La visite officielle de Volodymyr Zelensky à Washington ce mois-ci a relancé un débat stratégique : les États-Unis et leurs alliés disposent-ils encore des capacités industrielles suffisantes pour soutenir un conflit prolongé ? Selon RFI, cette question a poussé les pays occidentaux à investir massivement dans la relocalisation de la production d'explosifs, un symbole fort de la volonté de retrouver une souveraineté économique et industrielle.

Ce qu'il faut retenir

  • Relocalisation industrielle : Les pays occidentaux réorganisent leur production d'explosifs pour réduire leur dépendance aux approvisionnements étrangers.
  • Contexte géopolitique : La guerre en Ukraine a révélé les vulnérabilités des chaînes d'approvisionnement occidentales.
  • Investissements massifs : Des milliards d'euros sont engagés pour moderniser et rapatrier ces industries stratégiques.
  • Retour de la souveraineté économique : Cette démarche s'inscrit dans une logique de réduction des dépendances critiques.

Une dépendance historique aux approvisionnements extérieurs

Depuis des décennies, les pays occidentaux s'appuyaient largement sur des importations d'explosifs, notamment en provenance d'Asie ou d'Europe de l'Est. Cette dépendance s'est révélée problématique dès les premiers mois du conflit ukrainien, lorsque les besoins en munitions et en artifices ont explosé. Selon RFI, la guerre a ainsi mis en lumière les faiblesses d'un système industriel fragmenté, où la production locale ne couvrait plus que 40 % des besoins en explosifs des armées occidentales.

Les États-Unis en première ligne de la relocalisation

Les États-Unis, leader militaire mondial, ont été les premiers à lancer des plans ambitieux pour relocaliser leur production. Le département de la Défense a annoncé en 2024 un investissement de 5,2 milliards de dollars sur cinq ans pour moderniser ses sites de production, dont celui de Radford Army Ammunition Plant en Virginie, l'un des plus importants du pays. « Sans une production nationale robuste, nous risquons de ne pas pouvoir répondre aux besoins d'un conflit prolongé », a déclaré Colin Kahl, sous-secrétaire à la Défense pour l'acquisition et la maintenance, lors d'une audition au Congrès en mars 2026.

L'Europe suit le mouvement, mais avec des défis persistants

En Europe, la situation est plus contrastée. L'Allemagne et la France, deux des principales puissances industrielles du continent, ont lancé des initiatives similaires, mais peinent à combler leur retard. Le gouvernement français a ainsi annoncé en juin 2026 un plan de 1,8 milliard d'euros pour relancer la production d'explosifs sur son territoire, notamment via la rénovation de l'usine Eurenco à Bergerac. « Nous devons retrouver une autonomie stratégique, surtout dans un contexte où les tensions géopolitiques s'intensifient », a expliqué Sébastien Lecornu, ministre des Armées, lors d'une conférence de presse à Paris.

Les défis logistiques et technologiques à surmonter

Malgré ces efforts, plusieurs obstacles persistent. D'abord, la formation des personnels qualifiés prend du temps, alors que les compétences dans ce secteur se raréfient. Ensuite, les coûts de production restent élevés en Occident, où les normes environnementales et sociales sont strictes. Enfin, la coordination entre pays européens, souvent fragmentée, complique la mise en place de filières intégrées. « On ne passe pas du jour au lendemain d'une économie globalisée à une production locale compétitive », souligne Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

Et maintenant ?

Les prochains mois seront décisifs. D'ici la fin 2026, plusieurs sites clés devraient entrer en production, comme l'usine américaine de Radford ou l'installation française de Bergerac. À plus long terme, l'objectif est de couvrir 70 % des besoins occidentaux en explosifs d'ici 2030. Cependant, la réussite de ces projets dépendra de la capacité des États à maintenir leurs investissements et à surmonter les retards administratifs. Une chose est sûre : la guerre en Ukraine a accéléré une tendance de fond, celle d'une réindustrialisation stratégique.

Reste à voir si cette dynamique suffira à combler le fossé avec des pays comme la Chine ou la Russie, déjà bien avancés dans ce domaine. Une question, surtout, se pose : cette relocalisation sera-t-elle assez rapide pour éviter de nouvelles crises d'approvisionnement dans les années à venir ?

Les explosifs sont au cœur de l'arsenal militaire moderne, utilisés dans les munitions, les missiles et les artifices. Leur production est complexe, nécessite des infrastructures spécifiques et des compétences rares. Une pénurie, comme celle observée en 2022-2023 en Ukraine, peut paralyser une armée. La relocalisation vise donc à éviter une dépendance dangereuse aux importations, surtout en période de tensions géopolitiques.