Les exportations de pétrole brut de la Norvège ont atteint un niveau historique en mars 2026, selon BFM Business. Avec des revenus de **5,2 milliards d'euros** pour ce seul mois, Oslo profite pleinement de la hausse des prix du baril, alimentée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Une manne financière qui intervient alors que les cours du brut ont connu une progression marquée, notamment en raison de la fermeture du détroit d'Ormuz et du conflit en Iran.

Ce qu'il faut retenir

  • **5,2 milliards d'euros** : montant record des exportations de pétrole norvégien en mars 2026, en hausse de **67,9%** sur un an
  • **107,52 dollars** : prix moyen du baril en mars, son plus haut niveau mensuel depuis septembre 2023
  • **57,4 milliards de couronnes** : valeur des exportations, soit **5,2 milliards d'euros**, selon Statistics Norway
  • Le détroit d'Ormuz, par lequel transite **un cinquième du pétrole brut mondial**, reste un point de tension majeur
  • La Norvège, premier producteur de pétrole et de gaz en Europe (hors Russie), place ses revenus dans son fonds souverain, le plus important au monde

D'après les données officielles publiées par Statistics Norway ce mercredi 15 avril, la Norvège a exporté pour **57,4 milliards de couronnes** de pétrole brut en mars 2026, un montant qui représente une progression spectaculaire de **67,9%** par rapport à mars 2025. Une performance qui s'explique avant tout par la flambée des prix du baril, lui-même tiré vers le haut par une offre contrainte. « La fermeture du détroit d'Ormuz a provoqué un choc d'offre important sur le marché pétrolier, ce qui a contribué à la hausse des prix du pétrole en mars et donc aux exportations en valeur les plus élevées jamais enregistrées par la Norvège », a déclaré **Jan Olav Rorhus**, analyste chez Statistics Norway, dans un communiqué.

Le prix moyen du baril s'est établi à **107,52 dollars** en mars, son niveau mensuel le plus élevé depuis septembre 2023. Une situation qui contraste avec les années précédentes, où les cours du pétrole avaient été affectés par une demande plus modérée et une offre plus stable. Bref, la Norvège profite pleinement de ce contexte géopolitique tendu.

Un fonds souverain alimenté par les revenus pétroliers

Ce record d'exportations s'inscrit dans une stratégie norvégienne bien établie. Le pays scandinave, premier producteur de pétrole et de gaz naturel en Europe hors Russie, mise depuis des décennies sur ses ressources énergétiques pour financer son économie. Les revenus issus de ces exportations sont en grande partie reversés au **fonds souverain norvégien**, le plus important au monde avec des actifs estimés à **2 190 milliards de dollars**. Créé au début des années 1990, ce fonds a pour mission de sécuriser les finances de l'État providence norvégien à long terme, alors que les réserves de pétrole et de gaz s'épuisent progressivement.

Chaque année, une partie des recettes pétrolières est donc épargnée dans ce fonds, qui investit dans des actifs diversifiés à l'échelle internationale. Une gestion prudente qui permet à la Norvège de préparer l'avenir, même après l'épuisement de ses gisements. « Les recettes issues des exportations de pétrole et de gaz devraient diminuer à long terme, mais le fonds souverain nous permet d'amortir ce choc », explique un économiste basé à Oslo.

Les tensions au Moyen-Orient, un facteur clé de la hausse des prix

Le contexte géopolitique actuel joue un rôle central dans cette dynamique. La fermeture du détroit d'Ormuz, une voie maritime stratégique par laquelle transite environ **20% du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondial**, a provoqué une perturbation majeure de l'offre. Depuis plusieurs semaines, les tensions entre l'Iran et plusieurs puissances occidentales se sont intensifiées, alimentant les craintes d'un blocage durable de ce passage.

« Les marchés pétroliers réagissent instantanément aux risques de perturbation de l'approvisionnement. La fermeture d'un détroit comme Ormuz a un impact immédiat sur les prix, car elle réduit mécaniquement les capacités d'exportation des pays producteurs », rappelle un expert en énergie à Londres. Dans ce contexte, la Norvège, qui exporte une grande partie de sa production vers l'Europe et l'Asie, se retrouve en position de force. Ses clients, en quête de sécurité énergétique, sont prêts à payer plus cher pour garantir leurs approvisionnements.

Donald Trump s'empare du sujet

Cette manne financière n'a pas manqué d'attirer l'attention de **Donald Trump**, qui a commenté la situation mardi sur Truth Social. « L'Europe a désespérément besoin d'énergie, et pourtant le Royaume-Uni refuse d'exploiter le pétrole de la mer du Nord, l'un des plus grands gisements au monde. C'est tragique !!! », a-t-il écrit. Puis, ajoutant : « Aberdeen devrait être en plein essor. La Norvège vend son pétrole de la mer du Nord au Royaume-Uni au double du prix. Ils font fortune. »

Le ton du milliardaire, déjà connu pour ses prises de position sur les questions énergétiques, reflète les enjeux géopolitiques et économiques sous-jacents. Pour Trump, cette situation illustre selon lui les erreurs de stratégie énergétique de l'Europe et du Royaume-Uni, qui pourraient bénéficier davantage de leurs propres ressources plutôt que de dépendre des exportations norvégiennes ou russes.

Et maintenant ?

Les prochains mois pourraient confirmer ou infirmer cette tendance haussière des prix du pétrole. Plusieurs facteurs seront déterminants : l'évolution du conflit en Iran, la réouverture ou non du détroit d'Ormuz, ainsi que la politique monétaire des grandes banques centrales, qui influence la demande énergétique. Les analystes s'attendent à une volatilité continue, mais certains estiment que les prix pourraient se stabiliser d'ici la fin de l'année si les tensions géopolitiques s'apaisent. Pour la Norvège, cette période de vaches grasses pourrait durer, mais le pays continue de préparer l'après-pétrole via son fonds souverain.

Cette situation rappelle une fois de plus la dépendance des économies européennes à des approvisionnements énergétiques externes. Alors que les énergies renouvelables progressent, les hydrocarbures restent un pilier de la transition énergétique, notamment pour les pays en développement. La Norvège, consciente de cette réalité, continue de jouer un rôle clé sur le marché mondial.

Le détroit d'Ormuz est une voie maritime essentielle : il relie le golfe Persique au golfe d'Oman et concentre environ **20% du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondial**. Une fermeture, même temporaire, de ce détroit perturbe gravement les flux d'exportation, notamment pour les pays producteurs comme l'Arabie saoudite, l'Irak ou les Émirats arabes unis. Toute menace de blocage provoque donc une hausse immédiate des prix, car les marchés anticipent une pénurie d'offre.

Pour les consommateurs, cette flambée des prix se répercute directement sur les coûts de l'énergie. Les ménages et les industries paient plus cher leur carburant, leur chauffage ou leur électricité, si celle-ci est produite à partir de gaz naturel. Les gouvernements peuvent tenter d'atténuer cet impact via des subventions ou des taxes réduites, mais la facture énergétique reste un sujet de préoccupation majeur, surtout dans un contexte d'inflation persistante.