Lorsque les proches reprochent à une personne une apparente froideur alors qu’elle ressent, au contraire, une profonde souffrance intérieure, la cécité émotionnelle pourrait offrir une piste d’explication. Top Santé revient sur ce phénomène, désigné par le terme médical d’alexithymie, qui touche environ 10 % de la population selon les estimations des spécialistes.

Ce qu'il faut retenir

  • L’alexithymie, ou cécité émotionnelle, désigne l’incapacité à identifier et exprimer ses propres émotions, autant que celles des autres.
  • Ce trouble, reconnu par la communauté scientifique, toucherait 10 % de la population et concernerait trois fois plus les hommes que les femmes.
  • Les personnes atteintes éprouvent des difficultés à décrire leurs sentiments, ce qui génère souvent des malentendus dans leurs relations sociales ou professionnelles.
  • Contrairement à une froideur affichée, l’alexithymie s’accompagne parfois d’une hypersensibilité intérieure, créant un décalage entre le ressenti et sa manifestation.

Un phénomène reconnu par la médecine mais encore méconnu

Selon les experts cités par Top Santé, l’alexithymie se caractérise par une incapacité à verbaliser ses émotions, un trait qui peut persister tout au long de la vie. Ce trouble, dont le nom provient du grec ancien (« a » pour « absence », « lexis » pour « mot » et « thymos » pour « émotion »), a été identifié pour la première fois en 1972 par le psychanalyste Peter Sifneos.

Les personnes concernées ne souffrent pas nécessairement d’un manque d’émotions, mais plutôt d’un défaut de conscience de ces dernières. «

Il ne s’agit pas d’une indifférence affective, mais d’une difficulté à les nommer et à les distinguer », a expliqué le psychologue clinicien interrogé par le média. Cette particularité peut entraîner des incompréhensions majeures, notamment dans les relations amoureuses ou professionnelles, où l’expression des sentiments est souvent attendue.

Des symptômes variés et souvent mal interprétés

Les signes de l’alexithymie se manifestent différemment selon les individus, mais plusieurs indicateurs reviennent fréquemment. On observe notamment une difficulté à décrire ses émotions par des mots, une tendance à intellectualiser les situations au détriment des aspects affectifs, ou encore une tendance à somatiser le stress sous forme de douleurs physiques.

«

Les personnes atteintes peuvent donner l’impression d’être distantes ou peu impliquées, alors qu’elles ressentent en réalité une grande confusion intérieure », a souligné le spécialiste interrogé par Top Santé. Ce décalage entre le vécu et sa traduction sociale explique pourquoi ce trouble est souvent confondu avec un manque d’empathie ou une froideur intentionnelle.

Un trouble plus fréquent chez les hommes, mais pas seulement

Les études montrent que l’alexithymie touche trois fois plus les hommes que les femmes, un écart qui pourrait s’expliquer par des différences culturelles dans l’expression des émotions. Cependant, les femmes ne sont pas épargnées, et le trouble reste largement sous-diagnostiqué, notamment parce qu’il est rarement évoqué dans les consultations médicales classiques.

Les spécialistes rappellent que l’alexithymie n’est pas une maladie mentale en soi, mais un trait de personnalité qui peut, dans certains cas, être associé à d’autres troubles comme la dépression, les addictions ou les troubles anxieux. «

Ce n’est pas un diagnostic en soi, mais un facteur de risque qu’il faut prendre en compte dans une prise en charge globale », a précisé le psychologue.

Et maintenant ?

Si l’alexithymie reste un trouble peu connu du grand public, les professionnels de santé s’accordent sur l’importance d’un dépistage précoce, notamment pour éviter les conséquences sur la santé mentale. Des approches thérapeutiques, comme les thérapies cognitivo-comportementales ou les groupes de parole, pourraient aider les personnes concernées à mieux identifier et exprimer leurs émotions. Reste à voir si ce sujet gagnera en visibilité dans les années à venir, alors que les questions de santé mentale occupent une place croissante dans le débat public.

Les proches des personnes atteintes pourraient également jouer un rôle clé en adoptant une communication plus explicite, sans pour autant forcer l’expression des émotions. Bref, autant dire que la sensibilisation à ce trouble méconnu reste un enjeu de taille pour améliorer le bien-être de millions de personnes.

L’alexithymie n’est pas considérée comme une maladie, mais comme un trait de personnalité. Une prise en charge adaptée, comme une thérapie cognitivo-comportementale ou un travail sur l’introspection, peut néanmoins permettre de mieux identifier et exprimer ses émotions. Les résultats varient selon les individus.