La maternité chez Homo erectus aurait reposé sur une organisation sociale encore méconnue, selon nos confrères de Futura Sciences. Les chercheurs ont récemment réexaminé les estimations du coût énergétique de la maternité chez ces hominines, en utilisant des méthodes plus précises pour mesurer la dépense énergétique.

Cette étude, menée par la paléoanthropologue Leslie Aiello, a révélé que la reproduction de ces hominines aurait progressivement évolué vers un modèle plus proche de celui des humains. Les résultats montrent que l'étude de 2002 sous-estimait en réalité la dépense énergétique totale d'Homo erectus, tout en surestimant le coût spécifique de la grossesse et de l'allaitement.

Ce qu'il faut retenir

  • La maternité chez Homo erectus aurait reposé sur une organisation sociale complexe.
  • Les femelles Homo erectus devaient dépenser davantage d'énergie pour mener à bien une grossesse et élever leurs petits que des hominines plus anciennes.
  • La reproduction de ces hominines aurait progressivement évolué vers un modèle plus proche de celui des humains.

Le contexte historique

Homo erectus est souvent considéré comme le premier homininé à présenter une silhouette proche de la nôtre : un corps plus élancé et nettement plus grand que celui de ses prédécesseurs. Mais cette transformation corporelle avait aussi des conséquences physiologiques. Un organisme plus massif implique en effet des besoins énergétiques plus élevés, en particulier pour les femelles enceintes et allaitantes.

Les chercheurs ont donc tenté d'estimer le coût énergétique de la maternité chez ces hominines. Leurs calculs suggéraient que, compte tenu de leur taille, les femelles Homo erectus devaient dépenser davantage d'énergie pour mener à bien une grossesse et élever leurs petits que des hominines plus anciennes, comme les australopithèques.

Les stratégies de reproduction

La paléoanthropologue Leslie Aiello a récemment réexaminé ces estimations à l'aide de méthodes plus précises pour mesurer la dépense énergétique. Son analyse s'appuie notamment sur la technique dite de l'« eau doublement marquée », qui permet d'évaluer le métabolisme d'un organisme en analysant les proportions de deux isotopes présents dans l'eau consommée.

Les résultats montrent que passer d'un rythme reproductif comparable à celui des chimpanzés à un modèle plus proche de celui d'Homo sapiens aurait permis de réduire fortement le coût énergétique par nourrisson, de 66,6 % à 78,6 %. Cela signifie que les mères Homo erectus auraient probablement sevré leurs enfants plus tôt que les chimpanzés et les hominines plus anciens.

Les conséquences sociales

Une telle stratégie impliquait toutefois de devoir s'occuper de plusieurs jeunes enfants à la fois. Après le sevrage, les jeunes Homo erectus devaient être nourris avec des aliments solides, ce qui impliquait probablement l’aide d’autres membres du groupe pour subvenir aux besoins des enfants. Les mères auraient bénéficié du soutien d'autres membres du groupe (femelles apparentées, mâles ou enfants plus âgés) dans une véritable division du travail.

Cette hypothèse suggère que les communautés d'Homo erectus reposaient déjà sur une chasse et une cueillette coopératives, plutôt que sur une recherche individuelle de nourriture comme chez les singes. L'accès à des aliments de meilleure qualité, éventuellement grâce à la cuisson ou à d'autres techniques de transformation, aurait également joué un rôle crucial pour répondre aux besoins énergétiques des mères et de leurs petits.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes de la recherche devraient porter sur l'étude de la reproduction chez les autres hominines, comme Homo sapiens et les Néandertaliens. Les chercheurs devraient également examiner les conséquences sociales et culturelles de ces stratégies de reproduction, en particulier en ce qui concerne la coopération et la division du travail au sein des groupes.

En conclusion, l'étude de la maternité chez Homo erectus nous offre un aperçu fascinant de l'évolution de la reproduction chez les hominines. Les résultats de cette recherche soulignent l'importance de la coopération et de la division du travail au sein des groupes, et nous invitent à réfléchir sur les conséquences sociales et culturelles de ces stratégies de reproduction.