Avec un taux de pollution aux particules fines le plus élevé d’Afrique et le sixième au niveau mondial, selon l’Institut pour le climat et le développement durable de l’université de Chicago, la République démocratique du Congo (RDC) fait face à une crise environnementale majeure. À Kinshasa, la capitale, cette pollution s’aggrave lors de la saison des pluies, où les rues se transforment en véritables décharges à ciel ouvert, submergées par une marée de déchets plastiques. Pourtant, une nouvelle génération de militants s’engage, malgré des moyens limités, pour rendre leur environnement plus viable.
Ce qu'il faut retenir
- La RDC affiche le taux de pollution aux particules fines le plus élevé d’Afrique, selon l’Institut pour le climat et le développement durable de l’université de Chicago.
- À Kinshasa, les inondations et glissements de terrain aggravent la pollution, transformant les rues en décharges à ciel ouvert pendant la saison des pluies.
- Cinq militants congolais se distinguent par leur engagement quotidien : Bertin et Renidi Hélène luttent contre l’érosion des sols avec des murs en bambou, Bonita et Mauricette sensibilisent la population à l’environnement, tandis qu’Arsène recycle des bouteilles en plastique pour fabriquer des balais.
- Le photographe belge Thomas Freteur a documenté leur action dans sa série Ko Pika, saluant leur « rigueur, leur positivisme et leur pugnacité ».
Parmi eux, Mauricette, Bonita, Arsène, Bertin et Renidi Hélène partagent une même conviction : rendre leur environnement plus vivable, même si leur démarche ne s’inscrit pas encore dans une lutte frontale contre le dérèglement climatique. Ces militants, souvent anonymes, agissent à leur échelle pour répondre à l’urgence locale. À Kinshasa, où la pollution atteint des niveaux critiques, chaque initiative compte.
Bertin et Renidi Hélène, par exemple, ont développé une méthode ingénieuse pour lutter contre l’érosion des sols. Leur solution ? Des murs de soutènement en bambou, une ressource abondante en RDC. Ces structures permettent de stabiliser les terrains et de limiter les glissements de terrain, fréquents dans la capitale congolaise. Leur approche, à la fois simple et efficace, illustre une adaptation locale aux défis environnementaux.
De leur côté, Bonita et Mauricette misent sur la sensibilisation. Ces deux militantes organisent des ateliers et des campagnes de porte-à-porte pour éduquer les habitants de Kinshasa aux enjeux écologiques. Leur objectif : changer les mentalités, un pas à la fois. Quant à Arsène, il donne une seconde vie aux déchets plastiques en fabriquant des balais. Une solution qui réduit la quantité de déchets tout en créant des outils utiles pour les ménages.
Ces initiatives individuelles s’inscrivent dans un contexte où l’État congolais peine à répondre à la crise environnementale. La RDC, riche en ressources naturelles, souffre d’un manque criant d’infrastructures pour gérer les déchets et lutter contre la pollution. Les chiffres sont accablants : le taux de particules fines dans l’air y est le plus élevé d’Afrique, selon les données de l’université de Chicago. Pendant la saison des pluies, les inondations aggravent la situation, transformant les rues en pièges à déchets.
C’est dans ce paysage que Thomas Freteur, photographe belge, a choisi de mettre en lumière ces militants. Dans sa série Ko Pika, qui explore également l’économie informelle à Kinshasa, il dresse le portrait de cette nouvelle génération engagée. « Ce qui me touche, c’est leur rigueur, leur positivisme et leur pugnacité », avait-il déclaré en mai 2024 lors de l’exposition de son travail à l’Institut français de Kinshasa. Ses images, aujourd’hui diffusées dans un hors-série du Courrier International intitulé « Climat : vivre autrement », offrent un témoignage visuel de leur combat.
« Ce qui me touche, c’est leur rigueur, leur positivisme et leur pugnacité. »
Thomas Freteur, photographe belge
Pour l’instant, ces militants continuent leur combat, convaincus que chaque geste compte. Leur détermination rappelle que face à l’urgence environnementale, les solutions existent — à condition de les soutenir et de les dupliquer. Leur histoire, aujourd’hui racontée à travers les pages du Courrier International, pourrait bien inspirer d’autres villes africaines confrontées aux mêmes défis.