Près de 50 % des salariées enceintes ou en congé maternité déclarent avoir subi des discriminations professionnelles, selon une enquête du Monde publiée en mai 2026. Ces chiffres, qui confirment une réalité déjà documentée par plusieurs études, révèlent une persistance préoccupante des inégalités liées à la maternité en entreprise.
Ce qu'il faut retenir
- Près de 50 % des salariées enceintes ou en congé maternité déclarent avoir subi des discriminations professionnelles.
- Ces discriminations peuvent prendre la forme de réduction de responsabilités, de déclassement ou de pression pour un retour anticipé.
- Une partie des femmes optent pour l’autocensure, limitant volontairement leurs ambitions professionnelles par crainte des conséquences liées à la maternité.
- Le phénomène touche particulièrement les secteurs où la présence physique est valorisée, comme l’industrie ou la logistique.
Des discriminations qui prennent plusieurs formes
Les discriminations subies par les femmes enceintes ou en congé maternité ne se limitent pas aux refus de promotion ou aux licenciements déguisés. Selon le Monde, certaines salariées rapportent une réduction de leurs responsabilités une fois leur grossesse annoncée, voire un déclassement temporaire à leur retour. D’autres évoquent des pressions pour un retour anticipé, parfois assorties de menaces voilées sur leur poste.
Ces pratiques, souvent difficiles à prouver, s’inscrivent dans un contexte où les stéréotypes de genre persistent. « On nous reproche déjà d’être moins disponibles, alors si en plus on ose demander un aménagement de poste, c’est la porte ouverte aux représailles », confie une salariée du secteur bancaire, citée par le quotidien. Ces témoignages illustrent une réalité que beaucoup préfèrent taire par crainte de fragiliser leur situation professionnelle.
L’autocensure, une réponse à la peur des conséquences
Face à ces risques, certaines femmes choisissent de limiter leurs ambitions ou de reporter leur projet de maternité. Une étude interne à l’INSEE, reprise par le Monde, révèle que près d’un tiers des femmes actives en âge de procréer déclarent avoir reporté ou renoncé à un projet professionnel en raison de craintes liées à la maternité. « Je n’ai pas osé postuler à ce poste à l’étranger parce que je savais que cela poserait problème avec un enfant en bas âge », explique une cadre du secteur tertiaire.
Ce phénomène d’autocensure, bien que moins visible que les discriminations directes, contribue à renforcer les inégalités structurelles. Il touche particulièrement les secteurs où la disponibilité et la mobilité sont des critères clés, comme le commerce ou les professions libérales. Les entreprises, quant à elles, peinent à mettre en place des politiques inclusives, malgré l’obligation légale de proposer des aménagements raisonnables.
Un cadre légal encore insuffisant
En France, la loi interdit explicitement toute discrimination liée à la grossesse ou à la maternité, sous peine de sanctions pénales pour l’employeur. Pourtant, les recours restent rares, faute de preuves tangibles et en raison de la peur des représailles. Selon le Défenseur des droits, seulement 12 % des discriminations signalées aboutissent à une condamnation, un chiffre qui souligne l’impunité dont bénéficient certains employeurs.
Les associations féministes appellent à un renforcement des contrôles et à une meilleure information des salariées. « Les femmes doivent connaître leurs droits, mais il faut aussi que les entreprises soient tenues responsables », souligne Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, interrogée par le Monde. Des propositions, comme l’obligation de publier des rapports sur l’égalité professionnelle, commencent à émerger, mais leur application reste inégale.
Pour les salariées concernées, des recours existent, notamment via les prud’hommes ou le Défenseur des droits. Cependant, la charge de la preuve leur incombe souvent, un obstacle majeur dans un système où les discriminations restent majoritairement invisibles. Des campagnes de sensibilisation, comme celles menées par l’association « Les Glorieuses », visent à briser le silence autour de ces pratiques et à encourager les victimes à témoigner.
Selon le Code du travail, un employeur reconnu coupable de discrimination liée à la maternité encourt jusqu’à 3 ans de prison et 45 000 € d’amende. En pratique, les condamnations restent rares en raison de la difficulté à prouver les discriminations. Les prud’hommes peuvent également ordonner la réintégration du salarié, le versement de dommages et intérêts, ou des mesures correctives dans l’entreprise.