Un douzième cas de hantavirus a été identifié cette semaine parmi les passagers du MV Hondius, un navire de croisière, confirmant la circulation active de ce virus dont certaines souches, comme celle des Andes, affichent un taux de mortalité élevé. Face à cette menace, les chercheurs de l’Institut Pasteur à Paris ont franchi une étape majeure : ils ont mis au point un traitement capable d’empêcher l’apparition des symptômes chez les patients infectés, comme le rapporte Franceinfo – Santé.

Ce qu'il faut retenir

  • Un douzième cas de hantavirus a été détecté cette semaine sur le MV Hondius, un navire de croisière.
  • Les chercheurs de l’Institut Pasteur ont développé un anticorps thérapeutique testé avec succès sur des hamsters.
  • Ce traitement pourrait être administré aux cas contacts ou aux patients en début d’infection pour neutraliser le virus.
  • Les recherches sur un antiviral sont également en cours, mais les financements restent insuffisants.
  • Une biotech américaine s’intéresse aux travaux de l’Institut Pasteur, tandis que d’autres équipes mondiales explorent des pistes vaccinales (ARN, ADN) ou des traitements à base d’anticorps humains.

Au troisième étage des laboratoires de l’Institut Pasteur, le chercheur Pablo Guardado-Calvo et son équipe ont isolé un anticorps capable de neutraliser plusieurs souches de hantavirus. « Dans cette boîte, on va mettre cette petite aiguille… Si la cible s’accroche à l’anticorps, on va avoir un signal », explique-t-il en détaillant la méthode de détection. Cet anticorps, prélevé sur un patient infecté, s’est révélé efficace lors des tests menés sur des hamsters, un modèle animal considéré comme fiable pour évaluer l’efficacité des traitements contre les hantavirus.

« Ce modèle animal a vraiment permis de montrer l’efficacité de cet anticorps contre plusieurs hantavirus », a souligné Guillemette Masse-Ranson, directrice adjointe du centre de vaccinologie et d’immunothérapie de l’Institut Pasteur. « Ce qui est remarquable, c’est sa capacité à être déployé dans différentes zones géographiques, ce qui en fait un outil potentiellement universel. »

Les scientifiques misent sur cette approche thérapeutique. « Nous pensons, et beaucoup d’experts s’accordent à penser, que les anticorps thérapeutiques sont probablement la meilleure option », a précisé Guillemette Masse-Ranson. Leur mécanisme d’action repose sur la neutralisation du virus, empêchant ainsi l’apparition des symptômes sévères. Si les essais cliniques sur l’homme aboutissent, cet anticorps pourrait être administré en prophylaxie post-exposition aux personnes ayant été en contact avec un malade, ou en traitement précoce pour les patients dès les premiers signes d’infection.

Parallèlement, les chercheurs de l’Institut Pasteur ont relancé début mai leurs travaux sur un antiviral, un traitement complémentaire qui pourrait prendre le relais des anticorps. Toutefois, ces avancées se heurtent à un obstacle récurrent : le manque de financements. « Les grandes entreprises pharmaceutiques privilégient des domaines comme la cancérologie ou l’inflammation », a constaté Guillemette Masse-Ranson. « Développer et commercialiser des médicaments ou vaccins contre les maladies infectieuses reste un parcours semé d’embûches, faute de rentabilité immédiate. »

Malgré ces défis, l’Institut Pasteur attire l’attention d’acteurs internationaux. Une biotech américaine a manifesté son intérêt pour les travaux des chercheurs français. À l’échelle mondiale, d’autres pistes sont explorées : des vaccins à ARN et ADN, ou encore l’utilisation de sang humain contenant des anticorps comme base pour des traitements. En Argentine, où la souche des Andes circule activement, des équipes locales travaillent aussi sur des solutions similaires, comme en témoigne une scientifique en laboratoire à Córdoba le 13 mai 2026.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront des résultats des essais cliniques sur l’homme, dont le calendrier n’a pas encore été précisé. Si l’anticorps développé par l’Institut Pasteur démontre son efficacité et sa sécurité, une demande d’autorisation de mise sur le marché pourrait être déposée d’ici un à deux ans, sous réserve de levées de fonds suffisantes. D’ici là, les chercheurs espèrent mobiliser davantage de partenariats publics et privés pour accélérer les recherches, tant sur les anticorps que sur les antiviraux.

L’épisode récent sur le MV Hondius rappelle l’urgence de renforcer la surveillance et la préparation face aux maladies infectieuses émergentes. Si les hantavirus ne représentent pas encore une menace pandémique, leur potentiel de propagation via des rongeurs ou des contacts humains, couplé à leur taux de létalité dans certaines régions, en fait un sujet de préoccupation pour les autorités sanitaires. Les avancées de l’Institut Pasteur ouvrent une voie prometteuse, mais leur concrétisation dépendra in fine des choix politiques et financiers des acteurs de la santé.

Le hantavirus est une famille de virus transmis principalement par les rongeurs, notamment via leurs excréments ou leur salive. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les symptômes incluent fièvre, douleurs musculaires, toux et, dans les cas graves, une insuffisance rénale ou respiratoire. Certaines souches, comme celle des Andes en Amérique du Sud, peuvent être mortelles dans jusqu’à 50 % des cas non traités, comme le rappelle Franceinfo – Santé.

La transmission se fait généralement par inhalation de particules virales présentes dans l’air contaminé par les déjections de rongeurs, ou par contact direct avec des animaux infectés. Pour limiter les risques, il est conseillé d’éviter de nettoyer des zones infestées sans protection, d’utiliser des masques et des gants, et de désinfecter les surfaces potentiellement souillées. En cas d’exposition avérée, une surveillance médicale est recommandée, comme le souligne l’Institut Pasteur.