Selon Franceinfo - Santé, les populations de rongeurs, vecteurs de l’hantavirus, connaissent une expansion inquiétante sous l’effet du changement climatique et des phénomènes météorologiques extrêmes. Une mission scientifique argentine a été dépêchée en Terre de Feu pour déterminer l’origine de la contamination d’un couple néerlandais à bord d’un navire de croisière, alors que la souche andine du virus, seule transmissible entre humains, reste endémique dans certaines régions du pays.

Ce qu’il faut retenir

  • Le phénomène El Niño, combiné à des pluies intenses, a favorisé la prolifération des rongeurs en Argentine, augmentant le risque de transmission de l’hantavirus.
  • La souche andine du virus, endémique dans le nord du pays, est la seule capable de se transmettre entre humains, ce qui soulève des questions sur son extension géographique.
  • Les experts estiment que 90 % des cas d’hantavirus en Amérique du Sud sont liés à la souche andine, contre 200 cas par an en moyenne en Argentine.
  • Le changement climatique modifie les habitats des rongeurs, les rapprochant des zones habitées et augmentant les risques de contamination.
  • Une mission scientifique a été envoyée en Terre de Feu pour étudier la présence éventuelle de rongeurs infectés dans cette région jusqu’ici épargnée.

Une mission scientifique en Terre de Feu pour élucider une contamination mystérieuse

Une question reste en suspens : où le couple néerlandais contaminé à bord du MV Hondius a-t-il contracté la souche andine de l’hantavirus ? Les soupçons se portent sur deux régions d’Argentine. D’un côté, le nord du pays, où cette souche est endémique et où les cas de transmission interhumaine ont déjà été documentés. De l’autre, la région d’Ushuaïa, en Terre de Feu, où aucun cas n’avait jusqu’alors été recensé. Pour trancher, les autorités sanitaires argentines ont annoncé, jeudi 14 mai 2026, le déploiement d’une équipe de scientifiques chargée de capturer et d’analyser des rongeurs dans cette province australe.

Cette mission, dont les résultats sont attendus d’ici quelques semaines, vise à vérifier si le rat à longue queue, seul vecteur connu de la souche andine, a étendu son territoire jusqu’à cette région isolée. Une découverte qui, si elle était confirmée, bouleverserait la compréhension géographique de la maladie.

Le rôle clé des pluies et du phénomène El Niño dans l’expansion des rongeurs

Les scientifiques s’accordent sur un point : le changement climatique, amplifié par des épisodes comme El Niño, a créé des conditions idéales pour la prolifération des rongeurs. Selon le biologiste Raul Gonzalez Ittig, professeur de génétique des populations à l’université de Córdoba, « lorsque les précipitations augmentent, la nourriture devient plus abondante, ce qui entraîne une explosion démographique des rongeurs ». Ces animaux, s’ils sont infectés, peuvent alors transmettre le virus aux humains, notamment via leurs excréments ou leur salive.

Cette dynamique n’est pas nouvelle. Une étude de 2021, menée par le biologiste Kirk Douglas, soulignait déjà un lien direct entre les épisodes El Niño et les épidémies d’hantavirus. En 1993, dans le sud-ouest des États-Unis, une forte augmentation des précipitations liée à El Niño avait multiplié par 20 les populations de rongeurs, entraînant une vague de contaminations humaines.

Des « pullulations » de rongeurs multipliées par 500 dans certaines régions

Les experts parlent désormais de « pullulations » pour décrire ces explosions démographiques. Selon Serge Morand, biologiste au CNRS cité par Franceinfo - Santé, « le changement climatique favorise des phénomènes de pullulations qui peuvent multiplier par 50, 300, voire 500 la densité des rongeurs ». En Europe, les campagnols, vecteurs d’une autre souche d’hantavirus, sont régulièrement à l’origine de cas de néphropathie épidémique, une maladie virale émergente.

En Amérique latine, les régions agricoles humides sont particulièrement touchées. James Shepherd, spécialiste des maladies infectieuses à l’université de Yale, met en garde : « Les populations de rongeurs dans les zones humides du monde entier vont exploser, augmentant mécaniquement le nombre d’agents pathogènes qu’ils transportent. » Bien que la plupart de ces pathogènes ne soient pas aussi mortels que l’hantavirus, leur multiplication reste un risque sanitaire majeur.

Sécheresse et stockage alimentaire : un autre facteur de risque

Si les pluies favorisent la prolifération des rongeurs, les périodes de sécheresse jouent aussi un rôle dans la transmission du virus. Selon Kirk Douglas, « en cas de pénurie, les humains stockent des céréales, attirant les rongeurs vers les habitations ». Ce phénomène est particulièrement marqué en Amérique latine, où les communautés rurales dépendent souvent de réserves alimentaires locales.

L’épidémiologiste Rodrigo Bustamante, de l’hôpital de Bariloche, rappelle que « les humains occupent de plus en plus de milieux où vivaient les rongeurs ». Cette cohabitation accrue augmente les risques de contact direct avec les animaux infectés, même si la transmission interhumaine reste exceptionnelle. Elle nécessite un contact rapproché de moins d’un mètre pendant au moins trente minutes.

Une menace sanitaire sous-estimée ?

Malgré ces alertes répétées, les moyens alloués à la recherche sur l’hantavirus en Argentine restent limités. Comme le rapportait Franceinfo - Santé dans un précédent article, « en cas de pandémie, nous ne sommes pas prêts ». Les coupes budgétaires dans la santé publique compliquent la mise en place de dispositifs de surveillance efficaces, alors que les conditions climatiques actuelles pourraient aggraver la situation.

L’Organisation météorologique mondiale (OMM) a d’ailleurs alerté en avril 2026 sur la probabilité d’un épisode El Niño particulièrement intense à partir de l’été. Une telle configuration pourrait multiplier les risques de pullulations de rongeurs et, par ricochet, les cas de contamination humaine.

Et maintenant ?

Les résultats de la mission scientifique en Terre de Feu, attendus d’ici quelques semaines, pourraient révéler une extension géographique inattendue de la souche andine de l’hantavirus. En parallèle, les autorités sanitaires argentines devraient renforcer la surveillance des populations de rongeurs dans les régions à risque. La combinaison des épisodes El Niño et du réchauffement climatique laisse présager une aggravation de la situation dans les mois à venir, à moins que des mesures préventives ne soient rapidement mises en place.

Face à cette menace, les experts appellent à une meilleure coordination internationale, notamment pour suivre les déplacements des rongeurs et anticiper les zones à risque. « Les agents pathogènes ne connaissent pas de frontières », rappelle James Shepherd, soulignant l’urgence d’une approche globale pour limiter la propagation des maladies vectorielles.

L’hantavirus provoque une fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR) ou un syndrome pulmonaire (HPS). Les symptômes incluent fièvre, douleurs musculaires, fatigue intense et, dans les cas graves, des hémorragies ou une insuffisance respiratoire. Pour s’en protéger, il est recommandé d’éviter tout contact avec les rongeurs, de désinfecter les zones infestées et de stocker les aliments dans des contenants hermétiques.

Non, la souche andine, responsable de transmissions interhumaines, est strictement limitée à l’Amérique du Sud. En Europe, les cas d’hantavirus sont principalement liés à la souche Puumala, transmise par les campagnols et ne se propageant pas entre humains.