Un nouveau revers pour Grégory Clerc dans l’affrontement qui oppose le directeur général du groupe Castel à deux membres de la famille fondatrice. Selon BFM Business, la Haute Cour de Singapour a rejeté, jeudi 7 août 2026, le recours déposé par le Suisse contre sa suspension du mandat d’administrateur de la holding Investment Beverage Business Management (IBBM), l’une des principales entités du groupe bordelais. Cette décision intervient quelques mois après un vote de l’assemblée générale d’IBBM ayant conduit à sa révocation, une issue que Grégory Clerc contestait devant la justice.
Ce qu'il faut retenir
- Grégory Clerc, directeur général du groupe Castel depuis 2023, a vu son recours rejeté par la justice singapourienne le 7 août 2026, confirmant sa suspension en tant qu’administrateur d’IBBM.
- En février 2026, l’assemblée générale d’IBBM avait déjà voté sa révocation, décision provisoire validée par la Haute Cour de Singapour à la même période.
- Le conflit oppose Clerc à Romy Castel, fille unique de Pierre Castel, et à Alain Castel, neveu du fondateur, qui l’accusent de « captation du pouvoir ».
- Le groupe Castel, géant du vin et des boissons avec 40 000 salariés et un chiffre d’affaires de 6,5 milliards d’euros en 2024, est en proie à une guerre de gouvernance en cascade.
- Plusieurs procédures judiciaires sont en cours en Suisse, au Luxembourg et à Singapour, incluant des plaintes pour « gestion déloyale », « blanchiment » ou « abus de biens sociaux ».
- Le groupe est également menacé d’un redressement fiscal français pouvant atteindre le milliard d’euros.
Un conflit de gouvernance aux répercussions multiples
Grégory Clerc, ancien avocat fiscaliste de Pierre Castel, occupe depuis 2023 le poste de directeur général du groupe. Son éviction d’IBBM marque une nouvelle étape dans un bras de fer qui oppose désormais deux factions au sein de la famille fondatrice. D’un côté, Romy et Alain Castel, qui dénoncent une « captation du pouvoir » et appellent à une révocation en cascade de tous les mandats de Clerc au sein du groupe. De l’autre, la direction actuelle, qui défend la légitimité des décisions prises lors de l’assemblée générale d’IBBM en février 2026.
La décision rendue jeudi par la justice singapourienne est perçue comme un « très bon augure » par un proche de Romy Castel, alors qu’une audience sur le fond est attendue pour fin octobre 2026. « C’est de très bon augure pour la suite », a-t-il souligné. Du côté des communicants du groupe, on minimise l’impact de ce revers procédural, rappelant que la procédure principale porte sur la validité des résolutions adoptées lors de l’assemblée générale extraordinaire d’IBBM début février.
Des procédures judiciaires en cascade entre la Suisse, le Luxembourg et Singapour
Le conflit ne se limite pas à Singapour. En Suisse, Romy Castel a déposé plainte contre Grégory Clerc pour « gestion déloyale » et « blanchiment d’argent », des faits remontant à l’époque où il était son avocat fiscaliste personnel. À Luxembourg, une plainte a été déposée pour « abus de biens sociaux », notamment en lien avec un « parachute doré » estimé à 36 millions d’euros que Clerc pourrait toucher en cas de départ. Le parquet luxembourgeois a confirmé, la semaine dernière, avoir reçu cette plainte et indiqué qu’il allait l’analyser.
De son côté, Grégory Clerc a contre-attaqué en déposant une plainte pour « faux et usage de faux » à Genève contre Romy Castel, l’accusant d’avoir usurpé la signature de son père sur une procuration. La dirigeante, qui réside en Suisse, a été « mise en prévention » (inculpée) pour ces faits, qu’elle nie catégoriquement. Ces échanges de coups juridiques illustrent l’ampleur des tensions au sein du groupe, dont l’organisation repose sur un emboîtement complexe de sociétés, jusqu’à la holding luxembourgeoise DF Holding, dirigée par Clerc.
Le groupe Castel, empire économique sous pression
Fondé par Pierre Castel il y a plusieurs décennies, le groupe est aujourd’hui un acteur majeur du secteur des boissons, avec des marques emblématiques comme Baron de Lestac, Listel, Kriter ou les cavistes Maison Nicolas. Présent en Afrique et en France, l’entreprise emploie 40 000 salariés et réalise un chiffre d’affaires annuel de 6,5 milliards d’euros. Pourtant, cette puissance économique est aujourd’hui fragilisée par les tensions internes et les menaces externes.
Outre les procédures judiciaires, le groupe fait face à un risque de redressement fiscal en France, dont le montant pourrait atteindre jusqu’à un milliard d’euros dans sa fourchette haute, selon sa filiale Castel Vins. En juin 2026, la direction a riposté en évincant Romy et Alain Castel du conseil d’administration de Castel Vins, marquant une escalade dans le conflit. Ces événements surviennent alors que le secteur viticole français traverse une période déjà difficile, marquée par des défis structurels et des tensions géopolitiques.
Ce bras de fer illustre les risques liés aux successions dans les grands empires familiaux, où les enjeux de pouvoir peuvent rapidement se transformer en batailles juridiques coûteuses et médiatisées. Reste à savoir si les parties parviendront à trouver un terrain d’entente avant que les décisions de justice ne scellent définitivement leur sort respectif.
Grégory Clerc a été suspendu en février 2026, quelques jours après un vote de l’assemblée générale d’IBBM qui a décidé sa révocation. Il contestait la validité de ce vote devant la justice singapourienne, mais sa demande a été rejetée le 7 août 2026.
Romy Castel a été inculpée pour « faux et usage de faux » à Genève. Grégory Clerc l’accuse d’avoir usurpé la signature de son père, Pierre Castel, sur une procuration. Elle nie ces accusations.