À Newark, dans le New Jersey, des détenus du centre de rétention de Delaney Hall, géré par le groupe privé GEO Group pour le compte de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement), ont entamé une grève de la faim pour protester contre des conditions de détention qualifiées d’« inhumaines » par des parlementaires et des militants. Selon Courrier International, qui relaie les informations du Guardian, ces détenus dénoncent des conditions de vie insalubres, une alimentation avariée, voire infestée d’asticots, ainsi que des violences physiques et l’usage répété de spray au poivre.

Ce qu'il faut retenir

  • Des détenus de Delaney Hall, dans le New Jersey, dénoncent des conditions de détention « inhumaines » : nourriture avariée, insalubrité, violences et accès limité aux soins.
  • Une grève de la faim a été lancée pour attirer l’attention sur ces conditions, malgré les tentatives de censure de l’ICE et du ministère de la Sécurité intérieure (DHS).
  • Le groupe GEO Group reconnaît au moins un cas d’« altercation physique » avec « usage limité de produits chimiques », tandis que le DHS nie toute maltraitance.
  • Des parlementaires se sont vu refuser l’accès aux locaux, et les inspecteurs sanitaires de l’État du New Jersey ont également été empêchés d’effectuer leur mission.
  • Les témoignages internes sont rares, mais certains détenus parviennent à transmettre des informations via des courriers ou des messages cachés, comme à San Diego, où des bouteilles de lotion ont servi de supports de dénonciation.

Un centre de rétention sous le feu des critiques

Le centre de Delaney Hall, situé à Newark, est l’un des nombreux établissements gérés par des entreprises privées pour le compte de l’ICE. Les détenus, majoritairement des migrants en situation irrégulière, ne purgent aucune peine pénale, mais attendent une décision administrative concernant leur statut. Pourtant, selon les témoignages recueillis, les conditions de vie y sont particulièrement dégradées : la nourriture serait régulièrement avariée, voire infestée d’insectes, et les soins médicaux, lorsqu’ils sont prodigués, seraient inadaptés aux besoins des détenus. Hakeem Jeffries, chef des démocrates à la Chambre des représentants, a qualifié ces pratiques de « révoltante indifférence pour la vie humaine ».

Les locaux, surpeuplés, seraient également le théâtre de violences. Plusieurs détenus rapportent des passages à tabac et l’usage répété de spray au poivre par les surveillants. Le DHS rejette ces accusations, affirmant que ces allégations relèvent de l’« intox ». Pourtant, le groupe GEO Group a récemment reconnu, dans un communiqué, un cas d’« altercation physique » ayant impliqué « l’usage limité de produits chimiques ». Une concession mineure qui ne suffit pas à rassurer les observateurs.

Des blocages institutionnels pour étouffer les révélations

L’un des obstacles majeurs à la diffusion de ces témoignages reste l’impossibilité pour les observateurs extérieurs d’accéder librement aux centres de rétention. Depuis plusieurs années, l’ICE et ses alliés au sein du gouvernement fédéral multiplient les entraves à la transparence. Les parlementaires qui tentent de visiter les centres se heurtent souvent à des refus, comme ce fut le cas à Delaney Hall, où une délégation a finalement pu entrer après des mois de pression. Ce qu’elle y a découvert confirme les pires craintes : des produits alimentaires avariés, des soins médicaux insuffisants, et même la présence de détenues adolescentes dans des conditions indignes.

Le DHS a également refusé, cette semaine, un accès complet aux inspecteurs sanitaires de l’État du New Jersey, en violation apparente des procédures légales. Ces blocages systématiques alimentent les soupçons d’une volonté délibérée de cacher la réalité des conditions de détention. Comme l’a souligné Moira Donegan, autrice de l’enquête relayée par Courrier International, « il faut que l’ICE ait des choses à cacher pour que le DHS se démène à ce point pour interdire l’accès aux locaux ».

Une grève de la faim pour briser le silence

Face à cette opacité, les détenus de Delaney Hall ont choisi une stratégie radicale : la grève de la faim. Depuis plus d’une semaine, près de 300 détenus, dont une cinquantaine de femmes, refusent de se nourrir pour attirer l’attention sur leur sort. Leurs revendications portent sur l’amélioration des conditions de vie, la fin des violences et la possibilité de contacter librement leurs proches ou un avocat. Malgré les risques encourus, ces détenus ont choisi de ne plus se taire, contrairement à d’autres mouvements de résistance passés, comme celui de Minneapolis en début d’année, où les migrants tentaient avant tout d’échapper aux forces de l’ICE.

Devant le centre, des manifestants anti-ICE, dont le sénateur du New Jersey Andy Kim, se relaient pour soutenir les grévistes. Ils dénoncent également des violences policières : plusieurs d’entre eux affirment avoir été aspergés de spray au poivre, une accusation que le DHS conteste une nouvelle fois. La situation est d’autant plus tendue que des groupes pro-MAGA sont également présents pour afficher leur soutien au centre de rétention, créant un climat de confrontation devant l’établissement.

Des témoignages rares mais éloquents

Dans un système conçu pour étouffer les voix des détenus, quelques-uns parviennent malgré tout à faire entendre leur parole. À San Diego, des détenus ont écrit des messages sur des bouteilles de lotion hydratante, qu’ils ont ensuite jetées par-dessus les clôtures pour alerter l’extérieur. D’autres, lors de leurs sorties en promenade, se sont allongés au sol pour former les lettres « SOS » dans l’espoir d’être repérés par des drones. À Delaney Hall, les grévistes utilisent des courriers signés par près de 300 détenus pour détailler leurs conditions de vie et leurs activités, malgré les risques de représailles.

Ces initiatives montrent que, malgré les obstacles, une partie des détenus refuse de se soumettre au silence imposé par les autorités. Elles illustrent également l’évolution des stratégies de résistance au sein des centres de rétention, où les migrants, autrefois en quête de discrétion, adoptent désormais une posture plus combative. Comme le note Moira Donegan, « cette fois, ce sont les immigrés eux-mêmes qui défendent leur cause », marquant une nouvelle étape dans la lutte contre la politique migratoire américaine.

Et maintenant ?

La grève de la faim à Delaney Hall pourrait s’intensifier dans les prochains jours, si les autorités maintiennent leur refus de négocier. Les grévistes risquent des représailles, comme des transferts forcés ou, selon les craintes exprimées par l’ancien responsable de l’immigration sous l’administration Trump Tom Homan, l’alimentation forcée, une pratique prohibée et violente. Pour l’ICE, l’enjeu est de briser ce mouvement avant qu’il ne s’étende à d’autres centres. Quant aux manifestants extérieurs, leur capacité à maintenir la pression médiatique et politique sera déterminante pour faire évoluer la situation.

Reste à voir si cette mobilisation inédite, portée directement par les détenus, parviendra à faire fléchir une administration déterminée à maintenir ses pratiques dans l’ombre. Une chose est sûre : les grévistes de Delaney Hall ont choisi de ne plus être les victimes silencieuses d’un système qu’ils jugent criminel.

L’ICE (Immigration and Customs Enforcement) est une agence fédérale américaine chargée de faire appliquer les lois sur l’immigration et les douanes. Elle gère notamment des centres de rétention pour les migrants en situation irrégulière en attente d’expulsion ou de régularisation. Selon Courrier International, ces centres sont souvent sous-traités à des entreprises privées comme GEO Group, ce qui soulève des questions sur les conditions de détention.

Les détenus de Delaney Hall pourraient voir leurs conditions se dégrader davantage si la grève s’allonge, avec un risque accru de transferts forcés ou de mesures punitives. L’ICE a déjà ordonné le transfert secret d’un des meneurs, en violation d’une décision de justice. La pression extérieure, notamment médiatique et politique, sera cruciale pour faire évoluer leur situation.