Selon nos confrères de Futura Sciences, la chaleur perdue générée par des dispositifs dont la fonction principale n'est pas l'émission de chaleur, comme les égouts ou les appareils électroniques, pourrait être récupérée et valorisée pour chauffer les bâtiments. Cette « chaleur fatale » ou « chaleur de récupération » est souvent gaspillée, mais des technologies existent déjà pour la capturer et la réutiliser.
La récupération de chaleur des eaux usées, également appelée riothermie, est l'une de ces technologies. Les égouts maintiennent une température relativement stable toute l'année, généralement entre 12 et 20°C, et cette chaleur résiduelle peut être captée et récupérée via des échangeurs thermiques couplés à des pompes à chaleur pour alimenter un bâtiment en chauffage ou climatisation.
Ce qu'il faut retenir
- La chaleur perdue peut être récupérée et valorisée pour chauffer les bâtiments.
- La riothermie est une technologie qui permet de récupérer la chaleur des eaux usées.
- Les centres de données et les supermarchés sont également des sources de chaleur perdue qui peuvent être valorisées.
La riothermie : une source de chaleur innovante
En Belgique, l'opérateur public Vivaqua développe actuellement la technologie de riothermie. À Bruxelles, l'immeuble administratif Brucity utilise déjà la riothermie pour couvrir 87% de ses besoins en refroidissement grâce aux eaux usées. À Uccle, cette technologie permet au nouveau centre administratif de récupérer jusqu'à 25% de ses besoins en chauffage et refroidissement.
En France, le centre aquatique d'Arras est chauffé par les eaux usées de la communauté urbaine depuis plus de 10 ans. Dans la métropole lyonnaise, la ZAC de La Saulaie sera pourvue d'une centrale énergétique souterraine qui captera les calories de la station d'épuration de Pierre-Bénite. Elle devrait couvrir, à terme, 42% des besoins en chauffage, eau chaude sanitaire et rafraîchissement du quartier.
Les centres de données : des chaudières numériques
Les centres de données sont également des sources de chaleur perdue qui peuvent être valorisées. Chaque mail envoyé, chaque vidéo visionnée ou chaque recherche engagée sur un navigateur mobilisent des serveurs qui chauffent considérablement et nécessitent d'être refroidis par des systèmes énergivores. Des entreprises comme Danfoss développent des unités de récupération de chaleur capables de capter cette énergie perdue et de la réinjecter dans des réseaux de chauffage urbain pour chauffer les immeubles voisins.
En France, l'entreprise Neutral-IT a installé ses centres de données dans des immeubles et propose des services numériques écologiques dont la quasi-totalité de l'électricité consommée est valorisée sous forme thermique, notamment pour chauffer l'eau des bâtiments ou des piscines. Selon ses chiffres, 96% de l'électricité consommée par les serveurs du data center est transformée et les émissions de CO₂ ont baissé de 113%.
Les supermarchés : des sources inattendues de chaleur
Les supermarchés sont également des sources de chaleur perdue qui peuvent être valorisées. Les armoires frigorifiques des supermarchés génèrent de la chaleur qui est généralement expulsée vers l'extérieur et accentue la quantité d'émissions carbone des grandes surfaces. Des sociétés comme Munters conçoivent des systèmes permettant de récupérer l'énergie résiduelle des grandes surfaces et des bâtiments industriels pour la réinjecter dans le chauffage du bâtiment ou dans des immeubles voisins.
Danfoss illustre cette même approche dans un supermarché danois : grâce à ce système, le magasin a réduit sa facture de chauffage de 89,7% et son empreinte carbone de 6,7 tonnes simplement en revalorisant l'énergie résiduelle de ses armoires frigorifiques.
En conclusion, la chaleur perdue peut être récupérée et valorisée pour chauffer les bâtiments, et les technologies existent déjà pour le faire. Il est maintenant temps de passer à l'échelle et de généraliser ces pratiques pour réduire notre empreinte carbone et préserver l'environnement.
