Un opéra composé en 1707 par une femme, Antonia Bembo, sera enfin monté en France plus de trois siècles après sa création. « Hercule amoureux » sera présenté à l'Opéra Bastille à partir du mois de mai 2026, annonce la Bibliothèque nationale de France (BNF), qui conserve plusieurs centaines de partitions de compositrices à travers les époques. Selon Franceinfo – Culture, Mathias Auclair, directeur du département musical de la BNF, a souligné mercredi 15 avril que « il y a beaucoup plus de compositrices qu'on ne le pense » dans l'histoire de la musique.
Ce qu'il faut retenir
- L'opéra « Hercule amoureux », composé en 1707 par Antonia Bembo, sera joué pour la première fois en France à l'Opéra Bastille en mai 2026.
- La BNF conserve « plusieurs centaines » de fonds de compositrices, couvrant toutes les époques (médiévale, baroque, romantique et XXe siècle).
- L'œuvre n'a été jouée qu'une seule fois en Allemagne en 2023, et jamais en France jusqu'à présent.
- Mathias Auclair, directeur du département musical de la BNF, estime que « les compositrices ne suscitaient pas le même intérêt qu'aujourd'hui » au XVIIIe siècle.
- L'historiographie musicale, selon lui, a été « orientée du point de vue du genre », reléguant certaines compositrices dans l'oubli après avoir été reconnues de leur vivant.
Un opéra oublié depuis plus de trois siècles
Composé en 1707 par Antonia Bembo, une musicienne italienne, « Hercule amoureux » est un opéra baroque qui n'a jamais été joué en France avant 2026. D'après Franceinfo – Culture, Mathias Auclair explique que l'œuvre a été exhumée par la BNF dès 1935. À l'époque, l'une de ses prédécesseures avait immédiatement publié un article pour mettre en lumière le talent de Bembo. Pourtant, près de quatre-vingt-dix ans plus tard, l'opéra n'a toujours pas été produit sur une scène française. « C'est une curiosité, admet le conservateur, peut-être parce que les compositrices ne suscitaient pas le même intérêt qu'aujourd'hui. »
La BNF met en lumière des centaines de compositrices oubliées
La Bibliothèque nationale de France conserve aujourd'hui « plusieurs centaines » de fonds de compositrices, couvrant toutes les périodes historiques. Mathias Auclair précise que ces archives incluent des œuvres médiévales, baroques, romantiques et même du XXe siècle. « Il y a beaucoup plus de compositrices qu'on ne le pense, et ce pour toutes les époques », souligne-t-il. Pourtant, l'histoire de la musique classique s'est majoritairement écrite sans les femmes, une réalité que les chercheurs et musicologues cherchent aujourd'hui à corriger.
Certaines compositrices, rappelle le directeur du département musical de la BNF, ont été « remarquées, applaudies, considérées » de leur vivant avant de tomber dans l'oubli. Ce phénomène s'explique en partie par une historiographie musicale qui, pendant des siècles, a minimisé ou ignoré leurs contributions. « L'historiographie a été un peu orientée du point de vue du genre », explique Mathias Auclair, évoquant un biais historique qui a privilégié les compositeurs masculins.
« Il y a beaucoup plus de compositrices qu'on ne le pense » — Mathias Auclair, directeur du département musical de la BNF
Antonia Bembo, une figure majeure du baroque méconnue
Antonia Bembo, compositrice italienne du XVIIIe siècle, a marqué son époque par son talent. Après avoir fui Venise pour Paris, elle s'est imposée comme une figure incontournable de la vie musicale française. Selon Franceinfo – Culture, son opéra « Hercule amoureux » a été redécouvert tardivement, en 1935, par la BNF. Pourtant, malgré l'intérêt initial porté à son œuvre, elle est restée dans l'ombre pendant des décennies. Aujourd'hui, la reconnaissance de son travail s'inscrit dans une dynamique plus large de réhabilitation des compositrices oubliées.
Mathias Auclair rappelle que certaines compositrices ont connu un destin similaire à celui de Bembo : reconnues à leur époque, puis effacées des mémoires collectives. Ces destins croisés illustrent les défis persistants liés à la représentation des femmes dans l'histoire de la musique. « Certaines ont été célébrées, puis oubliées », explique-t-il, soulignant que ce phénomène touche toutes les époques.
Pour Mathias Auclair, la redécouverte de ces œuvres est essentielle pour « réécrire une partie de l'histoire de la musique » et offrir une vision plus complète du patrimoine musical. La BNF, qui conserve des centaines de partitions de compositrices, joue un rôle clé dans cette démarche de préservation et de valorisation. Mais le chemin est encore long : combien d'autres Antonia Bembo attendent d'être redécouvertes ?
