Dans la paisible Haute-Autriche, près de la frontière tchèque, la petite ville de Freistadt perpétue une tradition vieille de plusieurs siècles. Selon Courrier International, elle est en effet la dernière « Braucommune » — ou « ville-brasserie » — d’Europe, un statut qui lie depuis 1770 les habitants à leur brasserie communale. Un modèle où la propriété immobilière confère automatiquement une part dans l’entreprise brassicole locale.

Ce qu'il faut retenir

  • Freistadt est la dernière « ville-brasserie » d’Europe, un statut datant de 1770.
  • Les habitants propriétaires d’une maison dans la ville détiennent des parts de la brasserie communale, inscrites au registre foncier.
  • La tradition brassicole à Freistadt remonte à 1363, lorsque le duc Rodolphe IV accorda le droit de brasser aux citoyens.
  • La bière locale est utilisée comme rémunération partielle pour les actionnaires.
  • La Wiener Zeitung, fondée en 1703, est l’un des plus anciens quotidiens au monde et a relayé cette particularité.

Une tradition qui remonte au Moyen Âge

Freistadt, nichée dans un écrin de remparts médiévaux, respire l’histoire. Depuis le XIVe siècle, la ville entretient un lien indéfectible avec la bière. Comme le rapporte Courrier International, c’est en 1363 que le duc Rodolphe IV accorda aux habitants le droit de brasser, une faveur réservée aux propriétaires de maisons à l’intérieur des murs de la ville. « À l’époque, être citoyen signifiait posséder une maison », rappelle Fritz Fellner, auteur de Freistadt, 800 ans d’existence à la frontière. Cette tradition, bien que modifiée au fil des siècles, reste au cœur de l’identité locale.

Trois siècles plus tard, en 1770, Freistadt adopte officiellement le statut de « Braucommune », officialisant un système où les résidents deviennent automatiquement actionnaires de la brasserie communale. Un dispositif unique en Europe, où la propriété immobilière se double d’une participation économique dans l’outil de production local.

Des habitants actionnaires… et payés en bière

À Freistadt, posséder une maison ne donne pas seulement accès à un logement. « Au sein d’une Braucommune, une personne qui possède une maison à l’intérieur des murs de la ville possède de ce fait des parts de la brasserie communale », explique Michael Raffaseder, avocat et administrateur de la brasserie de Freistadt. « C’est inscrit au registre foncier. » Autrement dit, les habitants sont à la fois propriétaires de leur logement et copropriétaires de la brasserie.

Cette particularité a une conséquence insolite : certains actionnaires perçoivent une partie de leur rémunération sous forme de bière. « Des actionnaires payés en bière », résume Raffaseder. Un système qui, bien que symbolique aujourd’hui, illustre la profonde imbrication entre la vie économique et sociale de la ville et son outil de production brassicole.

Un patrimoine brassicole toujours vivant

Freistadt doit son charme à son centre historique, entouré de remparts bien conservés et de ruelles pavées. En été, la place principale s’anime sous l’effet des premiers rayons du soleil, tandis que les effluves sucrées du malt et les notes amères du houblon flottent dans l’air. Selon la Wiener Zeitung, la brasserie communale, toujours en activité, produit des bières locales qui attirent aussi bien les habitants que les visiteurs.

La Wiener Zeitung, fondée en 1703 et considérée comme le plus vieux quotidien encore publié au monde, a souligné l’importance de ce modèle économique atypique. Le journal, qui mêle informations légales et respect de l’État de droit, a mis en lumière la spécificité de Freistadt, où l’histoire et l’économie locale s’entremêlent depuis des siècles.

Un modèle économique et culturel en voie de disparition

Freistadt incarne une tradition qui a presque entièrement disparu en Europe. Si d’autres villes européennes ont autrefois fonctionné sur le modèle des « villes-brasseries », rares sont celles qui ont su préserver cette organisation jusqu’à aujourd’hui. En Autriche, Freistadt reste un cas unique, un témoignage vivant d’un patrimoine à la fois économique et culturel.

Pourtant, ce modèle n’est pas exempt de défis. Comme le souligne Raffaseder, la gestion d’une brasserie communale implique des responsabilités juridiques et financières complexes. « Chaque décision doit être approuvée par les actionnaires, ce qui peut parfois ralentir les projets d’investissement », explique-t-il. Malgré ces contraintes, la ville continue de miser sur son outil de production pour dynamiser son économie locale.

Et maintenant ?

Freistadt pourrait servir de modèle pour d’autres petites villes cherchant à préserver leur patrimoine industriel tout en impliquant leurs habitants. La Wiener Zeitung a d’ailleurs souligné l’intérêt croissant des touristes pour ce type de traditions locales. Pour l’instant, aucune évolution majeure n’est attendue dans l’organisation de la Braucommune, mais la question de la transmission de ce modèle aux générations futures pourrait émerger dans les prochaines années.

Un patrimoine à préserver

Freistadt rappelle que certaines traditions, bien que séculaires, peuvent encore trouver leur place dans l’économie moderne. Entre histoire, droit et économie locale, la « ville-brasserie » autrichienne offre un exemple rare de résilience et d’adaptation. Pour ses habitants, cette particularité n’est pas qu’un simple détail touristique : elle structure leur identité collective.

Comme le note Courrier International, Freistadt prouve que certaines traditions ne sont pas condamnées à disparaître. Elles peuvent, au contraire, s’adapter et continuer à jouer un rôle central dans la vie d’une communauté. Un modèle que peu d’endroits en Europe peuvent aujourd’hui revendiquer.

Le statut de Braucommune signifie que toute personne propriétaire d’une maison à l’intérieur des remparts de Freistadt détient automatiquement des parts dans la brasserie communale. Ces parts sont inscrites au registre foncier, ce qui fait des habitants à la fois des résidents et des actionnaires de l’entreprise. Certains peuvent même percevoir une partie de leur rémunération sous forme de bière, bien que ce système soit aujourd’hui davantage symbolique qu’économique.

Oui, selon Courrier International, Freistadt est la dernière ville en Europe à conserver ce statut de Braucommune, où la propriété immobilière est directement liée à la possession de parts dans une brasserie communale. D’autres villes européennes ont pu fonctionner sur ce modèle par le passé, mais Freistadt reste le seul exemple encore en activité aujourd’hui.