Trois décès liés à un foyer d’hantavirus des Andes sur un bateau de croisière ont relancé l’urgence de comprendre la génétique du virus. Selon Libération, le séquençage de l’agent pathogène est désormais en cours à l’Institut Pasteur, une étape cruciale pour limiter la propagation de ce pathogène et développer des traitements adaptés. Cette procédure scientifique, menée sous la supervision du virologue Etienne Decroly, pourrait offrir des clés pour mieux appréhender les mécanismes de transmission et d’évolution du virus.

Ce qu'il faut retenir

  • Trois morts ont été recensés sur un bateau de croisière après une contamination par l’hantavirus des Andes, un virus rare et dangereux.
  • Le séquençage du virus est réalisé à l’Institut Pasteur, une étape indispensable pour identifier les mutations et adapter les traitements.
  • Le virologue Etienne Decroly souligne l’importance de « connaître l’arbre généalogique du virus » pour accélérer la recherche thérapeutique.
  • Cette procédure vise à limiter la propagation du pathogène tout en permettant une réponse médicale plus efficace.

Un virus rare et mortel : l’hantavirus des Andes en question

L’hantavirus des Andes, identifié pour la première fois en 1995 dans les pays du cône sud américain, est un virus à ARN responsable de syndromes pulmonaires hémorragiques graves. Selon les données disponibles, trois passagers d’un bateau de croisière en mer des Caraïbes ont été victimes de cette souche en l’espace de quelques jours. Le mode de contamination reste encore flou, mais les autorités sanitaires suspectent une transmission interhumaine via des rongeurs porteurs du virus ou une exposition à des sécrétions infectées. — Autant dire que la situation impose une vigilance accrue de la part des équipes médicales.

L’Institut Pasteur, référence mondiale en matière de recherche virologique, a été sollicité pour identifier précisément la souche en cause. Cette analyse génétique, baptisée « séquençage », permet de retracer l’évolution du virus et de comparer ses caractéristiques avec d’autres souches déjà répertoriées. « Sans cette cartographie, il est impossible de développer des traitements ciblés », a rappelé Etienne Decroly lors d’un entretien avec Libération.

Un séquençage décisif pour la recherche et la prévention

Le séquençage de l’hantavirus des Andes n’est pas une première pour l’Institut Pasteur, qui dispose d’une expertise reconnue dans l’analyse des virus émergents. Les chercheurs y étudient notamment les mutations génétiques pouvant influencer la virulence ou la transmissibilité du pathogène. Selon les premières observations, la souche responsable de l’épidémie sur le bateau présenterait des similitudes avec des variants identifiés en Argentine et au Chili dans les années 2010.

Pour Etienne Decroly, « connaître l’arbre généalogique du virus est absolument capital ». Cette approche permet non seulement de comprendre comment le virus s’est propagé, mais aussi d’anticiper d’éventuelles résistances aux traitements existants. — Bref, sans cette analyse, la recherche médicale avance à l’aveugle. Les résultats pourraient également servir à améliorer les protocoles de détection précoce, notamment dans les zones à risque où les rongeurs vecteurs sont présents.

« Le séquençage est une étape clé, mais il ne suffira pas à lui seul. Il faut aussi étudier les mécanismes de transmission entre humains et mettre au point des stratégies de prévention adaptées. »
Etienne Decroly, virologue à l’Institut Pasteur

Et maintenant ?

Les résultats du séquençage devraient être connus d’ici deux à trois semaines, selon les estimations des équipes de l’Institut Pasteur. Ces données permettront d’orienter les recherches vers des traitements antiviraux ou des vaccins expérimentaux. En parallèle, les autorités sanitaires internationales pourraient renforcer les contrôles sanitaires sur les navires en provenance de zones endémiques, comme l’a suggéré l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Reste à voir si cette crise accélérera la mise en place de protocoles de surveillance renforcés dans les ports européens.

Un rappel sur les risques liés aux hantavirus

Les hantavirus, dont l’hantavirus des Andes, sont des virus à transmission interhumaine limitée mais potentiellement mortels. Ils se transmettent principalement par inhalation d’aérosols contaminés par les excréments ou l’urine de rongeurs infectés. Bien que les cas humains restent rares en Europe, des foyers ont déjà été signalés en France, notamment en 2021 dans le sud-ouest du pays. — La vigilance s’impose donc, d’autant que le réchauffement climatique pourrait favoriser la propagation des rongeurs vecteurs.

Pour l’heure, les équipes médicales sur le bateau de croisière ont mis en place des mesures d’isolement pour les passagers contacts. Les autorités sanitaires appellent à la prudence tout en évitant toute panique inutile. Comme le souligne Etienne Decroly, « la transparence et la rigueur scientifique sont nos meilleurs atouts pour venir à bout de ce pathogène ».

Oui, selon les experts, l’hantavirus des Andes est l’un des rares hantavirus capables de se transmettre d’une personne à l’autre, notamment par les sécrétions respiratoires ou le sang. Cependant, cette transmission reste moins fréquente que celle via les rongeurs. Les trois décès sur le bateau de croisière confirment cette possibilité, même si les conditions exactes de contamination font encore l’objet d’enquêtes.