Face à un paradoxe persistant où les jeunes Français, malgré un taux de diplômés élevé, peinent à s’insérer sur le marché du travail, le gouvernement a dévoilé, jeudi 7 mai 2026, une stratégie interministérielle visant à améliorer leur insertion professionnelle. Selon BFM Business, cette initiative s’articule autour de 15 mesures organisées en trois axes principaux, sans nécessiter de modification législative ni de budget supplémentaire à court terme.

Ce qu'il faut retenir

  • Création d’un InserScore, un indicateur mesurant le taux d’emploi et le salaire médian à l’issue des formations professionnelles initiales.
  • Renforcement du lien entre les jeunes et les entreprises, notamment via des stages et des jobs étudiants de qualité.
  • Accompagnement intensif des jeunes en situation de rupture de parcours, dont les NEET (ni en emploi, ni en formation, ni scolarisés).
  • Valorisation des filières en tension comme la défense, le nucléaire ou le médico-social.
  • Mise en place d’une charte pour encourager les entreprises à proposer des emplois étudiants qualitatifs.
  • Priorité donnée à la jeunesse dans le budget 2027, selon le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou.

Cette annonce intervient moins d’un mois après le décès d’un lycéen du Gard lors d’un stage dans le BTP, un drame qui a rappelé les enjeux de sécurité dans l’accompagnement des jeunes en entreprise. Selon les données du ministère du Travail, la France cumule un taux de diplômés parmi les plus élevés d’Europe, mais affiche aussi un temps d’insertion sur le marché du travail plus long que ses voisins, ainsi qu’un nombre important de NEET. « Nous faisons face à un paradoxe français », a souligné un porte-parole du ministère, citant ces chiffres pour justifier l’urgence d’agir.

Un indicateur pour éclairer les choix d’orientation : l’InserScore

Parmi les mesures phares, la création de l’InserScore doit permettre aux jeunes et à leurs familles de disposer d’un outil objectif pour évaluer les débouchés des formations professionnelles. Concrètement, cet indicateur affichera le pourcentage de jeunes en emploi à l’issue d’une formation, ainsi que le salaire médian perçu. L’objectif est clair : éviter que les jeunes s’orientent vers des filières sans perspective d’embauche.

Le gouvernement cible particulièrement les secteurs en tension, comme la défense, le nucléaire ou le médico-social, où les besoins en recrutement restent élevés. « L’idée est d’aider les jeunes à faire des choix éclairés », a précisé un responsable du ministère du Travail. Ce dispositif s’ajoute à une réflexion plus large sur la valorisation des métiers manuels et techniques, souvent délaissés malgré leurs débouchés.

Rapprocher les jeunes des entreprises : stages et sécurité renforcée

Le deuxième axe de la stratégie vise à renforcer le lien entre les jeunes et le monde professionnel. Cela passe notamment par la promotion des stages et des jobs étudiants, mais aussi par la sécurisation de ces parcours. Le plan prévoit ainsi de « valoriser les entreprises qui s’engagent pour favoriser des jobs étudiants de qualité », probablement via la signature d’une charte. Une attention particulière sera portée à la sécurité des stagiaires, suite à des incidents récents, dont celui du lycéen du Gard.

Pour les jeunes en rupture de parcours, le gouvernement mise sur un accompagnement intensif. Les missions locales, en partenariat avec les branches professionnelles, devront co-construire des parcours adaptés aux besoins des territoires et des filières. « L’enjeu est d’anticiper les ruptures et d’accompagner ceux qui en ont besoin », a expliqué un responsable du ministère de l’Enseignement supérieur.

Accompagner les publics vulnérables et renforcer le mentorat

Le troisième pilier de cette stratégie concerne les publics les plus fragiles, comme les jeunes sortant de l’Aide Sociale à l’Enfance ou les personnes en situation de handicap. Le gouvernement souhaite renforcer le mentorat et le parrainage vers l’emploi, en ciblant ces populations. L’idée est de leur offrir un soutien personnalisé pour faciliter leur insertion professionnelle.

Les missions locales et les écoles de la seconde chance seront mobilisées pour mettre en œuvre ces dispositifs. « Nous voulons co-construire des parcours adaptés, en tenant compte des réalités territoriales », a indiqué un représentant du ministère de la Jeunesse. Ces mesures s’inscrivent dans une logique de prévention, pour éviter que les jeunes ne basculent dans la précarité.

Une stratégie élaborée en concertation avec les acteurs de l’insertion

Pour concevoir ce plan, les ministères concernés – Travail, Enseignement supérieur, Sports et Jeunesse – ont consulté les principaux acteurs de l’insertion professionnelle : France Travail, les missions locales, les écoles de la seconde chance, ainsi que les organisations syndicales et patronales. « Cette stratégie est le fruit d’un dialogue constant avec les parties prenantes », a souligné un porte-parole du gouvernement.

Si le déploiement de ces mesures ne nécessite pas de budget supplémentaire dans l’immédiat, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a indiqué que la jeunesse serait la priorité de son administration pour le budget 2027. « Nous devons faire de l’insertion des jeunes une cause nationale », a-t-il déclaré.

Et maintenant ?

La mise en œuvre de cette stratégie devrait s’étaler sur les prochains mois, avec un déploiement progressif des mesures phares comme l’InserScore. Les prochaines étapes incluront la finalisation des indicateurs de l’InserScore, ainsi que la signature de la charte en faveur des jobs étudiants de qualité. Reste à voir si ces dispositifs parviendront à inverser la tendance actuelle, où le temps moyen d’insertion des jeunes Français reste supérieur à la moyenne européenne.

Cette initiative s’ajoute à d’autres efforts récents pour améliorer l’insertion professionnelle des jeunes, comme le renforcement des préparations opérationnelles à l’emploi (POE) proposées par France Travail. Pour l’heure, le gouvernement mise sur une approche pragmatique, combinant orientation, accompagnement et sécurisation des parcours.

L’InserScore reposera sur deux critères principaux : le taux d’emploi des jeunes à l’issue d’une formation et le salaire médian perçu. Il sera accessible aux jeunes, aux familles et aux acteurs de l’orientation via une plateforme dédiée, dont les modalités d’accès seront précisées dans les prochaines semaines, selon BFM Business.