Près de **35 % des parents français** déclarent que leurs enfants ont déjà été victimes de harcèlement scolaire, tandis que **16 %** rapportent des cas de cyberharcèlement. C’est l’un des constats marquants d’un rapport publié ce jeudi 7 mai 2026 par le Défenseur des droits, basé sur les réponses de **1 700 parents** et plus largement de **5 030 répondants**, parents ou non. L’enquête dresse un état des lieux sans concession des discriminations et violences au sein du système éducatif français, où **80 % des participants** estiment que des inégalités ou des actes de harcèlement surviennent « parfois » ou « souvent ».
Ce qu'il faut retenir
- 35 % des parents déclarent que leur enfant a subi du harcèlement scolaire, et 16 % évoquent des cas de cyberharcèlement.
- 32 % des parents signalent des traitements inégalitaires envers leurs enfants, notamment en matière de notation, d’orientation ou de sanctions.
- Les discriminations sont souvent multiples et cumulatives : 81 % des parents dont l’enfant est cyberharcelé rapportent aussi des cas de harcèlement classique.
- 80 % des répondants (parents et non-parents) estiment que des discriminations existent « parfois » ou « souvent » à l’école ou à l’université.
- Le Défenseur des droits formule trois recommandations pour améliorer la protection des enfants, notamment en renforçant la formation des professionnels et en facilitant les recours pour les familles.
Un phénomène répandu et souvent sous-estimé
Selon le rapport du Défenseur des droits, le harcèlement scolaire et les discriminations touchent une part significative des élèves en France. Plus d’un tiers des parents interrogés confirment que leurs enfants ont déjà été victimes de moqueries, d’intimidations ou de violences de la part de leurs camarades. Le cyberharcèlement, qui concerne **16 % des cas**, s’ajoute à cette réalité préoccupante. Autant dire que le phénomène est loin d’être marginal : il touche des centaines de milliers d’élèves chaque année, avec des conséquences parfois durables sur leur parcours scolaire et leur bien-être psychologique.
Le Défenseur des droits souligne que ces atteintes aux droits des enfants « sont rarement isolées et se cumulent trop souvent ». Ainsi, **81 % des parents** dont l’enfant a subi du cyberharcèlement déclarent également qu’il a été victime de harcèlement traditionnel. De même, **72 % des parents** rapportent que leurs enfants ont fait l’objet de « plusieurs formes de différences de traitement » de la part de l’institution scolaire.
Des discriminations qui touchent tous les aspects de la scolarité
Le rapport met en lumière des inégalités de traitement qui ne se limitent pas aux relations entre élèves. Près d’un tiers des parents (**32 %**) estiment que leurs enfants ont été traités de manière inégale par l’institution scolaire, que ce soit en termes de notation, d’orientation, de sanctions ou de communication des enseignants. Ces différences de traitement sont attribuées à divers critères : **32 % des parents** les imputent à l’état de santé ou au handicap de leur enfant, **25 %** à son origine, sa couleur de peau ou son apparence physique, et **21 %** au milieu social de la famille.
Ces discriminations, lorsqu’elles se répètent, peuvent fragiliser durablement les parcours de vie des enfants. Le rapport évoque des conséquences concrètes : « estime de soi entamée, isolement, difficultés scolaires », mais aussi des risques accrus de décrochage ou d’exclusion. « Il peut aussi être synonyme de parcours de vie fragilisé, car les atteintes répétées augmentent les vulnérabilités », précise l’institution.
Des parents mal informés sur leurs droits et les recours possibles
L’enquête révèle également que les parents manquent souvent de connaissances sur les droits de leurs enfants et les démarches à engager en cas de harcèlement ou de discrimination. Seulement une minorité d’entre eux connaissent les procédures pour contester une décision scolaire ou signaler un cas de maltraitance. Le Défenseur des droits insiste sur la nécessité de mieux informer les familles, afin qu’elles puissent « rétablir leurs enfants dans leurs droits ».
Les recommandations formulées par l’institution s’articulent autour de trois axes principaux. D’abord, **l’identification et la quantification des atteintes aux droits**, grâce à une meilleure formation des professionnels de l’éducation. Ensuite, **la sensibilisation des parents**, pour qu’ils puissent agir efficacement. Enfin, **l’écoute des enfants**, via des espaces de dialogue adaptés à leur âge, où leur parole serait « recueillie et prise en compte ».
Un appel à une volonté politique forte
Face à l’ampleur du phénomène, le Défenseur des droits exhorte le service public de l’Éducation à faire de la protection des enfants et de leurs droits « une priorité absolue ». L’institution appelle à une « volonté politique forte » pour garantir des moyens concrets de prévention et de lutte contre les violences et les inégalités. Le rapport souligne que l’École, en tant que levier de réussite, ne peut se permettre de normaliser ces pratiques : « La perception aiguë des atteintes aux droits à l’école doit alerter sur la nécessité d’agir sans délai ».
Avec **80 % des répondants** (parents et non-parents) qui estiment que des discriminations existent « parfois » ou « souvent » à l’école ou à l’université, le constat est sans appel. Autant dire que le système éducatif français doit engager une réflexion profonde sur ses pratiques, pour garantir à chaque élève un environnement scolaire sécurisé et équitable.
Pour les familles concernées, des dispositifs d’écoute et de soutien existent déjà, comme le numéro vert **3020** ou la plateforme **Non au harcèlement**. Cependant, leur efficacité dépendra en grande partie de la capacité des pouvoirs publics à les relayer et à les rendre accessibles à tous.
Le Défenseur des droits recommande plusieurs démarches : signaler le cas à la direction de l’établissement, contacter le numéro vert 3020 (gratuit et anonyme) ou utiliser la plateforme en ligne Non au harcèlement. En cas d’inefficacité des premières mesures, les parents peuvent saisir le Défenseur des droits ou engager un recours administratif. Le rapport souligne cependant que ces démarches restent méconnues et appellent à une meilleure information des familles.