Le sommet du G7, qui s’est achevé sans aborder la question des droits des femmes, révèle une tension diplomatique majeure entre les alliés occidentaux. Emmanuel Macron a justifié ce silence par la crainte de « déclencher une crise » avec Donald Trump, une position critiquée par les associations féministes. Lucie Daniel, de l’association Equipop, et Jeanne Lacou, de CARE France, soulignent dans une analyse publiée par France 24 que l’absence de cette thématique reflète un recul alarmant des acquis en matière d’égalité.
Ce qu'il faut retenir
- Le G7 2026 n’a pas inscrit la défense des droits des femmes à son agenda, selon Emmanuel Macron, qui a invoqué des risques de tensions avec les États-Unis.
- Aux États-Unis, les restrictions sur l’accès à l’avortement et les droits électoraux des femmes, notamment pour celles ayant changé de nom, s’intensifient.
- En Hongrie et en Pologne, les gouvernements conservateurs ont déjà restreint l’accès à l’IVG, une tendance qui s’étend à d’autres droits fondamentaux.
- La Heritage Foundation, groupe conservateur américain, propose un programme visant à « remettre les femmes dans les foyers », selon France 24.
- Les organisations féministes du Women 7 — coalition de 260 associations issues de 62 pays — alertent sur le lien entre recul des droits des femmes et affaiblissement démocratique.
- Les restrictions actuelles contre les femmes annoncent souvent des attaques contre d’autres minorités, avertissent les féministes.
Un sommet du G7 muet sur les droits des femmes, une stratégie diplomatique contestée
Alors que le sommet du G7 2026 s’est conclu sans mention des droits des femmes, Emmanuel Macron a expliqué cette absence par la nécessité d’éviter une « crise diplomatique » avec les États-Unis. Donald Trump, dont l’administration multiplie les mesures restrictives envers les droits des femmes, aurait fait savoir que ce sujet était « trop confrontationnel ». France 24 rapporte que cette décision a suscité des critiques parmi les défenseurs des droits humains, qui y voient une capitulation face à l’agenda conservateur américain.
Pourtant, les signaux d’alerte se multiplient. Depuis 2020, 14 États américains ont durci leur législation sur l’IVG, tandis que des restrictions similaires sont observées en Hongrie et en Pologne, où l’avortement est désormais quasi interdit. « Ce n’est pas un hasard si ces attaques visent d’abord l’IVG », rappelle Jeanne Lacou. « C’est le symbole d’une volonté de contrôler les corps et les vies des femmes. »
États-Unis : des droits en recul, une stratégie conservatrice assumée
Aux États-Unis, la Heritage Foundation, un think tank conservateur influent, a élaboré un plan détaillé pour réduire la place des femmes dans la société. Ce document, révélé par France 24, propose notamment de faciliter les licenciements des femmes en congé parental, de limiter l’accès aux crèches subventionnées et de promouvoir un modèle familial traditionnel. « Leur objectif est clair : renvoyer les femmes au foyer », souligne Lucie Daniel.
Parallèlement, des mesures administratives rendent l’accès au vote plus difficile pour les femmes ayant changé de nom après un mariage. Dans plusieurs États, les électeurs doivent désormais présenter un justificatif de domicile à jour, une contrainte qui pénalise particulièrement les femmes mariées. Selon France 24, plus de 300 000 femmes auraient été affectées par ces restrictions lors des dernières élections.
Europe de l’Est : des reculs en cascade, un modèle à surveiller
En Hongrie, le gouvernement de Viktor Orbán a adopté en 2021 une loi interdisant l’avortement après la 12e semaine de grossesse, sauf en cas de viol ou de danger pour la mère. Cette mesure, présentée sous couvert de « protection de la vie », s’inscrit dans une politique nataliste critiquée par les ONG. En Pologne, depuis l’arrivée au pouvoir du parti Droit et Justice en 2015, l’avortement est devenu presque inaccessible, avec moins de 1 000 interventions légales par an, contre plusieurs dizaines de milliers auparavant. « Ces reculs ne concernent pas que l’IVG », explique Jeanne Lacou. « Les femmes perdent aussi le droit à une éducation sexuelle complète, à des congés parentaux équitables, ou à une protection contre les violences conjugales. »
Un lien direct entre droits des femmes et santé démocratique
Pour les féministes du Women 7, le recul des droits des femmes est un indicateur précoce de l’affaiblissement des démocraties. « Les droits des femmes sont comme le canari dans la mine », explique un rapport de la coalition, cité par France 24. « Quand ils sont attaqués, ceux des autres minorités le sont aussi. » Une analyse partagée par Lucie Daniel, qui rappelle que les régimes autoritaires ciblent souvent en premier les droits des femmes pour imposer leur contrôle.
Cette dynamique s’observe aussi dans les discours politiques. Aux États-Unis, certains élus républicains qualifient désormais l’avortement de « crime contre l’humanité », tandis qu’en Europe, des partis conservateurs remettent en cause le principe d’égalité salariale. « Ce n’est pas un hasard si ces attaques viennent de gouvernements qui rejettent aussi les droits LGBTQ+ ou les politiques migratoires inclusives », précise Jeanne Lacou.
Autant dire que l’enjeu dépasse le cadre des droits des femmes. Il s’agit de préserver l’un des piliers des sociétés démocratiques : l’égalité. Les prochains mois seront déterminants pour savoir si les dirigeants mondiaux choisissent de tourner la page ou de poursuivre sur la voie du recul.
Women 7 est une coalition internationale de 260 associations féministes issues de 62 pays. Son objectif est de porter la voix des femmes au sein des grandes instances internationales, comme le G7 ou l’ONU. Le groupe publie des rapports et des recommandations pour alerter sur les reculs des droits des femmes et proposer des solutions.