Le géant suisse du cloud Infomaniak vient de franchir une étape décisive pour préserver son indépendance et ses valeurs. Selon Numerama, son fondateur, Boris Siegenthaler, a cédé la majorité des droits de vote de l’entreprise à une fondation d’utilité publique, la Fondation Infomaniak, afin de verrouiller juridiquement son modèle économique et éthique. Cette manœuvre, annoncée par un communiqué de presse et un courriel adressé aux clients, marque un tournant dans la stratégie de l’entreprise, qui affiche une santé financière solide avec un chiffre d’affaires de 56 millions de francs suisses en 2025, en progression de plus de 50 % en trois ans.

Ce qu'il faut retenir

  • Une fondation détient désormais la majorité des droits de vote d’Infomaniak, rendant toute prise de contrôle hostile juridiquement impossible.
  • L’entreprise s’engage à ne pas utiliser les données de ses clients pour entraîner des modèles d’IA sans leur consentement explicite et révocable.
  • Infomaniak garantit un ancrage local absolu : ses serveurs sont conservés 15 ans (contre 5 ans en moyenne dans le secteur), et ses data centers chauffent 6 000 ménages grâce à une électricité 100 % réutilisée.
  • La fondation publiera chaque année un rapport d’impact public et pourra bénéficier jusqu’à 5 % des bénéfices annuels pour financer des projets d’intérêt général.
  • Cette structure s’inspire de modèles existants chez des groupes comme Bosch ou Rolex, mais est une première dans le secteur du cloud en Europe.

Jusqu’à présent, Boris Siegenthaler prévoyait de transmettre progressivement le capital d’Infomaniak à ses équipes, avec déjà 25 % du capital réparti entre 36 salariés. Mais cette solution présentait des risques : un départ simultané des actionnaires salariés aurait pu rendre le rachat de leurs parts financièrement insoutenable, tandis qu’un changement de contrôle par les héritiers du fondateur aurait pu exposer l’entreprise à des pressions extérieures. « Avec la majorité des droits de vote, on contrôle une société. On peut tout changer. Tout défaire », rappelle Infomaniak dans son communiqué.

La création de la fondation permet de contourner ces écueils. Grâce à des actions spéciales non cessibles, celle-ci récupère désormais la majorité des droits de vote, validée à l’unanimité par les actionnaires. « La Fondation a un pouvoir de blocage permanent qui ne pourra jamais être cédé », précise l’entreprise. Un cloisonnement opérationnel garantit par ailleurs que l’équipe dirigeante, menée par Marc Oehler (directeur exécutif), Céline Morey (directrice financière) et Boris Siegenthaler lui-même (directeur de la stratégie), conserve une totale autonomie dans la gestion quotidienne.

Une charte éthique et écologique gravée dans le marbre

La Fondation Infomaniak devient la gardienne d’un document clé : la Charte des participations, signée devant notaire. Ce texte fixe neuf principes fondamentaux auxquels l’entreprise s’engage à se conformer, sous peine de sanctions juridiques. Parmi les engagements les plus marquants :

  • Protection stricte de la vie privée : interdiction formelle d’utiliser les e-mails ou données clients pour entraîner des modèles d’intelligence artificielle sans consentement explicite et révocable.
  • Respect de l’environnement : les serveurs sont conservés jusqu’à 15 ans (contre 5 ans en moyenne), et 100 % de l’électricité du dernier data center est réutilisée pour chauffer 6 000 foyers.
  • Souveraineté des données : 100 % des équipes restent basées en Suisse, empêchant toute délocalisation et soustrayant les données aux lois extraterritoriales comme le Cloud Act américain.

Pour renforcer la transparence, Infomaniak publiera chaque année un rapport d’impact public, tandis que la fondation pourra bénéficier jusqu’à 5 % des bénéfices annuels — si la santé financière de l’entreprise le permet — pour soutenir des projets d’intérêt général dans les domaines du numérique éthique, de la souveraineté numérique et de la transition énergétique.

Un modèle inspiré des géants industriels, mais inédit dans le cloud

Cette stratégie n’est pas totalement nouvelle : des groupes comme Bosch, Carl Zeiss, Bertelsmann, Rolex ou Victorinox ont adopté un modèle similaire pour protéger leur indépendance. Cependant, Infomaniak affirme, selon Numerama, que c’est la première fois qu’un acteur du cloud européen utilise ce dispositif. Cette approche répond à un enjeu majeur pour l’entreprise, qui prévoit d’ouvrir son capital à des investisseurs externes pour financer le développement d’un cloud souverain à l’échelle européenne.

L’objectif est clair : rivaliser avec les géants américains du secteur tout en garantissant que les principes fondateurs — souveraineté des données, éthique et écologie — restent intangibles. La fondation, avec sa majorité de blocage permanente, devrait permettre de concilier ces deux objectifs. « Là où une ouverture de capital classique peut rimer avec une perte de contrôle et des compromis sur les principes, la fondation aura une majorité de blocage permanente », souligne Infomaniak.

Et maintenant ?

D’ici les prochains mois, Infomaniak devrait préciser les modalités de son ouverture de capital, tout en maintenant son modèle économique actuel. La publication du premier rapport d’impact, prévue pour fin 2026, sera un premier test de la crédibilité de cette nouvelle gouvernance. Reste à voir si ce modèle inspirera d’autres acteurs du secteur, alors que la question de la souveraineté des données et de l’éthique dans le cloud devient un enjeu stratégique pour les entreprises européennes.

Cette initiative s’inscrit dans un contexte où les régulations européennes, comme le RGPD, renforcent les exigences en matière de protection des données. Pour Infomaniak, il s’agit aussi de se différencier sur un marché du cloud dominé par des acteurs américains, souvent critiqués pour leurs pratiques en matière de vie privée. En verrouillant juridiquement ses principes, l’entreprise suisse mise sur la confiance des clients pour consolider sa position, alors qu’elle prépare une expansion à l’échelle européenne.

Pour les observateurs du secteur, ce modèle pourrait bien devenir une référence, à condition que la fondation parvienne à concilier rigueur éthique et performance économique. Une chose est sûre : en s’érigeant en rempart contre les rachats hostiles, Infomaniak envoie un signal fort aux autres acteurs du cloud européen, alors que la souveraineté numérique devient un sujet de plus en plus prégnant.

Selon Numerama, le modèle initial prévoyait une transmission progressive du capital aux salariés, mais présentait des risques : un départ simultané des actionnaires salariés aurait pu rendre le rachat de leurs parts financièrement insoutenable, tandis qu’un changement de contrôle par les héritiers du fondateur aurait pu exposer l’entreprise à des pressions extérieures. La fondation permet de verrouiller juridiquement l’indépendance de l’entreprise et de ses principes.

Ces engagements sont inscrits dans la Charte des participations, un document signé devant notaire et géré par la Fondation Infomaniak. La fondation a un pouvoir de blocage permanent, et tout écart par rapport à cette charte serait juridiquement sanctionné. Par ailleurs, Infomaniak publiera chaque année un rapport d’impact public pour assurer la transparence.