représente bien plus qu'un gadget : c'est une amélioration tangible de leur qualité de vie.

Le remboursement intégral par la Sécurité sociale est possible sur prescription médicale. Il faut consulter un médecin, un rééducateur ou un ergothérapeute, qui évaluera la pertinence du dispositif. Une fois la prescription obtenue, le patient peut se procurer les roues chez un revendeur agréé, qui se chargera des démarches de remboursement auprès de l'Assurance maladie.

Le coût total d'une paire de roues Dreeft s'élève à 2 000 euros. Depuis le 25 avril 2026, la Sécurité sociale prend en charge la totalité de cette somme, sous réserve de la prescription médicale. Aucun reste à charge n'est donc à prévoir pour le patient.