Un médecin missionnaire américain, contaminé par le virus Ebola en République démocratique du Congo (RDC), a été déclaré guéri après avoir reçu des soins intensifs dans l’unité d’isolement hautement sécurisée de l’hôpital de la Charité à Berlin. Selon Franceinfo - Santé, Peter Stafford, 39 ans, a quitté l’établissement le samedi 6 juin, après avoir suivi un traitement expérimental combinant antiviraux et anticorps monoclonaux.

L’épidémie actuelle, causée par le variant Bundibugyo d’Ebola, touche plusieurs pays d’Afrique centrale. En RDC, où la transmission est la plus active, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recense 452 cas confirmés, dont 82 décès depuis le début de l’épidémie. En Ouganda voisin, 19 cas ont été confirmés, avec 2 morts, selon les derniers bilans publiés par l’agence sanitaire de l’ONU.

Ce qu'il faut retenir

  • Un cas de guérison confirmé à Berlin après traitement expérimental d’un médecin américain contaminé en RDC.
  • L’hôpital de la Charité, unité d’isolement hautement sécurisée, souligne l’efficacité des soins prodigués.
  • En RDC, 452 cas et 82 décès liés à Ebola variant Bundibugyo, selon l’OMS.
  • Le patient a reçu du remdésivir et des anticorps monoclonaux, deux traitements en phase de test contre ce variant.
  • L’Africa CDC s’est engagé à disposer d’un vaccin et d’un traitement contre Bundibugyo d’ici fin 2026.
  • L’OMS recommande des essais cliniques pour plusieurs vaccins et antiviraux en développement.

Un traitement expérimental à l’origine de la guérison

Admis le 20 mai dans l’unité d’isolement pour maladies infectieuses à haut risque de l’hôpital berlinois, Peter Stafford, médecin missionnaire pour une ONG chrétienne américaine, présentait des symptômes sévères à son arrivée. « Les signes cliniques étaient prononcés dès l’admission et durant les premiers jours de traitement », précise l’établissement dans un communiqué publié le 6 juin. Sous une combinaison de thérapies antivirales et de mesures médicales complémentaires, sa charge virale a rapidement diminué.

Le traitement administré à Peter Stafford reposait sur deux axes principaux : l’antiviral remdésivir, déjà utilisé lors de précédentes épidémies, et une thérapie par anticorps monoclonaux. « J’ai reçu des soins de tout premier ordre, incluant des thérapies expérimentales actuellement à l’essai pour ce type de virus », a-t-il déclaré, cité par l’hôpital. Le remdésivir fait partie des médicaments considérés par l’OMS comme potentiellement efficaces contre le variant Bundibugyo, pour lequel aucun vaccin ni traitement spécifique n’est encore homologué.

L’unité d’isolement de la Charité, une référence en matière de sécurité

Le directeur du département des maladies infectieuses de l’hôpital de la Charité, Leif Erik Sander, a salué le rôle « indispensable » joué par cette unité, unique en son genre à « combiner directement l’infectiologie et les soins intensifs ». « Nos normes de sécurité sont parmi les plus strictes au monde », a-t-il souligné. « Ce succès thérapeutique majeur démontre l’importance de disposer de structures adaptées pour faire face à des épidémies de cette nature. »

Peter Stafford, conscient des inégalités d’accès aux soins en Afrique, a tenu à exprimer sa gratitude tout en rappelant le sort des populations congolaises touchées par l’épidémie. « Nos pensées vont aux habitants du Congo qui n’ont pas accès à de tels soins », a-t-il indiqué. Sa famille, composée de cinq membres placés en quarantaine, est également déclarée en bonne santé par les autorités sanitaires.

Une épidémie aux variants multiples et des avancées thérapeutiques limitées

Le variant Bundibugyo, responsable de l’épidémie actuelle, est moins connu que le variant Zaïre, à l’origine de la plupart des flambées passées d’Ebola. Jusqu’à présent, seul le variant Zaïre bénéficiait d’un vaccin homologué. Les épidémies d’Ebola ont causé la mort de plus de 15 000 personnes en Afrique au cours des cinquante dernières années, selon les données historiques.

Face à l’urgence sanitaire, l’OMS a annoncé, fin mai, que ses groupes consultatifs avaient recommandé le lancement d’essais cliniques pour plusieurs vaccins et traitements potentiels contre Bundibugyo. Parmi les pistes étudiées figurent deux anticorps monoclonaux, dont celui utilisé pour Peter Stafford, ainsi qu’un antiviral oral destiné aux personnes ayant été en contact rapproché avec des malades. Deux vaccins candidats sont également en développement, mais aucun n’est encore prêt pour une évaluation à grande échelle.

Jean Kaseya, directeur de l’Africa CDC (Centres africains de contrôle et de prévention des maladies), a annoncé lors d’une conférence fin mai que son agence s’engageait à disposer d’un vaccin et d’un médicament contre Bundibugyo d’ici la fin de l’année 2026. « D’ici la fin 2026, l’Africa CDC s’assurera que nous disposons d’un vaccin et d’un médicament contre Bundibugyo », a-t-il déclaré. Le développement du candidat le plus prometteur nécessitera probablement entre sept et neuf mois avant d’être évalué en essais cliniques. Un second vaccin pourrait, quant à lui, être disponible d’ici deux à trois mois pour des tests d’efficacité.

Un premier cas de guérison recensé en RDC

Alors que l’hôpital de la Charité célèbre la guérison de Peter Stafford, l’OMS a également confirmé un premier cas de guérison en RDC. Cependant, les autorités sanitaires n’ont pas communiqué sur les traitements administrés à ce patient. La transmission du virus Ebola, qui se fait par contact rapproché ou via les fluides corporels, reste un défi majeur pour les systèmes de santé locaux, souvent sous-équipés.

Sur le terrain, les mesures de prévention et de contrôle des infections restent cruciales. À la frontière entre le Rwanda et la RDC, les autorités maintiennent une vigilance accrue face au risque de propagation, combinant surveillance renforcée et campagnes de sensibilisation des populations.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient voir le lancement d’essais cliniques à grande échelle pour les vaccins et traitements en développement contre le variant Bundibugyo. L’OMS et l’Africa CDC ont fixé des échéances précises pour la mise à disposition de solutions thérapeutiques, mais leur déploiement dépendra des résultats des essais et des financements mobilisés. En parallèle, la lutte contre l’épidémie en RDC et en Ouganda se poursuit, avec un accent particulier sur le traçage des contacts et l’isolement des cas suspects. La communauté internationale, consciente de l’urgence, continue de mobiliser des ressources pour endiguer la propagation du virus.

Alors que la recherche avance, la situation épidémiologique en Afrique centrale reste sous haute surveillance. Les autorités sanitaires appellent à la prudence, tout en saluant les avancées thérapeutiques comme celle réalisée à Berlin. Une lueur d’espoir dans la lutte contre une maladie qui, depuis des décennies, frappe sans relâche le continent africain.

Le variant responsable de l’épidémie actuelle est le variant Bundibugyo, moins connu que le variant Zaïre qui a causé la majorité des précédentes flambées. Contrairement à Zaïre, aucun vaccin n’est encore homologué contre Bundibugyo, ce qui complique la réponse sanitaire.

Peter Stafford a reçu une combinaison de remdésivir, un antiviral déjà utilisé contre d’autres variants d’Ebola, et d’anticorps monoclonaux, deux traitements encore en phase de test contre le variant Bundibugyo. Ces thérapies expérimentales ont permis de réduire significativement sa charge virale.