La domination technologique, politique et militaire des États-Unis est remise en question par l’émergence de champions chinois comme DeepSeek et Huawei dans le domaine de l’intelligence artificielle. C’est le constat dressé par Mathieu Corteel, historien des sciences, dans une tribune publiée par Le Monde ce 7 mai 2026.
Ce qu'il faut retenir
- Mathieu Corteel, historien des sciences, alerte sur la perte d’influence américaine dans l’IA face aux acteurs chinois DeepSeek et Huawei.
- L’article souligne une « opposition » croissante contre les géants technologiques américains, reflétant un changement de paradigme.
- La tribune interroge directement la pérennité de l’empire américain dans ce secteur stratégique.
Une tribune qui questionne la position des États-Unis en IA
Dans sa contribution au Monde, Mathieu Corteel, spécialiste de l’histoire des sciences, dresse un constat sans appel : les États-Unis, longtemps leaders incontestés dans l’intelligence artificielle, voient leur suprématie contestée par des acteurs chinois. L’historien s’interroge sur la « chute de l’empire américain » dans ce domaine, alors que des voix critiques s’élèvent contre les géants technologiques américains.
Selon lui, cette dynamique n’est pas anodine. Elle reflète une transformation profonde des rapports de force technologiques mondiaux, où Pékin mise sur des entreprises comme DeepSeek — spécialisée dans les modèles d’IA open source — ou Huawei, déjà connu pour ses infrastructures télécoms, pour s’imposer comme un acteur clé.
Des acteurs chinois qui bousculent l’ordre établi
DeepSeek, fondée en 2023, a rapidement gagné en notoriété grâce à ses modèles de langage avancés, capables de rivaliser avec ceux des américains OpenAI ou Google. De son côté, Huawei, sous sanctions américaines depuis 2019, a développé en parallèle une expertise en IA embarquée et en semi-conducteurs, malgré les restrictions imposées par Washington.
Cette montée en puissance intervient dans un contexte où les États-Unis, bien que toujours en tête en termes d’investissements et de brevets, voient leur avance se réduire. « Les Chinois ne se contentent plus de copier, ils innovent et imposent leurs standards », explique Corteel. Leur stratégie repose sur une approche intégrée, combinant recherche publique, partenariats industriels et soutien gouvernemental massif.
L’opposition aux géants américains : un signe des temps ?
L’historien pointe également une « opposition » croissante aux géants de la tech américains, qu’ils soient californiens ou texans. Entre régulations antitrust, méfiance des consommateurs et pressions géopolitiques, le modèle californien de l’innovation débridée est de plus en plus contesté. Aux États-Unis même, des voix s’élèvent pour réclamer un changement de paradigme, notamment sur l’éthique et la souveraineté technologique.
Cette remise en cause s’étend bien au-delà des frontières américaines. En Europe, où les régulateurs multiplient les initiatives pour encadrer l’IA, certains pays envisagent désormais de s’allier avec des acteurs chinois plutôt que de dépendre exclusivement des solutions occidentales. Une tendance qui, si elle se confirme, pourrait accélérer le basculement des équilibres technologiques mondiaux.
Pour Mathieu Corteel, une chose est sûre : « L’IA n’est plus seulement un enjeu économique ou militaire, c’est désormais un marqueur de puissance globale. Et sur ce terrain, le match ne fait que commencer. »
DeepSeek se distingue par son approche open source, permettant à des développeurs du monde entier de contribuer à ses modèles. Contrairement à des acteurs comme OpenAI ou Meta, qui gardent une partie de leurs technologies propriétaires, DeepSeek mise sur la transparence et la collaboration, une stratégie qui a séduit de nombreux pays en quête d’autonomie technologique.