Avec « Home Stories », la réalisatrice allemande Eva Trobisch signe un second long-métrage qui mêle avec subtilité le destin d’une famille et les stigmates de l’histoire allemande, entre nazisme, division et réunification. Selon Franceinfo - Culture, ce film, sorti en salles le 29 juillet 2026, s’impose comme une œuvre réflexive où chaque personnage incarne une facette de l’Allemagne contemporaine.

Ce qu'il faut retenir

  • Eva Trobisch signe son second long-métrage, sept ans après « Comme si de rien n’était », abordant cette fois les fractures familiales et historiques de l’Allemagne.
  • Le film suit Léa, 16 ans, dont la participation à un concours de chant télévisé bouleverse la dynamique d’une famille divisée par un divorce et des difficultés financières.
  • L’intrigue se déroule en ex-Allemagne de l’Est, où les décors (un hôtel désuet, une forêt) reflètent les traces du passé communiste et les défis de la réunification.
  • La réalisatrice interroge la construction des récits historiques et familiaux, à travers des personnages comme Kati, la tante de Léa, qui envisage de créer un musée local.
  • Porté par la débutante Frida Hornemann, le film allie mise en scène soignée et rythme lent pour explorer les tensions intimes et collectives.

Une famille allemande sous le prisme de l’Histoire

Sept ans après avoir abordé la question du viol dans « Comme si de rien n’était », Eva Trobisch revient avec un film choral centré sur Léa, 16 ans, jeune Allemande de l’ex-RDA. Selon la réalisatrice, « Home Stories » n’est pas seulement l’histoire d’une famille en crise, mais aussi celle d’un pays dont l’identité reste marquée par des fractures politiques et sociales. « Une famille, c’est comme l’Allemagne : divisée, puis réunifiée, mais jamais vraiment guérie de ses blessures », confie-t-elle à Franceinfo - Culture.

L’intrigue s’articule autour de la sélection de Léa pour un concours de chant télévisé, un événement qui agit comme un catalyseur pour toute la famille. Entre les conflits parentaux, la grossesse de sa mère et les difficultés financières des grands-parents, propriétaires d’un hôtel à l’abandon, chaque membre de la famille se retrouve confronté à ses propres démons. « C’est la première fois que je viens à l’Ouest », lâche la grand-mère lors du voyage à Munich pour l’émission, illustrant le choc culturel entre l’ex-RDA et l’Allemagne réunifiée.

Les décors comme miroir du passé et du présent

La mise en scène d’Eva Trobisch repose sur une utilisation symbolique des lieux. L’hôtel familial, figé dans l’esthétique des années 1980, et la forêt environnante servent de toile de fond à une histoire où le passé ne passe pas. Les intérieurs surchargés, les meubles d’époque et les chevaux — derniers vestiges d’un autre temps — rappellent la RDA, son idéologie et ses contradictions. « Le décor n’est pas un simple arrière-plan, c’est un personnage à part entière », souligne la réalisatrice.

Le château de Greiz, propriété successivement impériale, maison de retraite sous la RDA puis symbole de la pompe prussienne après 1989, incarne cette superposition des récits historiques. Kati, la tante de Léa, souhaite y créer un musée pour raconter « l’histoire locale de manière paritaire », explique Trobisch. « Chaque système politique a réécrit l’histoire du lieu à sa manière. Aujourd’hui, il faut apprendre à coexister avec ces versions contradictoires. »

« Qu’est-ce que l’histoire ? Qui la raconte ? Que diriez-vous de vous-même ? Comment vous définiriez-vous ? » — Kati, dans « Home Stories »

Un casting où débutants et vétérans s’équilibrent

Le rôle de Léa est interprété par Frida Hornemann, 16 ans, dont c’est la première apparition au cinéma. Autour d’elle, des acteurs confirmés comme Max Riemelt et Eva Löbau incarnent les générations précédentes, chacune porteuse de ses propres attentes et désillusions. « Frida Hornemann a une présence à la fois fragile et déterminée, exactement ce qu’il fallait pour ce personnage », commente la réalisatrice.

Le rythme lent du film, savamment dosé, permet d’explorer les non-dits et les tensions sous-jacentes. Les silences, les regards et les gestes des personnages en disent souvent plus que les dialogues. « On ne raconte pas une histoire en criant. Parfois, il faut laisser le hors-champ parler », explique Trobisch. Ce choix esthétique renforce l’immersion du spectateur dans l’univers familial, où chaque détail compte.

Entre drame intime et réflexion historique

« Home Stories » dépasse le simple cadre du drame familial pour interroger la manière dont les nations — et les individus — se reconstruisent après un traumatisme. Le concours de chant télévisé, moment clé du récit, sert de métaphore : une compétition où l’on doit performer, même quand tout s’effondre autour de soi. « L’émission, c’est l’Allemagne des années 1990 et 2000 en miniature : une course à la réussite, avec le risque de perdre son âme », analyse la réalisatrice.

Le film aborde aussi les questions de transmission. Comment raconter l’histoire à ceux qui ne l’ont pas vécue ? Kati, interprétée par Eva Löbau, incarne cette quête de sens. Son projet de musée reflète une volonté de concilier les mémoires, tout en acceptant que certaines blessures ne se referment jamais. « On ne guérit pas d’un passé comme celui de l’Allemagne. On apprend juste à vivre avec », résume Trobisch.

Et maintenant ?

« Home Stories » sort en salles le 29 juillet 2026 en France, distribué par Météore Films. Si le film reçoit un accueil critique favorable, il pourrait être sélectionné dans des festivals internationaux, notamment ceux spécialisés dans le cinéma européen. Par ailleurs, une sortie en VOD ou en streaming n’est pas exclue dans les mois à venir, selon les performances en salles. Quant à Eva Trobisch, elle prépare déjà son prochain projet, sans préciser s’il explorera à nouveau les thèmes de la mémoire et de l’identité.

Avec ce film, Eva Trobisch confirme son statut de cinéaste engagée, capable de lier le destin d’une famille à celui d’un pays. « Home Stories » n’est pas un simple drame intimiste : c’est une méditation sur ce que signifie grandir dans un pays où l’Histoire pèse encore son poids. Pour les spectateurs, l’enjeu sera de reconnaître, derrière les visages de Léa et des siens, les échos d’une Allemagne — et d’une Europe — toujours en quête de rédemption.

Le titre original du film est « Etwas ganz Besonderes », ce qui signifie « quelque chose de très spécial » en allemand. Selon Eva Trobisch, ce titre reflète l’idée que chaque membre de la famille — et chaque période de l’histoire allemande — possède une singularité qui mérite d’être racontée, malgré les épreuves. « Ce n’est pas un hasard si le film s’appelle ainsi. Chacun a sa propre histoire, et c’est ce qui nous rend humains », explique-t-elle.