Le Premier ministre hongrois élu, Péter Magyar, a annoncé son intention de suspendre les émissions du radiodiffuseur public hongrois dès la formation de son gouvernement, après un échange particulièrement tendu à l'antenne mercredi matin, selon Euronews FR.

Cette décision s'inscrit dans la continuité des critiques répétées de Magyar envers les médias publics, qu'il accuse depuis des mois de diffuser une propagande « à la nord-coréenne » et de partialité systématique à l'encontre de son parti, Tisza. Le parti de Magyar a remporté une victoire écrasante lors des élections législatives du 13 avril 2026, marquant un tournant politique majeur en Hongrie après des années de domination du Fidesz, le parti de Viktor Orbán.

Ce qu'il faut retenir

  • Péter Magyar, dont le parti Tisza a remporté les élections législatives hongroises du 13 avril 2026, menace de suspendre le signal du radiodiffuseur public hongrois, MTVA, dès la formation de son gouvernement.
  • L'annonce fait suite à un échange houleux en direct à la télévision publique mercredi 15 avril, lors duquel Magyar a accusé la chaîne de propager des « fausses informations » et de calomnier sa famille.
  • Magyar a comparé MTVA aux médias d'État nord-coréens, affirmant que l'institution n'a « pas prononcé un seul mot vrai depuis 2010 ».
  • Le présentateur de MTVA a rejeté les accusations de désinformation, tout en niant avoir insulté la famille de Magyar ou enfreint la loi.
  • Cette initiative s'inscrit dans une stratégie plus large de Magyar pour réformer les médias publics, inspirée par les mesures radicales prises par son allié politique, le Premier ministre polonais Donald Tusk, en 2023.

Un échange tendu à l'antenne marque les retrouvailles

L'intervention de Péter Magyar à la télévision publique hongroise mercredi 15 avril a été la première apparition du Premier ministre élu sur MTVA depuis dix-huit mois. Pourtant, comme l'a souligné l'autorité des médias publics, MTVA avait multiplié les invitations à son encontre et à celle de son parti pendant la campagne électorale. L'échange, qui a débuté à la radio publique avant de se poursuivre à la télévision, s'est rapidement envenimé, émaillé d'accusations croisées et d'interruptions répétées.

Magyar a ouvert le feu en déclarant que l'une des priorités de son gouvernement serait de mettre fin à ce qu'il qualifie de « fabrique de mensonges ». « Les fausses nouvelles diffusées ici doivent cesser, et nous créerons des conditions indépendantes, objectives et impartiales pour mettre fin à cette propagande », a-t-il lancé à l'antenne, selon des propos rapportés par Euronews FR.

Il a ensuite affirmé que MTVA avait diffusé des informations mensongères à son sujet et porté atteinte à l'honneur de sa famille pendant la campagne. Une allégation immédiatement rejetée par le présentateur, qui a déclaré : « Je voudrais rejeter, au nom de tous mes collègues, les allégations selon lesquelles nous aurions insulté votre famille. »

Des accusations de propagande comparées à celles de la Corée du Nord

Les tensions ont atteint leur paroxysme lorsque Péter Magyar a comparé MTVA aux médias d'État nord-coréens. « Ce qui se passe ici depuis 2010 est quelque chose que Goebbels ou les dirigeants nord-coréens admireraient : pas un seul mot vrai n'est prononcé. Cela ne peut plus durer », a-t-il déclaré, reprenant un argumentaire qu'il mobilise depuis des années contre les médias pro-gouvernementaux sous Viktor Orbán.

Parmi les exemples cités par Magyar figuraient des reportages de MTVA jugés trompeurs sur l'Allemagne. Il a notamment évoqué des affirmations selon lesquelles le pays « n'a pas d'accès à Internet » et que les Allemands « n'ont plus de relations sexuelles », des propos qu'il a qualifiés de « grotesques ». Le présentateur, lui, a défendu l'intégrité journalistique de la chaîne en affirmant qu'elle n'avait enfreint aucune loi.

Cette rhétorique, qui rappelle les attaques répétées de Viktor Orbán contre les médias indépendants avant son arrivée au pouvoir, marque une rupture nette avec la politique de Magyar, ancien membre du Fidesz avant de fonder son propre parti. Elle illustre aussi la radicalité de sa volonté de réforme des institutions médiatiques hongroises, perçues comme des instruments de propagande au service du pouvoir sortant.

Une réforme inspirée par les voisins polonais et les ambitions européennes

L'approche de Péter Magyar en matière de médias publics n'est pas sans rappeler celle de son allié politique, le Premier ministre polonais Donald Tusk. Ce dernier, après son arrivée au pouvoir en 2023, avait pris des mesures radicales contre le radiodiffuseur public polonais, TVP, coupant ses signaux et licenciaant sa direction dans l'objectif de le transformer en un service public indépendant.

Cette stratégie a depuis été partiellement inversée sous la pression de l'Union européenne, qui a fait de l'indépendance des médias un critère clé pour les négociations budgétaires. Péter Magyar, dont la relation avec Bruxelles s'est immédiatement tendue après sa victoire, pourrait donc se heurter à des résistances similaires. Ursula von der Leyen a d'ailleurs appelé à des « progrès rapides » dans les relations entre l'UE et la Hongrie, selon des déclarations rapportées par plusieurs médias européens.

Pour Magyar, la réforme des médias est un préalable à toute coopération constructive avec les institutions européennes. « Nous créerons des conditions indépendantes, objectives et impartiales pour mettre fin à cette propagande », a-t-il répété lors de son intervention, suggérant que cette démarche s'inscrit dans une volonté plus large de normalisation démocratique de la Hongrie.

Et maintenant ?

La suspension du signal de MTVA, si elle est mise en œuvre, pourrait intervenir dès la formation du nouveau gouvernement, attendue dans les prochaines semaines. Cette décision, si elle est prise, devra cependant composer avec les réalités institutionnelles et juridiques hongroises, ainsi qu'avec les réactions internationales.

D'après des analystes politiques cités par Euronews FR, cette initiative pourrait aussi servir de levier dans les négociations avec Bruxelles, où la question de l'État de droit en Hongrie reste un point de blocage récurrent. Reste à voir si Magyar parviendra à concilier sa volonté de réforme radicale avec les exigences de transparence imposées par l'UE.

Dans l'immédiat, les réactions des autres forces politiques hongroises restent à attendre, tout comme les prises de position des observateurs internationaux. Une chose est sûre : la suspension de la télévision publique, si elle se concrétise, marquera une nouvelle étape dans la transformation politique de la Hongrie, déjà scrutée avec attention par ses partenaires européens.

MTVA (Magyar Televízió és Rádió) est l'autorité publique hongroise en charge de la radiodiffusion nationale. Elle gère plusieurs chaînes de télévision et stations de radio, dont certaines sont accusées par l'opposition d'être des outils de propagande au service du gouvernement sortant, le Fidesz de Viktor Orbán. MTVA a été critiquée à de multiples reprises par des organisations de défense de la liberté de la presse pour son manque d'indépendance éditoriale.

Péter Magyar utilise cette comparaison pour dénoncer ce qu'il présente comme un contrôle strict et une manipulation de l'information par les médias publics hongrois. Depuis son arrivée au pouvoir, Viktor Orbán a progressivement recentralisé le paysage médiatique hongrois, réduisant les espaces de critique indépendante. Magyar, ancien membre du Fidesz devenu opposant, reproche à MTVA de relayer systématiquement la ligne du pouvoir sans recul critique, à l'instar des médias d'État nord-coréens ou des techniques de propagande nazies évoquées par Goebbels.