Selon Euronews FR, le nouveau gouvernement hongrois dirigé par Péter Magyar s’est dit prêt à autoriser l’Union européenne à inscrire le patriarche Kirill, chef de l’Église orthodoxe russe, sur la liste des sanctions. Cette décision marque un tournant dans la politique de Budapest, alors que Viktor Orbán, son prédécesseur, avait systématiquement bloqué de telles mesures par veto. Un « mini-paquet » de sanctions visant une dizaine de personnalités protégées par l’ancien Premier ministre, ainsi que quelques navires de la « flotte fantôme » russe, est actuellement en préparation au sein du bloc européen.

Ce qu'il faut retenir

  • Le gouvernement hongrois de Péter Magyar autorise désormais l’UE à sanctionner le patriarche Kirill, une figure religieuse proche du Kremlin.
  • Budapest avait bloqué en 2022 une première tentative de l’UE d’inscrire Kirill sur la liste noire, invoquant la liberté religieuse.
  • Un « mini-paquet » de sanctions ciblant des personnalités et des navires russes est en discussion, avec une adoption prévue pour le 15 juin.
  • L’UE envisage aussi d’allonger la durée de validité des sanctions de six mois à un an, une mesure que Budapest refusait jusqu’ici.
  • Les ambassadeurs de l’UE doivent examiner vendredi les propositions, avant un vote lors du Conseil des affaires étrangères du 15 juin.

Le patriarche Kirill, cible historique de l’UE, enfin sous sanctions ?

L’Union européenne avait tenté à deux reprises, en 2022 puis en 2024, d’inscrire le patriarche Kirill sur sa liste noire. L’accusation principale ? Soutien à l’invasion russe de l’Ukraine et diffusion de propagande révisionniste justifiant le conflit. À l’époque, Viktor Orbán avait opposé son veto, arguant que cette mesure portait atteinte à la liberté religieuse. Quatre ans plus tard, la donne a changé : le gouvernement de Péter Magyar, qui cherche à se distancier de l’héritage d’Orbán, a fait savoir qu’il ne bloquerait plus ces sanctions. « Dans les cas où l’État hongrois a été utilisé pour servir des arrangements privés, je m’attends à ce que le nouveau gouvernement ne fasse pas obstacle aux efforts de l’UE pour augmenter la pression sur la Russie », a déclaré Márton Hajdu, président de la commission des affaires étrangères du Parlement hongrois et proche allié de Magyar, à Euronews FR.

Parmi les personnalités russes protégées par Orbán et qui pourraient désormais être sanctionnées figurent le ministre des Sports Mikhaïl Degtiariov et l’oligarque Viatcheslav Kantor. Leurs noms avaient été retirés des listes sous la pression de Budapest. « Réviser les listes de noms n’a rien d’exceptionnel », a souligné une source diplomatique européenne auprès d’Euronews FR. Les sanctions doivent être adoptées à l’unanimité par les Vingt-Sept, ce qui laisse une marge de manœuvre pour des ajustements jusqu’au vote final.

La « flotte fantôme » russe dans le collimateur de Bruxelles

En parallèle des sanctions contre des personnalités, l’UE prépare une série de mesures ciblant la « flotte fantôme » russe. Ce réseau de navires, accusé de contourner les embargos occidentaux sur le pétrole russe, opère souvent sous faux pavillon et avec des assurances insuffisantes. Selon Bruxelles, ces navires menacent aussi l’environnement en raison de leurs normes de sécurité défaillantes. Plusieurs pays européens, dont la France, la Suède et la Pologne, ont récemment arraisonné des bâtiments suspects, signe d’une volonté accrue de réprimer ces pratiques.

La haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, a appelé à une action plus rapide contre cette flotte. « Nous avons adopté l’approche consistant à travailler sur les sanctions visant la « flotte fantôme » de manière continue : nous ne préparons pas de gros paquets, mais dès que nous avons connaissance de navires, nous les ajoutons », a-t-elle expliqué lors d’une déclaration rapportée par Euronews FR le mois dernier. Cette méthode, inédite pour l’UE, permettrait de sanctionner des navires et des personnes physiques au fil de l’eau, sans attendre un paquet complet.

Un 21e paquet de sanctions attendu pour juin, avec des changements structurels

Le 21e train de sanctions contre la Russie, actuellement en élaboration, devrait être présenté officiellement en juin. L’objectif est une approbation définitive d’ici au 15 juillet, selon les informations d’Euronews FR. Ce paquet inclurait non seulement des mesures contre des individus et des entités russes, mais aussi une réforme majeure : le passage de la durée de renouvellement des sanctions de six mois à un an. Jusqu’ici, Budapest s’y opposait fermement, craignant de perdre un levier d’influence au sein de l’UE. Cette évolution, rendue possible par le changement de gouvernement en Hongrie, affaiblirait le pouvoir de veto des États membres et simplifierait le processus de sanctions.

Le Premier ministre slovaque Robert Fico, lui aussi connu pour son opposition aux sanctions contre la Russie, n’était pas en fonction lors des tentatives précédentes d’inscrire Kirill sur la liste noire. Son absence de blocage en 2022 avait alors été décisive. Aujourd’hui, avec un nouveau gouvernement à Budapest et une dynamique européenne plus favorable à la fermeté, les conditions semblent réunies pour faire avancer ces dossiers.

Et maintenant ?

Les ambassadeurs des Vingt-Sept doivent tenir leur première discussion sur ces propositions ce vendredi 23 mai, en vue d’un vote lors du Conseil des affaires étrangères du 15 juin. Si les sanctions contre Kirill et la « flotte fantôme » sont adoptées, cela marquera une étape symbolique pour l’UE, qui cherche à resserrer l’étau sur Moscou. La question reste cependant celle de l’efficacité à long terme : ces mesures, même renforcées, parviendront-elles à faire plier la Russie ? Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’impact de ces décisions.

Contexte : l’UE face à la résistance des États membres pro-russes

Depuis le début de la guerre en Ukraine, l’Union européenne a adopté vingt trains de sanctions contre la Russie, mais leur portée a souvent été limitée par les réticences de certains États membres. La Hongrie, sous Orbán, était devenue un bastion du blocage, tandis que la Slovaquie de Robert Fico adopte une position similaire. Ces veto répétés ont retardé l’inscription de figures clés comme Kirill ou d’oligarques influents. Avec le départ d’Orbán et le changement de ton à Bratislava, Bruxelles espère désormais une plus grande cohésion.

Ces nouvelles mesures s’inscrivent dans une stratégie globale de pression économique et diplomatique sur Moscou. La « flotte fantôme », en particulier, est devenue un symbole des contournements des sanctions occidentales. Son ciblage pourrait affaiblir la capacité de la Russie à financer sa guerre, en limitant ses exportations de pétrole malgré les embargos. Reste à voir si ces initiatives parviendront à inverser la tendance, alors que Moscou a jusqu’ici démontré une grande résilience face aux pressions internationales.

Dans ce contexte, l’évolution de la position hongroise est un signal important. Budapest, qui avait fait de la neutralité une marque de fabrique sous Orbán, semble désormais prête à aligner sa politique sur celle de la majorité des États membres. Une décision qui pourrait, à terme, redéfinir l’équilibre des forces au sein de l’UE sur la question russe.

Sous Viktor Orbán, Budapest invoquait principalement la préservation de la liberté religieuse pour justifier son opposition aux sanctions, notamment contre le patriarche Kirill, chef de l’Église orthodoxe russe. Le gouvernement hongrois arguait aussi que certaines mesures risquaient de compromettre la stabilité économique du pays, bien que Márton Hajdu ait précisé à Euronews FR que « les sanctions qui menaceraient la stabilité économique de la Hongrie sont totalement exclues ».

La « flotte fantôme » désigne un réseau de navires marchands, principalement pétroliers, utilisés par la Russie pour contourner les sanctions occidentales sur le pétrole. Ces bateaux naviguent souvent sous de faux pavillons, avec des assurances insuffisantes, ce qui les rend difficiles à tracer. Selon l’UE, ils menacent aussi l’environnement en raison de leurs normes de sécurité défaillantes. Plusieurs pays européens, dont la France et la Suède, ont récemment arraisonné des navires suspects, renforçant la volonté de Bruxelles de les sanctionner.