Selon Euronews FR, des milliers de personnes, dont une cinquantaine de survivants de l’Holocauste, ont participé mardi à la 38e édition de la Marche des vivants, un événement annuel organisé sur le site du camp d’extermination d’Auschwitz, en Pologne. Cette marche commémore les 6 millions de Juifs assassinés par l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte marqué par une recrudescence de l’antisémitisme à l’échelle mondiale.

Ce qu'il faut retenir

  • 38e édition de la Marche des vivants, un événement annuel depuis 1988
  • Près de 50 survivants de l’Holocauste, dont certains venus d’Israël malgré les restrictions aériennes liées à la guerre en Iran, ont participé à la marche
  • L’événement s’est déroulé le jour de la Journée de commémoration de l’Holocauste dans le calendrier juif, distincte de la Journée internationale du 27 janvier
  • 15 personnes tuées lors de la fusillade antisémite de Bondi Beach (Sydney) en décembre 2024 étaient représentées par leurs proches
  • En Israël, un silence national de deux minutes a marqué la commémoration, avec des sirènes retentissant dans tout le pays

Parmi les participants figuraient des survivants ayant fui les persécutions antisémites récentes, comme Hannah Abesidon, dont le père, Tibor Weitzen, a été tué lors du massacre de Bondi Beach en décembre 2024. « Mon père n’a pas survécu parce qu’il était juif », a-t-elle témoigné devant les marcheurs. « Cela commence avec les Juifs, mais cela ne se termine pas avec les Juifs. » Une phrase qui résume l’inquiétude partagée par de nombreux participants face à la montée des violences antisémites.

La marche, qui s’est déroulée sur trois kilomètres, a débuté à Auschwitz pour s’achever à Birkenau, où des millions de Juifs européens furent déportés et assassinés dans les chambres à gaz. Selon les organisateurs, Revital Yakin Krakovsky, directrice générale adjointe de la Marche des vivants, a mis en garde contre la persistance de l’antisémitisme, soulignant que « depuis le 7 octobre [2023, date des attaques du Hamas], l’antisémitisme a explosé et se répand partout ». Elle a ajouté : « L’ampleur et la normalisation de cette haine font écho aux périodes sombres que nous avons connues auparavant, et aujourd’hui plus que jamais, nous savons comment elles se sont terminées. »

Cette édition 2026 de la Marche des vivants s’est tenue dans un contexte géopolitique particulièrement tendu. Les organisateurs ont indiqué que certains survivants étaient venus d’Israël, malgré les difficultés logistiques causées par les restrictions de l’espace aérien en raison de la guerre en Iran. Depuis le 28 février 2026, date à laquelle une attaque aérienne conjointe des États-Unis et d’Israël a tué le guide suprême iranien Ali Khamenei, un fragile cessez-le-feu de deux semaines est en vigueur entre les deux pays. Une situation qui a complexifié l’organisation des déplacements internationaux.

Une commémoration à double visage : mémoire et vigilance

La Journée de commémoration de l’Holocauste dans le calendrier juif, appelée Yom HaShoah, est une date symbolique marquée par des hommages silencieux. En Israël, mardi à 10 heures (8 heures, heure de Paris), les sirènes ont retenti pendant deux minutes, stoppant la circulation et interrompant la vie quotidienne dans tout le pays. Cet instant de recueillement, distinct de la Journée internationale du 27 janvier, rappelle que la mémoire de l’Holocauste reste un enjeu vivant, surtout à l’heure où de nouveaux drames rappellent que la menace antisémite n’a pas disparu.

Les participants à la Marche des vivants, qu’ils soient survivants, familles de victimes ou étudiants, ont souligné l’importance de transmettre la mémoire des atrocités commises à Auschwitz et Birkenau. Pour beaucoup, cette édition revêtait une dimension particulière en raison des attaques récentes contre des communautés juives, comme celle de Sydney ou encore les violences enregistrées en Europe après les événements du 7 octobre 2023. « La Marche des vivants n’est pas seulement un hommage, c’est un rappel que l’histoire peut se répéter si l’on baisse la garde », a expliqué un étudiant israélien présent sur place.

L’antisémitisme, une ombre persistante sur l’Europe et au-delà

Les déclarations de Revital Yakin Krakovsky ont mis en lumière une réalité inquiétante : la montée de l’antisémitisme, non seulement dans les discours mais aussi dans les actes. En Europe, des manifestations pro-palestiniennes ont parfois basculé dans des slogans ou des violences ouvertement antisémites. Aux États-Unis, les universités sont devenues des foyers de tensions, tandis qu’en France, les actes antisémites ont augmenté de plus de 300 % depuis 2023, selon les associations de défense des droits. « L’antisémitisme n’est plus un phénomène marginal, il s’affiche au grand jour et se banalise », a alerté la responsable de la Marche des vivants.

Parmi les invités de cette édition figuraient également des représentants des communautés juives victimes d’attaques récentes, comme Hannah Abesidon, qui a livré un témoignage poignant sur la perte de son père. Son récit a rappelé que l’antisémitisme ne tue pas seulement des individus : il cherche à effacer une mémoire collective. « Quand on tue un Juif aujourd’hui, c’est toujours parce qu’il est juif », a-t-elle martelé, soulignant l’urgence de lutter contre cette idéologie.

Et maintenant ?

La prochaine édition de la Marche des vivants est déjà attendue pour 2027, avec l’espoir que la situation géopolitique se soit apaisée, permettant une participation encore plus large de survivants et de délégations internationales. En Israël, les commémorations de Yom HaShoah devraient continuer à mobiliser la population, tandis que les associations de lutte contre l’antisémitisme appellent à renforcer les mesures de protection des communautés juives. Reste à voir si les gouvernements européens et internationaux prendront des mesures concrètes pour endiguer la montée des violences. Une chose est sûre : tant que des survivants comme ceux présents à Auschwitz témoignent, la mémoire de l’Holocauste restera un rempart contre l’oubli.

Pour clore, cette édition 2026 de la Marche des vivants a rappelé une vérité simple mais essentielle : commémorer n’est pas suffisant. La lutte contre l’antisémitisme et toute forme de haine raciale exige une vigilance constante, des actes concrets et une éducation sans relâche. Autant dire que le chemin à parcourir reste long, face à un phénomène qui, comme le soulignait Hannah Abesidon, « commence avec les Juifs… mais ne s’arrête jamais à eux ».

La Marche des vivants se déroule chaque année sur le site du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, en Pologne, car il s’agit du symbole le plus marquant de la Shoah. C’est à Auschwitz que plus d’1,1 million de personnes, principalement des Juifs, ont été assassinées entre 1940 et 1945. Organiser la marche sur place permet aux participants de marcher dans les pas des victimes et de rendre hommage là où l’histoire s’est écrite, selon les organisateurs.

Yom HaShoah, ou Journée de commémoration de l’Holocauste, est fixée selon le calendrier hébraïque, généralement en avril ou mai. En 2026, elle a coïncidé avec la Marche des vivants. Cette date commémore le début du soulèvement du ghetto de Varsovie en 1943. La Journée internationale du 27 janvier, elle, a été proclamée par l’ONU en 2005 et correspond à la libération du camp d’Auschwitz par l’Armée rouge en 1945. Les deux dates visent à honorer les victimes, mais selon des traditions et des contextes différents.