La disparition d’un être cher laisse derrière elle bien plus qu’un vide émotionnel. Elle impose aussi une tâche souvent redoutée : le tri de ses affaires, entre souvenirs, objets utiles et accumulations parfois déroutantes. Selon Courrier International, deux articles récents publiés dans la presse britannique illustrent des réponses radicalement différentes à cette épreuve. L’un prône le « Swedish death cleaning », une méthode suédoise visant à désencombrer sa vie pour soulager ses proches. L’autre, à l’inverse, transforme le deuil en un acte de conservation et de célébration.

Ce qu'il faut retenir

  • Olenka Hamilton a dû organiser six mois de vide-greniers après la mort de son mari, accumulant trois générations d’objets dans une ferme familiale.
  • Elle défend le « Swedish death cleaning », une pratique visant à désencombrer sa vie pour éviter à ses proches ce fardeau après son décès.
  • 90 % des objets accumulés sont jugés inutiles par Hamilton, selon son témoignage dans The Spectator.
  • Abigail Radnor, dans The Guardian, a choisi de conserver et même de porter les vêtements de sa mère disparue, en les faisant parfois retravailler par des créateurs.
  • Cette démarche lui a permis de surmonter partiellement son deuil en célébrant la mémoire de sa mère à travers ses affaires.
  • Le « Swedish death cleaning » et la conservation des objets s’opposent comme deux stratégies de deuil, l’une tournée vers l’allègement, l’autre vers la transmission.

Le « Swedish death cleaning » : alléger le fardeau pour ses proches

Olenka Hamilton, écrivaine britannique, a vécu l’expérience du tri des affaires de son mari après son décès soudain. Entre trois générations d’objets entassés dans des granges, des caves et des greniers, elle a dû organiser six mois de vide-greniers pour pouvoir vendre la ferme familiale, devenue trop vétuste. Dans un article publié par The Spectator, elle évoque les difficultés matérielles et émotionnelles de cette tâche, d’autant plus complexe avec trois jeunes enfants à charge. « C’était une montagne d’objets : meubles, chéquiers, photos, pièces détachées et un bric-à-brac sans fin », raconte-t-elle. Cette accumulation, banale pour beaucoup, peut devenir un véritable casse-tête après un décès.

Face à cette épreuve, Hamilton se tourne vers une pratique suédoise appelée « Swedish death cleaning » — ou « nettoyage funéraire ». Cette méthode consiste à désencombrer son logement tout au long de sa vie, afin d’épargner à ses proches le stress de trier une existence entière après sa mort. « Libérer sa famille du fardeau de ses objets inutiles est le plus bel acte d’amour », affirme-t-elle. Pour elle, ce processus, bien que stressant, l’a aidée à surmonter une partie de son deuil. Elle reconnaît cependant qu’il aurait été préférable de l’anticiper, afin de trouver un exutoire moins douloureux à sa peine.

Conserver les objets : un hommage et un réconfort

À l’opposé de cette approche minimaliste, Abigail Radnor a choisi une voie radicalement différente. Quatre ans après la mort de sa mère, une femme passionnée par les vêtements, elle a décidé de porter ceux de sa défunte mère. Cette initiative, née d’un besoin de réconfort, est devenue un véritable acte de deuil et de célébration. Dans The Guardian, elle explique : « Juste après sa mort, la douleur était insoutenable. Je ne pouvais même pas m’approcher de ses affaires ». Il lui a fallu des mois pour entamer un tri, toujours en cours aujourd’hui, et pour trouver une nouvelle façon de se connecter à sa mère.

Certaines pièces ont même été retravaillées par la créatrice Sophie Lewis, fondatrice du Reincarnation Club. Cette entreprise transforme les vêtements de proches disparus en nouvelles tenues, offrant ainsi une seconde vie à ces objets. Pour Radnor, cette démarche a été à la fois épuisante et apaisante. « Cela m’a aidée à accepter ma nouvelle vie sans elle, mais aussi à célébrer tout ce qu’elle était », souligne-t-elle. Porter ou réutiliser les affaires d’un défunt peut ainsi devenir un moyen de perpétuer sa mémoire, tout en aidant à surmonter l’absence.

Deux réponses au deuil, deux visions de la transmission

Ces deux témoignages, rapportés par Courrier International, révèlent une réalité universelle : le tri des affaires d’un proche disparu est une épreuve où se mêlent organisation, émotions et questionnement sur la transmission. Pour Hamilton, l’objectif est clair : alléger la tâche de ses proches en désencombrant sa vie de son vivant. Pour Radnor, l’enjeu est de donner une nouvelle forme à ces objets, afin qu’ils continuent à parler du défunt. Autant dire que ces approches reflètent deux philosophies distinctes du deuil et de la mémoire.

L’une mise sur la simplicité et la réduction du poids matériel, l’autre sur la réinterprétation des souvenirs à travers des objets chargés de sens. Pour Hamilton, 90 % des objets accumulés sont inutiles. Pour Radnor, chaque vêtement de sa mère est une relique à chérir. Ces différences soulignent à quel point le rapport aux biens matériels varie selon les cultures et les personnalités. En Suède, la pratique du « death cleaning » est même enseignée comme une forme de préparation à la fin de vie, presque un acte de solidarité envers ses proches.

Et maintenant ?

Et maintenant ?

Ces deux approches pourraient gagner en visibilité dans les années à venir, à mesure que les sociétés occidentales sont confrontées à une augmentation des décès liés au vieillissement de la population. Des ateliers et livres dédiés au « Swedish death cleaning » commencent à apparaître en France, tandis que des créateurs comme Sophie Lewis voient leur activité s’étendre. Reste à savoir si ces méthodes parviendront à s’imposer comme des alternatives viables face au deuil, ou si elles resteront marginales. Une chose est sûre : la question du tri des affaires des défunts devrait continuer à susciter des débats, entre allègement et conservation.

Au-delà des choix individuels, ces pratiques interrogent notre rapport à la mort et à la mémoire. Faut-il privilégier la simplicité pour épargner ses proches, ou conserver les traces d’une vie pour mieux la perpétuer ? Une question qui, comme le montrent ces témoignages, dépasse largement le cadre matériel pour toucher à l’essentiel : comment honorer ceux qui nous ont quittés.

Il s’agit d’une pratique suédoise consistant à désencombrer régulièrement son logement tout au long de sa vie, afin d’éviter à ses proches de devoir trier une accumulation d’objets après son décès. L’objectif est de réduire le fardeau matériel et émotionnel pour les héritiers.

Le Reincarnation Club, fondé par Sophie Lewis, propose de retravailler les vêtements de proches disparus pour en créer de nouvelles tenues. Cette démarche permet de donner une seconde vie à ces objets tout en honorant la mémoire du défunt.