L’Union européenne ne figurera pas, dans l’immédiat, le patriarche Kirill, chef de l’Église orthodoxe russe, sur sa liste de sanctions en préparation. Cette décision intervient malgré le soutien affiché par le nouveau gouvernement hongrois à une telle mesure, rapporte Euronews FR. Le patriarche Kirill, dont l’influence dépasse le cadre religieux pour s’étendre au politique, est au cœur de vives critiques en raison de son rôle dans la propagande pro-guerre en Ukraine.
Ce qu'il faut retenir
- Le patriarche Kirill ne sera pas inclus dans le prochain mini-paquet de sanctions de l’UE, actuellement en discussion à Bruxelles, malgré son rôle controversé dans la justification de l’invasion russe en Ukraine.
- Le projet de sanctions, limité aux acteurs du complexe militaro-industriel russe, vise à être adopté avant le 15 juin, date de la réunion des ministres des Affaires étrangères.
- La Hongrie, anciennement dirigée par Viktor Orbán, avait bloqué en 2022 une tentative similaire de sanctionner Kirill, invoquant des raisons liées à la liberté religieuse.
- Le gouvernement hongrois actuel, dirigé par Péter Magyar depuis avril 2026, adopte une posture plus ouverte envers Bruxelles, mais l’unanimité sur Kirill reste incertaine.
- Un 21ᵉ paquet de sanctions, plus large, est en préparation pour juillet 2026, mais nécessitera davantage de négociations.
Un religieux au cœur de la stratégie de guerre russe
Le patriarche Kirill, à la tête de l’Église orthodoxe russe, est une figure centrale dans la justification idéologique de l’invasion de l’Ukraine. Selon Euronews FR, sous sa direction, l’institution religieuse a validé des textes appelant à l’« anéantissement de l’indépendance ukrainienne » et qualifiant le conflit d’« guerre sainte ». Ces positions lui valent d’être accusé par l’Occident de diffuser une propagande révisionniste, servant les intérêts du Kremlin.
Malgré ces éléments, les diplomates européens ont exclu son nom du prochain train de sanctions. Le projet, encore en discussion, cible principalement des personnalités et entités liées au complexe militaro-industriel russe. Un premier tour de négociations entre ambassadeurs a eu lieu vendredi 21 mai 2026, rapporte la même source.
Bruxelles évite une inclusion controversée, pour l’instant
L’ajout du nom de Kirill à la liste des sanctions aurait risqué de retarder l’adoption du mini-paquet, que l’UE souhaite voir approuvé sans obstacle majeur d’ici la réunion des ministres des Affaires étrangères du 15 juin 2026. Euronews FR souligne que les responsables européens craignent que cette mesure ne suscite des débats prolongés, alors que le texte est conçu pour être adopté rapidement. L’objectif affiché est de maintenir une pression constante sur Moscou sans paralyser les processus décisionnels.
Cette prudence contraste avec les tentatives passées. Dès 2022, l’UE avait tenté d’inscrire Kirill sur sa liste noire, mais l’initiative avait été bloquée par la Hongrie de Viktor Orbán, qui y voyait une atteinte à la liberté religieuse. Le contexte politique hongrois a depuis profondément évolué.
La Hongrie change de cap, mais l’unanimité sur Kirill reste fragile
Le Premier ministre Viktor Orbán, battu aux élections d’avril 2026 par Péter Magyar, laisse place à une nouvelle équipe gouvernementale déterminée à renouer le dialogue avec Bruxelles. Péter Magyar a fait de la fin de l’isolement de la Hongrie une priorité, s’engageant à ne plus systématiquement user de son droit de veto pour bloquer les initiatives européennes. Márton Hajdu, proche allié du nouveau Premier ministre et président de la commission des Affaires étrangères du Parlement hongrois, a récemment déclaré :
« Les sanctions qui compromettraient la stabilité économique de la Hongrie sont totalement exclues. »
« Mais dans les cas où le précédent gouvernement a utilisé le pouvoir de l’État hongrois pour conclure des accords privés, je m’attends à ce que le nouveau gouvernement ne bloque pas les efforts conjoints de l’UE pour accroître la pression sur la Russie afin de mettre fin à cette guerre. »
Pour autant, même avec cette ouverture hongroise, rien ne garantit que les Vingt-Sept parviendront à un consensus sur Kirill. Certains États membres pourraient hésiter à inclure une figure religieuse dans un paquet de sanctions, malgré les arguments en sa défaveur.
Un 21ᵉ paquet de sanctions en vue pour juillet 2026
Alors que le mini-paquet actuel reste limité, les regards se tournent vers le 21ᵉ train de sanctions, dont la portée sera bien plus large. Ce texte, encore à un stade préliminaire, devrait être présenté d’ici juin 2026, avec une adoption prévue en juillet. Contrairement au projet en cours, ce paquet devrait inclure des mesures plus structurelles, touchant notamment le secteur énergétique et les élites économiques russes. Euronews FR précise que les négociations s’annoncent plus ardues, nécessitant des compromis entre les États membres aux intérêts divergents.
Dans l’immédiat, la question de Kirill reste en suspens. Si son exclusion du prochain train de sanctions relève d’une stratégie pragmatique, elle ne préjuge en rien de son avenir sur une éventuelle liste noire future. Les observateurs soulignent que son nom pourrait resurgir lors des discussions sur le 21ᵉ paquet, ou lors d’une future initiative ciblant spécifiquement les soutiens idéologiques de la guerre.
Pour l’heure, le patriarche Kirill conserve une marge de manœuvre diplomatique, malgré les critiques internationales. Son sort dépendra largement de l’équilibre que l’UE parviendra à trouver entre fermeté envers Moscou et unité entre ses membres.
L’UE craint que l’inclusion du patriarche Kirill dans une liste de sanctions ne complique l’adoption rapide du mini-paquet en cours, prévu pour être validé avant le 15 juin 2026. Certains États membres redoutent aussi des débats prolongés sur la question de la liberté religieuse, comme l’a montré le veto hongrois en 2022. Enfin, la portée du texte actuel reste limitée aux acteurs du complexe militaro-industriel russe, excluant pour l’instant les figures idéologiques.