Pour la première fois de son histoire, un membre de la famille royale malaisienne participe aux 24 Heures du Mans, l’une des courses d’endurance les plus prestigieuses au monde. Jefri Ibrahim, fils du sultan Ibrahim Ismail de Johor et roi de Malaisie depuis fin 2023, s’aligne cette année en catégorie LMGT3 au volant d’une Chevrolet Corvette Z06 GT3.R, aux côtés des Britanniques Lorcan Hanafin et Ben Green. Selon Franceinfo - Sport, son engagement sur le circuit de la Sarthe marque l’aboutissement d’un projet ambitieux lancé en 2019 avec la création de son écurie, Johor Motorsport Racing, et son ambition de placer la Malaisie sur la carte du sport automobile international.

Ce qu'il faut retenir

  • Jefri Ibrahim, fils du roi de Malaisie, fait ses débuts en LMGT3 aux 24 Heures du Mans 2026 avec une Chevrolet Corvette Z06 GT3.R.
  • Il a fondé son écurie, Johor Motorsport Racing, en 2019 après avoir débuté en compétition en 2019, d’abord en partenariat avec Triple Eight en Asie, puis en solo en 2025 avec Chevrolet.
  • Le prince pilote aux côtés de son jeune frère, Abu Bakar Ibrahim, également membre de l’écurie, mais ce dernier ne participera pas encore aux 24 Heures du Mans cette année.
  • Il souhaite à terme former un équipage entièrement malaisien et remporte la course mythique, tout en rénovant le circuit de Johor pour y accueillir des compétitions internationales.

Un héritage royal tourné vers la course automobile

Né en 1993, Jefri Ibrahim est le fils d’Ibrahim Ismail de Johor, sultan d’un des treize États fédérés de Malaisie et élu roi du pays fin 2023 pour un mandat de cinq ans, selon la tradition monarchique malaise. Pourtant, loin des cérémonies officielles, c’est sous un casque de pilote qu’il se présente cette semaine sur le circuit des 24 Heures du Mans. « Le simple fait d’être ici, dans cette ville, c’est un rêve qui se réalise », confie-t-il, visiblement ému par l’atmosphère unique du circuit sarthois. « J’ai toujours vu des vidéos du Mans, mais elles ne rendent pas justice à ce lieu. On sent la passion et l’histoire qui s’en dégagent. Il suffit de regarder autour de soi pour voir qu’il n’y a que des fans purs et durs de sport automobile. »

Son engagement aux 24 Heures du Mans s’inscrit dans une dynamique personnelle et familiale. Passionné depuis l’enfance, il a découvert le sport automobile à l’âge de dix ans lors du Grand Prix de Malaisie de Formule 1 à Sepang, en 2003. À l’époque, Kimi Räikkönen remportait sa première victoire avec McLaren. « Mon grand-père m’y avait emmené, et je me souviens encore des V10, du bruit, des frissons que j’ai ressentis », raconte-t-il. Un souvenir qui a marqué le début d’une vocation.

Johor Motorsport Racing : du rêve à la réalité

C’est en 2019 que Jefri Ibrahim concrétise son ambition en fondant Johor Motorsport Racing. À l’origine, l’écurie collabore avec la structure australienne Triple Eight pour participer aux championnats de GT3 asiatique et aux Asian Le Mans Series. En 2025, le projet prend une nouvelle dimension avec un partenariat technique avec Chevrolet pour engager des Corvette Z06 GT3.R en compétition. « La plupart des membres de l’équipe actuelle étaient déjà avec moi quand nous étions chez Triple Eight. Ils font partie du programme depuis mes débuts en compétition, c’est génial qu’ils m’accompagnent dans cette nouvelle aventure », explique-t-il.

L’écurie, initialement modeste, se veut désormais suffisamment internationale pour attirer des talents malaisiens et étrangers. « Nous recrutons petit à petit quelques Malaisiens supplémentaires. Nous avons trois mécaniciens malaisiens, et quelques autres membres du personnel », précise le prince. À terme, il envisage de créer une académie de formation pour préparer la relève et renforcer l’identité locale de son équipe. Une façon, aussi, de redonner vie à l’héritage automobile familial, puisque son grand-père avait participé au premier Grand Prix de Johor au volant d’une Mercedes en 1940.

Un circuit de Johor en rénovation pour relancer le sport automobile malaisien

Depuis plusieurs années, la Malaisie peine à attirer des compétitions automobiles majeures. Le Moto GP se rend toujours à Sepang chaque année, mais la Formule 1 n’y est plus organisée depuis 2017. Le circuit international de Sepang accueille désormais surtout des compétitions régionales, comme la Formule 4 ou des courses d’endurance. Face à ce constat, Jefri Ibrahim a lancé la rénovation du circuit de Johor, fermé depuis 2017, afin d’y organiser des courses internationales. Ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large pour redynamiser le sport automobile dans son pays et offrir de nouvelles opportunités aux jeunes talents malaisiens.

L’ambition du prince dépasse le cadre des compétitions locales. À travers son écurie et ses projets de formation, il cherche à créer un écosystème durable où la Malaisie pourrait, un jour, briller sur la scène internationale. « Notre famille est passionnée par les voitures et le sport automobile depuis très longtemps », rappelle-t-il. Une passion qu’il compte bien transmettre à la génération suivante, notamment à son jeune frère, Abu Bakar Ibrahim, de huit ans son cadet.

Un frère dans l’ombre, un partenaire de course

Abu Bakar Ibrahim, aujourd’hui âgé de 25 ans, fait déjà partie intégrante de Johor Motorsport Racing. « C’est moi qui l’ai initié à la course automobile, je l’ai encouragé et aidé à se lancer parce qu’il adore ce sport », confie Jefri Ibrahim. Les deux frères ont déjà couru ensemble dans plusieurs compétitions asiatiques, ainsi qu’aux 24 Heures de Spa. Cependant, Abu Bakar n’a pas encore l’expérience nécessaire pour affronter les exigences des 24 Heures du Mans cette année.

Pour l’instant, leur objectif commun reste modeste : « franchir la ligne d’arrivée ». Lors des qualifications mercredi, leur Chevrolet Corvette n°2 de TF Sport s’est classée avant-dernière. Une position qui ne les décourage pas pour autant. « L’essentiel est de finir la course », tempère Jefri Ibrahim avec un sourire. À plus long terme, l’idée d’un équipage entièrement malaisien, incluant son frère, reste un rêve à concrétiser. Mais pour 2026, l’enjeu est ailleurs : prouver que la Malaisie peut, elle aussi, s’imposer dans l’arène des sports mécaniques.

Et maintenant ?

Pour Jefri Ibrahim et son équipe, la priorité après cette première participation aux 24 Heures du Mans sera d’analyser les performances de la Chevrolet Corvette Z06 GT3.R et d’affiner la stratégie pour les prochaines courses. D’ici la fin de l’année, Johor Motorsport Racing pourrait participer à d’autres manches des Asian Le Mans Series, tout en continuant la rénovation du circuit de Johor. Si l’expérience de cette édition 2026 s’avère concluante, l’écurie malaisienne pourrait envisager une campagne plus ambitieuse en 2027, avec l’objectif affiché de se rapprocher du podium en LMGT3. Quant au roi de Malaisie, il devrait continuer à concilier ses devoirs royaux avec sa passion pour la course, même si les deux rôles restent, pour l’heure, bien distincts.

Quant à savoir si Jefri Ibrahim parviendra un jour à remporter les 24 Heures du Mans ou à former une équipe 100 % malaise, la réponse dépendra autant de ses résultats que de la capacité de son pays à s’investir durablement dans le sport automobile. Une chose est sûre : son arrivée sur la grille des 24 Heures marque, à minima, une date dans l’histoire des sports mécaniques malaisiens.

Jefri Ibrahim a opté pour la catégorie LMGT3, troisième division de l’endurance, car elle permet de concourir avec des voitures de Grand Tourisme comme la Chevrolet Corvette Z06 GT3.R. Cette catégorie est souvent perçue comme une porte d’entrée pour les pilotes et écuries souhaitant se familiariser avec les exigences des 24 Heures du Mans sans avoir à gérer des prototypes complexes ou des budgets colossaux.